Après le dîner, entre une heure et trois heures, tandis que la soeur allait visiter les pauvres auxquels elle s'intéressait grandement, le frère, vêtu de la salopette, travaillait dans le jardin avec son serviteur. Puis entre trois et six heures, il faisaient une promenade sur l'eau.

Micali s'était construit une légère et élégante embarcation à voiles et à aviron, qu'il conduisait lui-même avec une habileté parfaite. Aussi était-il admiré de tous les marins qui le rencontraient sur l'isar et avaient surnommé sa barque la Mouette.

Le soir, quant le Père Schultz ne venait pas, Micali et sa soeur jouaient aux échecs ou faisaient de la musique.

Alors, doit se dire le lecteur, ces deux personnes étaient les êtres les plus heureux du monde. Oui, apparemment, mais les apparences sont souvent trompeuses, et nous verrons bientôt ce qui manquait au bonheur de ce joli couple que tant de gens regardaient avec envie.

Un matin, Micali et sa soeur étaient occupés à leurs études respectives, quand la servante vint leur annoncer qu'un étranger les demandait.

--Vous a-t-il dit son nom? s'informa Micali.

--Non, môsieu, y m'aviont point dit son nom, mais c'est un Français qui aviont de grandes moustaches.

--Un Français! dirent ensemble le frère et la soeur, en échangeant un regard où se lisait l'inquiétude.

--Allons le voir! fit Micali.

En entrant dans le salon, la jeune femme ne put retenir ce cri: Capitaine Bonin!