--Ce sentiment vous honore grandement, reprit le bourgmestre, mais la loi de notre pays, comme celle des autres pays, je suppose, veut que les enfants portent le nom de leur père, et j'ai le devoir de vous dire que vous devrez, à l'avenir, rendre le nom de Aubry, et votre soeur celui de DeBoismorel, qui était m'a-t-on affirmé, le nom de son défunt mare.
--Très bien, monsieur le bourgmestre.
--Il vous faudra, le plus tôt possible, faire rectifier ces erreurs par le greffier de notre cité, M. Von Zurich. Et pour vous éviter des ennuis, je vais vous donner quelques mots que vous présenterez à M. le greffier.
Puis le bourgmestre écrivit trois ou quatre lignes qu'il remit à Paul Aubry.
--Nous irons voir M. Von Zurich aujourd'hui même, dit le pseudo-Micali, en remerciant avec effusion l'aimable et obligeant bourgmestre.
En effet, dans le cours de la journée, les deux exilés firent régulariser leur état civil.
Bonin n'était vengé qu'à demi, car il avait espéré que sa dénonciation amènerait l'arrestation de ceux qu'il considérait maintenant comme ses pires ennemis.
Depuis la visite du bourgmestre à la villa «Vilhelm», plusieurs mois s'étaient écoulés sans apporter aucun changement dans la vie paisible mais très monotone que menaient Paul Aubry et sa soeur.
Le poids de l'exil pesait sur eux comme un manteau de plomb.