Paul Aubry, qui aimait de tout son coeur la marine et la France, souffrait un véritable martyre en se voyant, dans la force de l'âge, voué à l'inaction. Mais il lui répugnait d'aborder ce sujet douloureux devant sa soeur que, elle, se reprochait amèrement d'avoir brisé la carrière de son frère.
Il préférait confier ses chagrins au bon père Schultz ou, mieux encore, les supporter en silence.
Sans être un favori de Muses, Paul Aubry aimait parfois à exprimer en vers ses tristes pensés. Mais c'est à l'insu de sa soeur qu'il cultivait la poésie.
Un jour, en ouvrant un volume qu'elle voulait lire, madame DeBoismorel y trouva un feuillet sur lequel son frère avait écrit trois strophes sous ce titre: France!
Comme elle était une excellente musicienne, elle composa un air sur les paroles qu'elle venait de trouver.
Le même soir, ayant été invitée par son frère à faire de la musique, elle lui dit:
--Écoute ce chant nouveau:
FRANCE!
France! il n'est pas de pays en ce monde
Qu'on puisse aimer autant que nous t'aimons!