Rue Guérin-Boisseau. Elle traverse de la rue Saint-Denis dans celle de Saint-Martin, et doit son nom à un particulier. Cette rue étoit connue dès le milieu du treizième siècle, et les actes de ce temps en font mention sous le nom vicus Guerini Bucelli[490]; au commencement du siècle suivant on disoit rue Guerin-Boucel, et dès 1345 rue Guérin-Boisseau.

Rue Hauteville. Cette rue, qui fut ouverte dans le siècle dernier, donne d'un bout dans la rue Basse-Saint-Denis, et, se prolongeant dans le faubourg, va aboutir dans celle de Paradis. Nous ignorons l'étymologie de ce nouveau nom. Dans l'origine elle portoit celui de la Michodière.

Rue du Grand-Hurleur. Elle aboutit d'un côté dans la rue Bourg-l'Abbé, et de l'autre dans celle de Saint-Martin. Elle est nommée de Heuleu et Huleu dans un bail à cens du mois de février 1253[491]; et ce nom se retrouve dans un nombre infini de titres[492], ainsi que sur les anciens plans. Jaillot dit avoir vu des manuscrits où elle est indiquée sous le nom de rue du Pet; et en effet elle est ainsi désignée sur les plans de Gomboust et de Bullet. Dans des actes de 1627 et 1643, on la nomme rue des Innocents, autrement dite du Grand-Heuleu; elle porte le même nom des Innocents dans le procès-verbal du 24 avril 1636.

Rue du Petit-Hurleur. Elle commence rue Bourg-l'Abbé, et aboutit dans celle de Saint-Denis. On l'appeloit, suivant Corrozet et Boisseau, du Petit-Heuleu, de même que la précédente avoit le nom du Grand-Heuleu; et du Petit-Leu, suivant Gomboust et Bullet. Elle est nommée sur quelques plans rue Palée; ce nom venoit apparemment de Jean Palée, l'un des fondateurs de l'hôpital de la Trinité, ou de quelqu'un de sa famille, car dans une transaction du mois d'octobre 1265, elle est nommée vicus Johannis Palée[493]; elle le portoit encore en 1540.

Piganiol remarque, d'après Adrien Le Valois, que le nom de ces rues est altéré; qu'il faut dire Hue-le. Selon ces auteurs, l'étymologie de ce mot vient de ce que, ces rues étant autrefois habitées par des filles publiques, dès que le peuple y voyoit entrer un homme, il excitoit les enfants à se moquer de lui, en disant hüe-le (raille-le, crie après lui). Jaillot combat cette étymologie, qui ne soutient pas l'examen d'une saine critique. En effet, nous venons de voir qu'il n'y avoit que la rue du Grand-Hurleur qui fut appelée de Heuleu tout court; ainsi l'étymologie de M. Le Valois n'auroit aucune application à la petite; en outre, dans le nombre des rues désignées, par les ordres de saint Louis et de ses successeurs, pour servir de retraite aux femmes publiques, qu'ils se virent forcés de tolérer, on ne trouve point celle de Heuleu. Elle ne devoit donc pas son nom aux huées que méritent les courtisanes et ceux qui les fréquentent. Il y a plus, l'ordonnance de saint Louis n'est que de 1254; et, comme nous l'avons observé plus haut, la rue se nommoit de Heuleu dès 1253 et même auparavant. Jaillot pense qu'il est plus vraisemblable de croire que cette rue doit son nom à un particulier. Il est certain, ajoute-t-il, qu'anciennement on disoit Heu pour Hugues et Leu pour Loup. On trouve un amortissement fait par un chevalier nommé Hugo Lupus, d'un don fait à l'église de Saint-Magloire au mois de mars 1231[494]; et enfin, dans les archives de l'abbaye d'Hières, il y avoit un acte de concession d'un moulin faite à cette abbaye vers l'an 1150, par lequel on voit que Clémence, abbesse d'Hières, étoit sœur de Heu-Leu, Hugonis Lupi. Il conclut de tout ceci que l'ancienne orthographe usitée du temps de saint Louis, où l'on écrivoit hüe leu, est la véritable. L'abbé Lebeuf avoit avant lui adopté cette opinion[495].

Rue Saint-Laurent. Elle traverse du faubourg Saint-Lazare dans celui de Saint-Laurent, et doit son nom à l'église Saint-Laurent, qui se trouve auprès. On l'a quelquefois appelée rue Neuve-Saint-Laurent, pour la distinguer de celle du faubourg, qu'on appeloit aussi rue Saint-Laurent.

Rue du Faubourg-Saint-Lazare. Ce n'est que la continuation du faubourg Saint-Denis, à laquelle on a donné ce nom, et même celui de rue Saint-Lazare, parce que l'église y étoit située[496].

Rue du Petit-Lion. Elle fait la continuation de la rue Pavée, et aboutit à celle de Saint-Denis. En 1360 elle s'appeloit rue du Lion d'or outre la porte Saint-Denis[497]. Dans ce même siècle et dans le suivant, on la nommoit simplement rue au Lion ou du Lion; mais dans les quinzième et seizième siècles on l'appeloit rue du Grand-Lion, de l'enseigne d'une maison qui y étoit située; elle prit peu de temps après le nom du Petit-Lion, qu'elle a toujours gardé depuis. Sauval[498] et quelques autres ont dit que cette rue s'est quelquefois appelée rue de l'Arbalète ou des Arbalétriers, qui, dit-il, y ont eu long-temps un lieu très-vaste destiné à leurs exercices: toutefois elle n'est ainsi nommée dans aucun titre; mais comme en 1421 les maisons de la rue au Lion aboutissoient, par-derrière, au jardin du maître des arbalétriers[499], on peut croire qu'elle en avoit reçu la dénomination populaire de rue de l'Arbalète.

Rue de la Longue-Allée. Ce n'est qu'un passage qui conduit de la rue Saint-Denis dans celles du Ponceau, des Égouts et Neuve-Saint-Denis; elle s'est appelée aussi rue de la Houssaie. On la nomme aujourd'hui passage Lemoine.

Rue de la Lune. Elle va d'un bout dans la rue Poissonnière, et de l'autre au boulevart, près la porte Saint-Denis. Elle étoit bâtie dès 1648, et l'on croit que son nom lui vient de quelque enseigne.