François Ier, Henri II et Charles IX paroissent avoir été les premiers de nos rois qui aient songé à faire des collections d'antiques et de médailles[138]. Mais les troubles qui agitèrent la France sur la fin du règne de ce dernier prince, et sous celui de son successeur, dispersèrent ce que ses prédécesseurs et lui avoient eu tant de peine à recueillir. Henri IV eut aussi le projet de former une collection semblable; sa mort précipitée l'empêcha de le réaliser.
Il étoit réservé à Louis XIV d'exécuter un semblable dessein, à peine commencé jusqu'à lui. «Gaston d'Orléans, dit M. l'abbé Barthélemy, avoit donné au roi une suite de médailles en or; et comme M. de Colbert s'aperçut que Sa Majesté se plaisoit à consulter ces restes de l'antiquité savante, il n'oublia rien pour satisfaire un goût si honorable aux lettres. Par ses ordres et sous ses auspices, M. Vaillant[139] parcourut plusieurs fois l'Italie et la Grèce, et en rapporta une infinité de médailles singulières. On réunit plusieurs cabinets à celui du roi: et des particuliers, par un sacrifice dont les curieux seuls peuvent apprécier l'étendue, consacrèrent volontairement dans ce dépôt ce qu'ils avoient de plus précieux en ce genre. Ces recherches ont été continuées dans la suite avec le même succès. Le cabinet du roi a reçu des accroissements successifs, et l'on pourroit dire qu'il est à présent au-dessus de tous ceux qu'on connoît en Europe, s'il ne jouissoit depuis long-temps d'une réputation si bien méritée.
»Cette immense collection est divisée en deux classes principales, l'antique et la moderne. La première comprend plusieurs suites particulières: celle des rois, celle des villes grecques, celle des familles romaines, celle des empereurs, et quelques-unes de ces suites se subdivisent en d'autres, relativement à la grandeur des médailles et au métal. C'est ainsi que des médailles des empereurs on a formé deux suites de médaillons et de médailles en or; deux autres de médaillons et de médailles en argent; une cinquième de médaillons en bronze; une sixième de médailles de grand bronze; une septième de celles de moyen bronze; une huitième enfin de médailles de petit bronze. La moderne est distribuée en trois classes: l'une contient les médailles frappées dans les différents États de l'Europe; l'autre, les monnoies qui ont cours dans presque tous les pays du monde; et la troisième, les jetons. Chacune de ces suites, soit dans le moderne, soit dans l'antique, est, par le nombre, la conservation et la rareté des pièces qu'elle contient, digne de la magnificence du roi et de la curiosité des amateurs[140].»
Ces médailles furent d'abord réunies au Louvre, ainsi que les antiquités éparses dans les maisons royales. M. de Louvois eut ordre ensuite de faire transférer ce cabinet à Versailles, où il fut placé auprès de l'appartement du roi, et confié à la garde de Rainsart, savant antiquaire. Ce n'est que vers la fin du siècle dernier qu'il fut rapporté à la bibliothéque et déposé dans la salle où on le voit aujourd'hui.
Dans cette même salle sont réunis la collection des pierres gravées et le cabinet des antiques. La première contient un grand nombre de chefs-d'œuvre des artistes grecs, gravés en creux et en relief, et les plus belles agates gravées par les modernes. On remarque principalement, parmi les monuments antiques, le tombeau de Chilpéric Ier, roi de France, découvert à Tournai en 1653; les deux grands boucliers votifs, en argent, trouvés dans le Rhône et en Dauphiné en 1656 et 1714; la fameuse agate de la Sainte-Chapelle; la sardoine onyx, dite vase de Ptolémée, etc., etc.
Il contient encore un très-grand nombre de figures, de bustes, de vases, d'instruments de sacrifices, de marbres chargés d'inscriptions, d'urnes funéraires, de meubles, de bijoux, etc., recueillis des antiquités grecques et romaines. Vers le milieu du dix-huitième siècle, M. le comte de Caylus ajouta à tant de richesses une quantité considérable d'antiquités égyptiennes, étrusques, etc., que cet illustre amateur avoit rassemblées, et qu'il a publiées en vingt-six planches, accompagnées de notes et de dissertations justement estimées.
DÉPÔT OU CABINET DES PLANCHES GRAVÉES ET ESTAMPES.
Ce cabinet occupe l'entresol au-dessous des cinq premières pièces du dépôt des manuscrits.
On doit encore à Louis XIV la création de cette collection à laquelle il en est peu en Europe qui soient comparables. Le goût dont ce prince étoit possédé pour tout ce qui avoit quelque rapport aux beaux-arts, le porta à faire l'acquisition de l'importante collection amassée à grands frais par l'abbé de Marolles, et composée des meilleures estampes depuis l'origine de la gravure jusqu'au moment où il vivoit. Elle est contenue en 264 volumes, format grand atlas, et fut le premier fonds de ce cabinet.
Quelques années auparavant, Gaston d'Orléans avoit légué au roi une suite d'histoire naturelle, qu'il avoit fait peindre en miniature par Nicolas Robert, d'après les plantes de son jardin botanique et les animaux de sa ménagerie de Blois. Cette suite fut jointe à celle de l'abbé de Marolles, et augmentée des productions de trois artistes, Jean Joubert, Nicolas Aubriet et mademoiselle Basseport, qui, sous la fin du règne de ce prince et sous Louis XV, continuèrent de peindre de la même manière des objets pris dans les trois règnes de la nature. Cette partie seule contenoit 60 volumes in-folio[141].