Rue Coq-Héron. Elle fait la continuation de la rue de la Jussienne, et aboutit à la rue Coquillière. On l'a ainsi appelée dès son origine, qui est très-ancienne; du reste on ignore l'étymologie ou la cause de cette dénomination. Ce n'étoit qu'un cul-de-sac en 1298. On trouve dans le grand cartulaire de l'évêché le titre d'une reconnoissance de huit deniers sur une maison située au bout d'une ruelle sine capite quæ vocatur Quoqueheron[274].—Cette rue s'est ensuite prolongée jusqu'à la rue Montmartre. Plusieurs titres du seizième siècle la nomment rue de l'Égyptienne, dite Coquehéron; mais cette dénomination ne peut s'appliquer qu'à la partie de cette rue qui est connue aujourd'hui sous le nom de la Jussienne.

Rue Coquillière. Elle aboutit d'un côté à la petite place qui est devant l'église de Saint-Eustache, et de l'autre à la rue Croix-des-Petits-Champs. Quelques auteurs ont dit, d'après Sauval, que cette rue fut d'abord nommée Coquetière, parce que les coquetiers, qui font trafic d'œufs, arrivoient à la Halle par cette rue; et que, du temps de Marot, on l'appeloit Coquillart, du nom d'un particulier. Il est plus vraisemblable qu'elle doit son nom à Pierre Coquillier, qui, en 1292, vendit à Gui de Dampierre une grande maison qu'il avoit fait bâtir dans cette rue. Il paroît constant que cette famille étoit ancienne dans ce quartier: car on lit dans un manuscrit de la Bibliothéque du roi[275] qu'en 1262 et 1265 Odeline Coquillière (Coclearia) fonda une chapelle de Saint-Eustache; dans un acte de 1255 il est également fait mention d'Adam et Robert Coquillière. Enfin la considération dont jouissoient ces bourgeois étoit telle qu'ils firent donner leur nom à celle des portes de l'enceinte de Philippe-Auguste qui fut élevée à l'extrémité de cette rue; on la trouve effectivement désignée, dans les titres de ce siècle et du suivant, sous le nom de la porte au Coquiller[276].

Rue des Deux-Écus. Cette rue, qui traverse de la rue des Prouvaires dans celle de Grenelle, n'a pas toujours eu une aussi grande étendue. Quoiqu'elle fût autrefois bornée par la rue d'Orléans, elle portoit trois noms, depuis cette rue jusqu'à celle des Prouvaires. À partir de cette dernière jusqu'à la rue du Four, et même jusqu'à celle des Vieilles-Étuves, on la trouve nommée Traversaine, Traversane et Traversine; ensuite entre ces deux rues, rue des Écus, des Deux-Écus; enfin rue de la Hache et des Deux-Haches[277], depuis la rue des Vieilles-Étuves jusqu'à celle de Nesle, dite depuis d'Orléans; et ses diverses parties étoient encore distinguées sous ces trois noms au commencement du siècle. Corrozet indique aussi la rue des Deux-Écus et celle des Deux-Haches; il ajoute ensuite la rue de la Vieille, celle de la Brehaigne et Pressoir du Bret. Guillot parle aussi d'une rue Raoul-Menuicet. Les changements survenus à l'hôtel de Nesle, dit depuis hôtel de Soissons, ont fait disparoître ces rues, dont nous allons indiquer la situation.

La rue d'Orléans s'appeloit alors rue de Nesle; elle traversoit le terrain de l'hôtel de Soissons, et aboutissoit à la petite place qui fait face à l'église Saint-Eustache; il en subsiste encore une partie dans la rue Oblin, qui, avant la démolition de cet hôtel, se nommoit cul-de-sac de l'hôtel de Soissons.

La rue des Vieilles-Étuves se prolongeoit aussi et aboutissoit dans la rue de Nesle, presque vis-à-vis la porte de l'hôtel du même nom; c'est cette partie de rue, depuis celle des Deux-Écus jusqu'à l'angle qu'elle formoit avec la rue de Nesle, qu'on appeloit la Vieille Brehaigne, nom que Corrozet a mal à propos séparé en deux.

À l'égard du Pressoir du Bret[278], il étoit vis-à-vis, dans la rue des Deux-Écus, entre celles du Four et des Vieilles-Étuves.

C'est dans ce même endroit, c'est-à-dire entre les rues des Vieilles-Étuves et d'Orléans, que la rue des Deux-Écus s'appeloit des Deux-Haches, de l'enseigne d'une maison située au coin de la rue des Étuves, dite aujourd'hui rue de Varennes.

Quant à la rue Raoul Menuicet, ou plutôt Raoul Mucet, Jaillot la place dans la partie de la rue des Veilles-Étuves comprise dans l'hôtel de Soissons; il fonde cette assertion sur le dit des rues de Guillot, dont voici les termes[279].

En la rue Raoul Menuicet
Trouvai un homme qui mucet,
Une femme en terre et ensiet,
La rue des Étuves en prêt siet.

Il s'appuie en outre du témoignage de l'abbé Lebeuf[280], qui croit reconnoître cette rue dans le cul-de-sac de Soissons, lequel faisoit la continuation des rues de Nesle et des Étuves qui y aboutissoient, d'où il résulte que la rue Raoul Mucet devoit être près de celle des Étuves.