Enfin il ajoute qu'il y avoit un cimetière en cet endroit, lequel étoit certainement situé entre la rue du Four et la continuation de celle des Vieilles-Étuves. En effet, les censiers de l'évêché indiquent en cet endroit plusieurs maisons qui appartenoient à la fabrique de Saint-Eustache; celui de 1372 énonce une maison aux bourgeois de Saint-Huitasse, qui est à présent cimetière; et, pour ne laisser aucun doute sur sa position, la désigne comme contiguë aux maisons qui furent au vicomte de Melun. Or, tous les titres[281] nous apprennent qu'il y en avoit qui furent acquises par Mathieu de Nanterre, président au parlement, et qu'elles étoient situées entre les rues que nous nommons du Four, des Deux-Écus et de la Nouvelle-Halle au blé.
Enfin la rue des Deux-Écus fut depuis prolongée jusqu'à la rue de Grenelle; ce fut, selon le plus grand nombre des historiens de Paris, Catherine de Médicis qui la fit ouvrir sur son terrain pour la commodité du public, et en quelque sorte pour le dédommager des parties des rues d'Orléans et des Vieilles-Étuves qu'elle avoit supprimées et enclavées dans son hôtel. Cependant Jaillot pense qu'elle ne fut ouverte qu'après la mort de cette reine, dans l'an 1606.
Rue des Bons-Enfants. Elle commence à la rue Saint-Honoré, et aboutit à la rue Baillif et à la rue Neuve-des-Bons-Enfants. Cette rue doit son nom au collége qui jadis y étoit situé, et dont nous avons déjà plusieurs fois parlé. Avant l'établissement de ce collége et la fondation de l'église Saint-Honoré, cette rue n'étoit connue que sous la dénomination de chemin qui va à Clichi; elle prit ensuite le nom de ruelle par où l'on va au collége des Bons-Enfants[282], et de rue aux Écoliers de Saint-Honoré.
Rue Neuve-des-Bons-Enfants. Elle fait la continuation de la rue des Bons-Enfants, et aboutit à la rue Neuve-des-Petits-Champs. Cette rue fut percée sur un terrain de sept cent onze toises que le cardinal de Richelieu avoit acquis en 1634, et qu'il rétrocéda à un particulier nommé Barbier. Quelques titres paroissent fixer l'époque de l'ouverture de cette rue à l'année 1640; il est certain du moins que, l'année suivante, elle étoit couverte de maisons du côté du Palais-Royal.
Rue des Veilles-Étuves. Elle va de la rue Saint-Honoré à celle des Deux-Écus, et doit ce nom à des étuves ou bains, particulièrement destinés aux dames[283], qui s'y trouvoient situés. En 1300 on la nommoit simplement des Étuves, et en 1350, des Vieilles-Étuves[284].
Rue du Four. Elle conduit de la rue Saint-Honoré au carrefour qui est vis-à-vis l'église Saint-Eustache, et doit son nom au four bannal de l'évêque qui y étoit. On l'appeloit, en 1255, le Four de la Couture[285], parce qu'il étoit situé dans la Couture de l'évêque, vicus Furni in Culturâ et justitiâ episcopi.
Rue de Grenelle. Cette rue aboutit d'un côté dans celle de Saint-Honoré, et de l'autre dans la rue Coquillière; elle doit vraisemblablement son nom à Henri de Guernelles, qui y demeuroit au commencement du treizième siècle[286]. C'est par altération dans la manière de le prononcer qu'il a été changé depuis en ceux de Guarnelles, Guarnales, Garnelle, et enfin de Grenelle, que cette rue porte aujourd'hui[286].
Rue du Jour. Elle donne d'un côté dans la rue Coquillière, et de l'autre dans la rue Montmartre. Cette rue a porté d'abord, en 1256 et 1258[287], le nom de Raoul Roissolle ou Rissolle, ensuite celui de Jehan le Mire, qui, dans le quatorzième siècle, possédoit des maisons dans cette rue. Vers l'an 1434 elle prit le nom de rue du Séjour, d'un manége et de plusieurs autres bâtiments que Charles V y fit construire. Cet hôtel, appelé le Séjour du roi lorsque la rue se nommoit encore Jehan le Mire, consistoit en trois cours, six corps de logis, une chapelle, une grange et un jardin. Ce dernier nom fut ensuite abrégé, et l'on s'accoutuma à dire seulement la rue du Jour. On la trouve indiquée ainsi dès 1526.
Rue de la Jussienne. Elle aboutit d'un côté dans la rue Coq-Héron, et de l'autre dans la rue Montmartre. Son vrai nom est rue de Sainte-Marie-l'Égyptienne, qu'elle devoit à la chapelle dédiée sous l'invocation de cette sainte, qui y étoit située. On la trouve sous cette dénomination et sous celles de l'Égyptienne, de l'Égyptienne-de-Blois, Gipecienne[288], et enfin, par une altération plus grande, de la Jussienne. Elle faisoit autrefois partie de la rue Coq-Héron.
Rue Mercier. Cette rue va d'un bout à la rue de Grenelle, de l'autre à la Halle au blé. Elle doit son nom à M. Mercier, l'un des échevins de la ville lors de la construction de cette halle, et fut percée à la même époque.