Rue Montmartre. La partie de cette rue qui se trouve dans ce quartier commence à la pointe Saint-Eustache, et finit au coin des rues Neuve-Saint-Eustache et des Fossés-Montmartre. On l'appeloit, au quatorzième siècle, rue de la Porte-Montmartre, parce que la porte désignée sous ce nom y étoit située.
Il y a, dans cette partie de la rue Montmartre, un cul-de-sac nommé cul-de-sac de Saint-Claude. Les censiers de l'évêché du siècle passé l'indiquent sous le nom de cul-de-sac de la rue du Bout-du-Monde. Boisseau, sur son plan, le nomme rue du Rempart, et sur un plan manuscrit il est nommé rue du Puits; de Chuyes et Valleyre l'appellent rue Saint-Claude, quoiqu'il y ait plus de deux siècles que ce soit un cul-de-sac. Ce dernier nom lui vient d'une enseigne.
Rue Oblin. Elle va de la place qui est devant Saint-Eustache à la Halle au Blé, et doit son nom à l'un des entrepreneurs de ce dernier édifice.
Rue d'Orléans. Elle va de la rue Saint-Honoré à celle des Deux-Écus. Son premier nom étoit rue de Nesle, et alors elle se prolongeoit jusqu'à la rue Coquillière. Lorsque le roi de Bohème, Jean de Luxembourg, y demeura, elle prit le nom de Bohème; et en 1388 on l'appela rue d'Orléans, après que Louis de France, duc d'Orléans, fut devenu propriétaire de l'hôtel de Bohème. On la trouve aussi quelquefois sous la dénomination de rue d'Orléans, dite des Filles-Pénitentes et des Filles-Repenties[289].
Rue Pagevin. Elle fait la continuation de la rue Verderet, depuis la rue Coq-Héron jusqu'à celle des Vieux-Augustins, et doit son nom à un particulier qui y demeuroit. Cette rue existoit dès 1293, et n'étoit connue alors que sous la dénomination de ruelle; depuis elle fut appelée rue Breneuse, vieux mot qui désignoit une rue étroite et malpropre; peut-être n'étoit-ce qu'une altération du nom de Jacques Berneult, sous lequel elle est indiquée dans le rôle de taxe de l'année 1313. On la trouve encore nommée rue Berneuse sur le plan de Dheullan et dans Corrozet; cependant elle étoit connue sous celui de Pagevin dès 1575[290].
Rue du Pélican. C'est une petite rue qui traverse de la rue de Grenelle dans celle de la rue Croix-des-Petits-Champs. Le nom obscène qu'elle portoit anciennement a été heureusement changé depuis plus de deux cents ans en celui de Pélican. Cette rue est ainsi nommée dans un titre de 1565[291].
Rue Plâtrière. Elle fait la continuation de la rue de Grenelle depuis la rue Coquillière jusqu'à la rue Montmartre. Sauval dit que, dans une charte de 1283, il a trouvé «Domus Guillelmi Plasterii in vico Henri de Guernelles; or, ajoute-t-il, comme la rue de Grenelle est contiguë à la rue Plâtrière, de là on peut inférer que la rue Plâtrière s'appeloit anciennement rue Guernelle, et qu'avec le temps elle a pris son nom de ce Guillaume Plâtrier.»
Cette conjecture, adoptée par plusieurs auteurs, est rejetée par Jaillot, qui pense que le nom de cette rue ne vient point de celui d'un particulier, mais d'une plâtrière qui se trouvoit dans cet endroit. On ne la trouve point en effet sous la dénomination de Guillaume Plâtrier, comme cela devroit être si ce particulier lui eût donné son nom; mais tous les actes de ce temps et la taxe de 1313 l'indiquent sous celui de la Plâtrière, vicus Plastrariæ et Plastreriæ[292]. Cet ancien nom et la preuve de sa véritable étymologie sont également consignés dans le contrat de vente que fit, en 1293, Simon Matifas de Buci, évêque de Paris, en faveur du comte de Flandre, du terrain qu'avoient occupé les Augustins, et des terres labourables qui en étoient voisines[293]. Ce terrain étoit séparé de celui de l'hôtel de Flandre par une ruelle représentée aujourd'hui par la rue Pagevin; l'évêque cède cette ruelle autant qu'il est en lui, et s'exprime ainsi: Ruellam pourprisio antedicto, quæ ruella in directum protenditur, usque ad murum mansionis, vel manerii potentissimi viri comitis antedicti, et tendit usque ad vicum qui dicitur vicus Maversæ in quo vico est Plastreria quædam.
C'est donc cette plâtrière qui a fait donner à la rue dont il s'agit le nom qu'elle porte, et qu'elle a toujours conservé depuis. Pendant la révolution on l'appeloit rue J.-J. Rousseau, parce que cet écrivain y avoit demeuré.
Rue des Prouvaires. Elle fait la continuation de la rue du Roule, et aboutit à la rue Traînée, en face du portail méridional de Saint-Eustache. Le véritable nom de cette rue est celui des Prévoires ou Provoires[294], mot qui, dans l'ancien langage, vouloit dire prêtres; et ce nom lui avoit été donné parce que, dès le treizième siècle, les prêtres de Saint-Eustache y demeuroient. La preuve que le mot provoire ou prévoire signifioit autrefois prêtre se trouve dans une chronique françoise du quatorzième siècle, où on lit que li prevoires chantèrent leurs litanies par la ville, et gittèrent eau bénite par les hosteux[295].