Rue de la Levrette. Elle donne d'un côté dans la rue du Martroi, et de l'autre dans celle de la Mortellerie. Cette rue se prolongeoit autrefois jusqu'au quai de la Grève, sous le nom de rue Pernelle, dont elle conserve encore le nom dans cette extrémité. On voit dans un compte du domaine de 1491[235] qu'elle se nommoit à cette époque ruelle aux Poissons, et Sauval dit qu'en 1552 elle s'appeloit la rue des Trois Poissons[236]. Gomboust, qui publia son plan dans le siècle suivant, la nomme rue Pernelle.
Rue de Longpont. Elle commence vis-à-vis l'église de Saint-Gervais, et aboutit au quai de la Grève. Les religieux de Longpont y avoient sans doute un hospice au treizième siècle, car alors on la nommoit rue aux moines de Longpont. Au commencement du seizième, on l'appeloit rue du Port-Saint-Gervais, autrement de Longpont[237]. Elle a repris ce dernier nom et ne l'a pas quitté.
Rue du Martroi. Elle aboutit d'un côté à la place de Grève, et de l'autre à la rue du Monceau-Saint-Gervais. Nous avons déjà vu qu'on l'appeloit du Marteret, Martrai, et Martroi-Saint-Jean. Le censier de l'évêché de 1372 la nomme le Martelet-Saint-Jean. On la trouve aussi désignée sous le nom du Chevet-Saint-Jean, et de rue Saint-Jean dans plusieurs actes[238] et sur les plans du dix-septième siècle. On lui a ensuite donné le nom de Martroi, que portoit celle qui venoit y aboutir; et depuis ce nom a été altéré de différentes façons. Corozet l'appelle du Martel-Saint-Jean, d'autres du Maltois, Martrois et Martrai. L'étymologie de ce nom n'est pas facile à donner. Sauval[239] le fait dériver du vieux mot Martyretum, diminutif de Martyrium, qui, selon lui, signifie un tombeau, une châsse, un cimetière, une église. En admettant la signification qu'il donne à ce mot, un tel nom auroit plutôt convenu à la rue du Monceau-Saint-Gervais; cependant on ne voit point qu'on le lui ait jamais donné. Borel, dans son Trésor des recherches et antiquités gauloises[240], dit que le mot Martroi vient de Martyrium, qui signifie lieu de supplice. Cette étymologie paroît mieux fondée que celle de Sauval, d'autant plus que cette rue n'a porté ce nom que depuis que la place de Grève, où elle aboutit, a été destinée au supplice des criminels[241].
Rue de la Mortellerie[242]. La partie de cette rue qui est dans ce quartier commence à la Grève et finit au coin de la rue Geoffroi-l'Asnier. Il y a plusieurs opinions relativement à l'étymologie de son nom. Quelques-uns ont cru qu'elle l'avoit pris des meurtres qu'on y commettoit autrefois. Sauval prétend qu'elle le doit à Pierre et à Richard Le Mortelier, qui y demeuroient en 1358[243]; qu'on la nomma à cause d'eux Mortelière, ensuite de la Mortiellerie, et enfin de la Mortellerie. Jaillot pense que ce nom vient des Morteliers, espèce d'ouvriers qui emploient la chaux et le plâtre, et dont il est parlé dans les réglements de la marchandise. Quoi qu'il en soit, si cette rue doit son nom à une famille des Mortelier, elle le portoit long-temps avant l'époque que Sauval lui assigne; car elle est nommée rue de la Mortellerie dans un acte de 1212, et Mortelleria dans un autre de 1264[244], ainsi que dans des lettres de Simon, évêque de Paris en 1289. Guillot et le rôle de 1313 l'appellent aussi la Mortellerie, et il ne paroît pas que ce nom ait varié[245].
Rue du Mouton. Elle aboutit à la rue de la Tixeranderie et à la place de Grève. Son nom est dû à l'enseigne d'une maison qui probablement le devoit elle-même au propriétaire: car, au treizième siècle, Jean Mouton en possédoit deux en cet endroit. Cette maison est appelée domus de ariete, et domus arietis dans le cartulaire de Saint-Maur de 1263[246].
Rue Pernelle. Elle fait la continuation de la rue de la Levrette, et va depuis celle de la Mortellerie jusqu'au quai de la Grève. Sur la plupart des anciens plans, elle n'est pas distinguée de celle de la Levrette. L'abbé Lebeuf l'appelle Peronelle[247]. Elle n'étoit anciennement connue que sous le nom général de ruelle de Seine. Corrozet paroît l'indiquer sous celui de ruelle du Port-au-Blé. La Caille la nomme Pernelle ou Prunier.
Rue du Pet-au-diable[248]. Elle va de la rue de la Tixeranderie au cloître Saint-Jean. La singularité de ce nom a engagé plusieurs auteurs à en chercher la véritable étymologie. Sauval, que les historiens modernes ont copié, dit que[249] ce nom vient d'une ancienne tour carrée qui y étoit située, et qu'on nommoit autrefois la Synagogue, le Martelet-Saint-Jean, le vieux Temple, et l'hôtel du Pet-au-Diable[250], par dérision des Juifs. Cette étymologie nous semble fausse, attendu qu'il ne paroît pas naturel que les Juifs eussent une synagogue dans cet endroit, puisqu'ils en possédoient certainement une dans la rue de la Tacherie, qui en est voisine. On donne au nom de cette rue une autre origine, qui a l'air d'une plaisanterie, et qui cependant pourroit bien être la véritable. On suppose que la maison et la tour dont il s'agit ont été possédées et occupées par un particulier appelé Petau, qui étoit si méchant qu'on le surnomma Diable, et que son nom est resté à la rue. Le poète Villon, dans son Grand Testament, parle d'un roman qui portoit le même nom.
Je lui donne ma librairie
Et le roman du Petau-Diable.
Cette rue n'étoit autrefois qu'une ruelle que l'auteur des Tablettes Parisiennes appelle par inadvertance ruelle Tournai, ayant mal entendu ces deux vers de Guillot, qui dit simplement qu'il tourna dans une ruelle.
..... En une ruelle tournai
Qui de Saint-Jean voie à Porte.