[30]: Au moment où le parlement délibéroit, et témoignoit la plus forte opposition contre l'enregistrement de l'édit, une troupe de quatre à cinq cents hommes, armés de toutes pièces, remplirent les cours du palais, demandant à grands cris qu'on les fit parler au premier président et au procureur-général, et menaçant de les mettre en pièces si l'édit n'étoit publié sur-le-champ. On ne douta point que cette scène violente n'eût été préparée par le maréchal de Montmorenci, qui alors étoit encore gouverneur de Paris.
[31]: Vassy est une petite ville sur les frontières de la Champagne, dans laquelle le duc s'arrêta un moment pour se faire dire la messe. Il se trouva qu'en ce moment les huguenots, au nombre de six à sept cents, hommes, femmes et enfants, tenoient leur prêche dans une grange voisine de l'église, et qu'ils commencèrent à entonner leurs psaumes au moment où le prêtre montoit à l'autel. Le duc les envoya prier de suspendre leurs chants jusqu'à ce que la messe fût achevée: ils n'en voulurent rien faire. Alors une rixe s'engagea entre ses gens et ceux qui gardoient la porte de la grange; des injures on en vint aux coups; il fut tiré plusieurs coups d'arquebuse et de pistolets qui tuèrent ou blessèrent quelques huguenots: on se mêla alors avec plus d'animosité; et le duc, étant accouru pour faire cesser le tumulte, fut blessé d'un coup de pierre au visage. Furieux de voir couler son sang, ses soldats, malgré sa défense, chargèrent de toutes parts les huguenots, blessèrent dangereusement le ministre et demeurèrent bientôt maîtres du champ de bataille[31-A]. Telles sont les principales circonstances de cet événement malheureux, qui ne fut au fond que le résultat d'une querelle imprévue, où le sang coula des deux côtés, et dans laquelle les protestants eurent du dessous. Déjà plus d'une fois, et dans des rixes toutes semblables, dont Paris et presque toutes les provinces avoient été le théâtre, on les avoit vus abuser bien plus cruellement de la supériorité du nombre et des armes, sans qu'on en eût fait tant de bruit; mais ils avoient besoin d'un prétexte pour justifier leur rébellion. Tout prouve au reste que, dans cette rencontre de Vassy, ils furent les agresseurs; le duc de Guise se défendit, dans toutes les circonstances de sa vie, de l'avoir provoquée, et renouvela, à son lit de mort, ces mêmes protestations. Il suffit d'ailleurs de suivre, dans toutes les actions de sa vie, ce grand et noble caractère, pour reconnoître combien étoient au-dessous de lui de semblables indignités; et que s'il eût été capable de commettre des crimes politiques, il les eût choisis plus éclatants et surtout plus décisifs.
[31-A]: D'Aubigné dit qu'il y eut 330 personnes de tuées. La Popélinière, auteur protestant, mais plus sincère, n'en compte que 42. (Hist. des cinq rois, p. 148.)
[32]: Cet événement lui fit donner, par les plaisants du parti réformé, le nom de capitaine Brûle-Banc.
[33]: Les écrivains même les plus favorables aux calvinistes n'ont pu dissimuler que, dans les excès épouvantables qui signalèrent cette guerre, ceux-ci furent constamment les agresseurs, et donnèrent le premier exemple de toutes les horreurs qui y furent commises.
[34]: L'indiscrétion qu'il commit peu de temps après, de produire à la diète de Francfort, les lettres qu'elle lui avoit écrites lors de l'enlèvement de Fontainebleau, acheva de le perdre dans l'esprit de cette princesse, qui ne lui pardonna jamais de l'avoir compromise à ce point.
[35]: Les faubourgs Saint-Germain, Saint-Jacques et Saint-Marceau.
[36]: Poltrot, qui varia dans ses dépositions contre Soubise, La Rochefoucauld, Théodore de Bèze et quelques autres, ne cessa point dans les tortures et jusqu'au milieu des horreurs de son supplice, de charger l'amiral. Au reste, ce chef atrabilaire suivoit en cela une des maximes de sa secte, pour qui l'assassinat étoit un moyen tout comme un autre de propager la religion du pur Évangile; et celui-ci n'est pas le seul qu'on ait à lui reprocher. Il est justement soupçonné d'avoir fait assassiner le seigneur de Charri, capitaine des gardes, lorsqu'il voulut, quelque temps après, tenter l'enlèvement du roi dans Paris même, où il avoit été appelé pour se justifier de sa complicité avec le meurtrier du duc de Guise. De tous ses attentats, ce fut celui que Catherine lui pardonna le moins, comme nous le verrons plus loin.
[37]: Il convient dans une lettre à la reine que «depuis cinq ou six mois en ça il n'a pas fort contesté contre ceux qui montrèrent avoir telle volonté.» Il donne pour raison du peu d'opposition qu'il a montré à une action aussi détestable qu'il avoit eu avis que «des personnes avoient été pratiquées pour le venir tuer», et il ne nomme point ces personnes dans le cours de sa justification, quoiqu'il eût dit «qu'il les nommeroit quand il en seroit temps.» Il avoue dans ses réponses que «Poltrot s'avança jusqu'à lui dire «qu'il seroit aisé de tuer le duc de Guise; mais que lui Amiral n'insista jamais sur ce propos, d'autant qu'il l'estimoit pour chose du tout frivole.» Il convient avoir donné cent écus à Poltrot pour acheter un cheval qui fût excellent coureur; il convient encore que «quand Poltrot lui avoit tenu ce propos qu'il seroit aisé de tuer le seigneur de Guise, il ne lui répondit rien pour dire que ce fut bien ou mal fait»; il déclare dans une lettre à la reine, qu'il estimoit que «la mort du duc de Guise étoit le plus grand bien qui pouvoit advenir au royaume et à l'église de Dieu, et personnellement au roi et à toute la maison des Colignis.» Il récuse tous les parlements qui existaient alors en France, et même le grand conseil, disant que «son fait ne devoit être examiné que par gens faisant profession des armes et non pas la chicanerie, mal séante à personne de cette qualité.» Enfin, il réclama pour dernière ressource, le privilége de l'abolition porté par l'édit de pacification. (Voyez Mém. de Condé, t. 4, p. 303 et 304.)
[38]: Les dernières instructions qu'il donna à son fils Henri, prince de Joinville, furent de demeurer inviolablement fidèle au roi, à l'état et à la religion; il prouva en même temps combien étoient ardents et sincères les sentiments religieux dont il étoit animé, en rejetant un remède que lui proposoit un seigneur de la cour, remède dont l'effet, disoit-on, devoit être infaillible; et refusant d'en faire usage, parce que l'on se servoit dans sa préparation de quelques pratiques superstitieuses. On sait les paroles sublimes avec lesquelles, pendant le siége de Rouen, il laissa aller un homme qui avoit déjà été envoyé pour l'assassiner, et qui lui alléguoit les motifs de religion pour excuser son crime: «Si votre religion, lui dit-il, vous apprend à tuer celui qui ne vous a jamais offensé, la mienne m'ordonne de vous pardonner; allez, je vous rends votre liberté; et jugez par là laquelle des deux religions est la meilleure.»