[154]: Mayenne répondit qu'après ce qui s'étoit passé à Blois, il ne pouvoit plus se fier à la parole du roi; et en effet toute réconciliation étoit devenue impossible entre lui et les princes lorrains.

[155]: Il demandoit que l'on mit en liberté l'archevêque de Lyon et le cardinal de Bourbon; que le concile de Trente fût reçu en France sans aucune modification; que l'inquisition y fût établie; que le roi fît aux hérétiques une guerre à outrance, renonçant à toute alliance ou confédération avec la reine d'Angleterre, les Turcs et les princes protestants d'Allemagne. On ne peut nier que toutes ces demandes ne fussent à la fois salutaires au roi et à la monarchie; nous n'en exceptons pas même l'inquisition, contre laquelle il est facile de répéter d'absurdes déclamations, tandis que l'histoire entière lui rend témoignage, et aujourd'hui plus que jamais; puisque le seul peuple qui l'ait conservée dans l'Europe chrétienne, est aussi le seul qui ait su résister à la force militaire et aux intrigues politiques de la révolution, le seul qui forme encore, au milieu de cette corruption sans exemple, une véritable société.

Il est remarquable que, dans cette négociation au sujet de l'absolution du roi, l'ambassadeur de France menaça le pape du rétablissement de la pragmatique-sanction, que désiroient à la fois les parlements, l'université et une grande partie du clergé; soutenant que, d'après les libertés gallicanes, les rois de France avoient le privilége de ne pouvoir être excommuniés, ce qui revenoit à dire que les papes devoient les reconnoître chrétiens, fussent-ils mahométans, païens, ou même publiquement athées. Telle étoit la marche ordinaire des négociations de la France avec la cour de Rome: dès que celle-ci réclamoit ses droits les plus légitimes, s'il ne plaisoit pas de les reconnoître, on la menaçoit d'un schisme.

[156]: Il ne le fit que lorsqu'il ne lui fut plus possible de douter de cette alliance du roi avec un prince hérétique. Henri III en fut consterné; c'est alors que le roi de Navarre le pressa de faire le siége de Paris: «Vainquons, lui dit-il, et nous aurons l'absolution; mais si nous sommes battus, nous serons excommuniés, aggravés et réaggravés.» C'est ainsi que devoit parler un protestant; mais l'événement lui prouva à lui-même qu'il ne suffisoit pas d'être victorieux pour obtenir l'absolution, et que la cour de Rome se conduisoit par d'autres maximes.

[157]: Il se nommoit Edme Bourgoin, et fut depuis condamné au supplice des régicides.

[158]: Son confesseur lui ayant demandé en quelle disposition il étoit relativement à l'excommunication lancée contre lui par le pape, il répondit: «Je suis le premier fils de l'Église catholique, apostolique et romaine, et veux mourir tel. Je promets devant Dieu et devant vous, que mon désir n'a été et n'est encore que de contenter Sa Sainteté en tout ce qu'elle désire de moi.» Sur quoi il reçut l'absolution.

[159]: L'édit qu'il donna à ce sujet, portoit qu'il n'y auroit point d'exercice public d'aucune autre religion que de la catholique, excepté dans les lieux actuellement en la possession des huguenots; que l'on ne mettroit que des commandants catholiques dans les villes ou châteaux pris sur l'ennemi; que les charges, dignités, gouvernements des villes ne seroient conférés qu'à des catholiques, etc.

[160]: Soutenu de ceux de cette faction qui lui étoient dévoués, cet ambassadeur avoit déjà fait, dans le conseil de l'Union, la proposition captieuse de faire déclarer le roi, son maître, protecteur de la France, avec le droit de nommer aux charges et aux dignités du royaume. Mayenne, aidé de Villeroy, de l'archevêque de Lyon et du cardinal de Gondi, eut beaucoup de peine à faire rejeter cette proposition, que les Seize avoient reçue avec beaucoup d'applaudissements, parce qu'elle étoit accompagnée de promesses de secours très-puissants en argent et en soldats. Il n'y parvint qu'en faisant entendre que ce seroit faire un affront au pape que de décider une question de cette importance avant l'arrivée de son légat.

[161]: Ce fut l'archevêque de Lyon. Il remplaça Montholon.

[162]: Il mourut le 8 mai de cette année, au château de Fontenay-le-Comte, à l'âge de soixante-huit ans. Ce prince, chef apparent de la ligue, n'acceptoit point le titre de roi que lui donnoient les ligueurs; il avoit toujours aimé Henri IV; et depuis la mort de Henri III, il affectoit de l'appeler toujours, non pas le roi de Navarre, comme faisoient tous ceux du parti de la ligue, mais simplement le roi mon neveu.