[144]: Il étoit dit dans cet édit que le roi et tous ses sujets, de quelque qualité qu'ils fussent, feroient serment de se réunir pour l'entière destruction en France de l'hérésie; qu'il ne seroit plus donné aucune place, dans le civil et dans le militaire, qu'aux seuls catholiques; qu'il n'y auroit plus ni ligue ni association autre que celle que légitimoit l'édit d'union, et que ceux qui refuseroient de s'y soumettre, seroient déclarés coupables de lèse-majesté. On stipuloit une amnistie entière pour le passé, et l'adoption du concile de Trente; les places de sûreté données au chef de la ligue restoient encore entre leurs mains pendant dix ans; le roi s'engageoit à mettre sur-le-champ deux armées sur pied pour combattre les huguenots, etc.
[145]: Les ministres expulsés étoient le chancelier de Chiverni, Bellièvre, surintendant des finances, Brulart, Villeroi et Pinart, secrétaires des finances. Ils furent remplacés par Ruzé, Révol et Montholon, alors avocat au parlement de Paris, qui fut fait garde des sceaux, et qui étoit bien loin de s'y attendre.
[146]: Il semble cependant que l'avis que donna le duc de Guise, et qui fut celui de la plus grande partie de l'assemblée, étoit le meilleur. Plusieurs membres, et surtout dans l'ordre de la noblesse, vouloient qu'on laissât là toute autre affaire, pour tirer vengeance de cette insulte du duc de Savoie. Le duc et les deux autres ordres pensèrent qu'il étoit bien plus pressant de suivre le grand dessein exprimé dans l'édit d'union et déjà en partie commencé, de mettre fin aux guerres civiles et à l'hérésie, pour en finir ensuite avec un aussi foible ennemi. Mais c'étoient là de ces conseils que le roi ne pouvoit prendre en bonne part, et qu'il étoit même incapable d'entendre.
[147]: Rien n'est moins prouvé. On sait que le duc de Guise, qui avoit besoin de cette faction turbulente et qui étoit forcé de la ménager, n'étoit pas toujours le maître de l'arrêter dans ses écarts et dans son fanatisme.
[148]: Cette tendance continuelle des Guises à rétablir en France la suprématie de la cour de Rome si malheureusement détruite par ce que l'on appeloit les libertés gallicanes, est très-remarquable, et suffiroit seule pour prouver la profondeur de leurs vues politiques, et combien étoit éclairé le zèle qu'ils avoient pour la religion. Sans doute en faisant de continuels efforts pour que la France se soumit enfin au concile, ils faisoient une chose agréable au pape; mais c'étoit aussi le bien de l'état et son plus grand bien qu'ils vouloient produire, en le replaçant ainsi dans ses justes rapports avec le chef de la chrétienté. Le duc de Guise trouva en cette circonstance l'opposition la plus invincible dans les parlementaires dont nous avons déjà fait connoître l'esprit, et que nous verrons toujours les mêmes jusqu'à la fin.
[149]: On l'accusoit d'avoir dit devant plusieurs personnes, en montrant une paire de ciseaux d'or qu'elle portoit à sa ceinture, que le meilleur usage qu'elle espéroit avoir bientôt l'occasion d'en faire, étoit de s'en servir à couper les cheveux à l'indigne prince qui occupoit alors le trône de France; ajoutant qu'après qu'il auroit été renfermé dans un monastère, un autre viendroit qui répareroit tout le mal qu'il avoit fait à l'état et à la religion.
[150]: Cet avis étoit contenu dans un billet qu'il trouva sous sa serviette en se mettant à table. L'ayant lu, il prit un crayon, écrivit au bas: on n'oseroit, et le jeta sous la table.
[151]: C'étoient le président de Neuilly, La Chapelle-Marteau, Compan, Cotte-Blanche, etc.
[152]: Le 5 janvier de cette année.
[153]: Quelques-uns ont prétendu que le meurtre du duc de Guise avoit été concerté entre elle et son fils; d'autres qu'il ne lui en rendit compte qu'après l'exécution; et qu'alors, sans blâmer ni approuver ce qui venoit d'être fait, et sans en paroître même émue, elle lui demanda seulement s'il avoit prévu les suites d'une telle mort, et s'il avoit bien pourvu à tout; que sur la réponse qu'il lui fit qu'il avoit pris toutes ses mesures, elle lui répliqua: «Je le souhaite, et que tout tourne à votre avantage.» Ce dernier récit est plus vraisemblable. Le roi n'étoit point alors avec elle dans une assez grande intimité pour lui confier de semblables projets; et le discours que l'on prête ici à Catherine est tout-à-fait dans le génie de cette princesse.