[363]: Parmi ces fondations de chaires, on n'en trouve aucune pour les progrès de la langue et de la littérature françoise; cependant cette langue étoit dès lors d'un usage universel, tant à la cour qu'à la ville, et plusieurs écrivains, tels que Marot, Melin de Saint-Gelais, Philippe de Comines, les frères du Bellay, etc., avoient déjà prouvé qu'elle pouvoit être maniée avec succès en prose, et qu'elle étoit susceptible de toutes les grâces de la poésie. François Ier la parloit lui-même avec beaucoup d'élégance, et sa sœur, la célèbre Marguerite de Navarre, l'avoit illustrée par ses écrits. Une telle indifférence ne peut s'expliquer que par la docilité du roi pour les savants qui le dirigeoient dans la formation de cet établissement, et qui, dans leurs préjugés scolastiques, dédaignoient, comme un jargon barbare, une langue que tout le monde pouvoit entendre, et qu'on parloit dans les boutiques. Telle est la cause qui retarda si long-temps encore le progrès des lettres françoises, qui même les replongea dans la barbarie dont elles commençoient à sortir.
[364]: Ils faisoient un tort manifeste à ses anciens membres, en donnant gratuitement, au moyen de leurs gages, des leçons que ceux-ci étoient forcés de vendre pour se procurer des moyens d'existence.
[365]: Avant ce règne, elle avoit déjà éprouvé plusieurs réformes, entre autres celle qui fut dressée en 1366 par les cardinaux Jean de Saint-Marc, et Giles Aicelin de Montaigu, sous l'autorité du pape Urbain V, et la réforme plus remarquable encore qu'y fit, dans le quinzième siècle, le cardinal d'Estouteville, assisté des commissaires du roi. Sous Henri IV on jugea nécessaire de lui en faire subir une nouvelle; et voici un exposé succinct de la situation de l'Université, depuis cette époque, jusqu'à celle qui a précédé la révolution.
Il y avoit deux chanceliers, l'un à Notre-Dame et l'autre à Sainte-Geneviève; tous les deux donnoient la bénédiction de licence, avec la puissance d'enseigner; mais celui de Sainte-Geneviève ne la donnoit que dans la faculté des arts. Il y avoit aussi des conservateurs des priviléges de cette compagnie. Les évêques de Beauvais, de Meaux et de Senlis étoient conservateurs apostoliques; le prévôt de Paris continuoit d'être conservateur des priviléges royaux; mais depuis le commencement du dix-septième siècle il n'est plus assujetti à prêter serment entre les mains du recteur.
L'élection du recteur se faisoit toujours de trois mois en trois mois, mais souvent il étoit continué. Il avoit l'honneur de haranguer le roi au nom de l'Université dans plusieurs cérémonies et dans les événements extraordinaires, comme entrées solennelles, mariages, morts de reines, avénements à la couronne, naissances, mariages et morts d'enfants de France, etc.
Ses habits de cérémonie étoient une robe violette, une ceinture de soie de même couleur avec des glands d'or; un cordon violet passé en baudrier de gauche à droite, d'où pendoit une bourse antique, appelée escarcelle. Cette bourse étoit de velours violet, et garnie de boutons et galons d'or. Il portoit en outre un mantelet d'hermine sur les épaules, et étoit coiffé d'un bonnet carré violet.
Les processions du recteur se faisoient quatre fois l'an, en mars, juin, octobre et décembre. Un mandatum affiché dans toute la ville en indiquoit le jour. L'objet de ces processions étoit de faire des prières publiques pour la conservation du souverain et de sa famille, pour l'extirpation de l'hérésie, le maintien de la paix et l'union entre les princes chrétiens, la gloire de l'Église, etc.
Elles partoient de la chapelle du collége de Louis-le-Grand, rue Saint-Jacques, pour se rendre à l'église stationale indiquée par le mandement du recteur. Voici quel en étoit l'ordre: 1o la croix et les chandeliers portés par des religieux Augustins du grand couvent, après lesquels marchoient les étudiants des quatre ordres mendiants, Cordeliers, Augustins, Carmes et Jacobins; 2o les maîtres-ès-arts en robes noires, et quelques religieux des abbayes qui étoient admises aux leçons de l'Université; ils étoient suivis des chantres; 3o les bacheliers en médecine et en théologie, ornés de la fourrure qui leur étoit particulière; 4o les docteurs régents de la faculté des arts, et les quatre procureurs ou chefs des nations, en robes rouges doublées d'hermine. Chaque procureur étoit précédé d'un massier; 5o les docteurs en médecine, en robes rouges et fourrures; les docteurs en droit, en robes et chaperons rouges; les docteurs en théologie, en fourrures; enfin le recteur, précédé de huit massiers ou bedeaux qui portoient devant lui des masses ou bâtons à têtes garnies d'argent, telles qu'on les portoit devant le roi et devant le chancelier de France. Il étoit accompagné des trois officiers généraux de l'Université, syndic, greffier et receveur, et suivi des cliens de l'Université, qui, sans être obligés à prendre les degrés, participoient à ses priviléges, tels que les imprimeurs, libraires, papetiers, parcheminiers, relieurs, enlumineurs, etc.
En arrivant dans l'église stationale, l'Université étoit reçue, au son des cloches et des orgues, par le clergé en chape, avec la croix, l'eau bénite et l'encens. La messe étoit célébrée par le curé, s'il étoit docteur en théologie, sinon par le doyen de la faculté. Après l'offrande, il y avoit sermon, également par un docteur en théologie. Un orateur, choisi dans la faculté des arts par le recteur, faisoit, après la messe, un remerciement en latin au célébrant; celui-ci lui répondoit dans la même langue; et la procession revenoit au collége de Louis-le-Grand à peu près dans le même ordre.
Les armes accordées à l'Université étoient une main qui sembloit descendre du ciel, laquelle tenoit un livre entouré de trois fleurs-de-lis d'or, sur un fond d'azur.