Au mois d'avril de l'année suivante, le sieur Baranjon, apothicaire et valet de chambre du roi, obtint la permission d'établir au même endroit un marché aux chevaux le mercredi de chaque semaine, ce qui n'empêchoit pas qu'on ne continuât tous les samedis de conduire les chevaux au marché de la porte Saint-Honoré. Ce dernier fut bientôt supprimé, et depuis l'on n'a point cessé de le tenir dans le lieu dont nous parlons.
C'est un vaste terrain planté d'arbres, formant avenue, et dans lequel on entre d'un côté par le boulevard, de l'autre par la rue qui en porte le nom. À l'une de ses extrémités est un pavillon construit en 1760 par ordre de M. de Sartine, et qui servoit de logement à l'inspecteur de police chargé de présider à ce marché. On y vendoit des chevaux le mercredi et le samedi de chaque semaine[290].
MAISON DE SAINTE-PÉLAGIE.
Cette maison étoit destinée aux filles ou femmes débauchées, que les magistrats vouloient soustraire à la société, et à celles qui s'y retiroient volontairement. Les bâtiments habités par les premières portoient le nom de Refuge, et ceux qu'occupoient les filles de bonne volonté furent désignés sous le titre de Sainte-Pélagie. C'est principalement au zèle et aux libéralités de madame de Miramion que l'on dut cet utile établissement. Elle avoit essayé de joindre la douceur à l'autorité, pour retirer du vice sept à huit filles dont la conduite étoit portée aux derniers excès du scandale. Munie de la permission des magistrats, elle les avoit placées d'abord dans une maison particulière au faubourg Saint-Antoine, sous la conduite de deux femmes pieuses, propres à faire revenir ces filles de leurs égarements. Cet essai réussit tellement, qu'il lui inspira le dessein d'ériger une maison publique destinée à ces retraites involontaires. Elle fut secondée dans des vues si louables par madame la duchesse d'Aiguillon, à laquelle se joignirent les dames de Farinvilliers et de Traversai. Chacune d'elle, à l'exemple de madame de Miramion, donna une somme de 10,000 liv. pour le nouvel établissement, qui, par des lettres-patentes du roi, accordées en 1665, fut établi sous le nom de Refuge, dans des bâtiments dépendants de la Pitié, et soumis à l'administration de l'Hôpital-général. Sa première destination fut d'abord uniquement pour les filles qu'on renfermoit par ordre des magistrats; mais madame de Miramion crut devoir y ouvrir un asile à celles qui d'elles-mêmes voudroient y mener une vie pénitente, ce qui donna lieu à cette distinction des Filles de Bonne-Volonté, qui bientôt se présentèrent en très-grand nombre, et auxquelles on assigna un logement séparé. Ce nombre devint même si considérable, que les bâtiments de la maison se trouvèrent insuffisants pour les loger, et qu'on se vit forcé de leur chercher une plus vaste demeure. Madame de Miramion les plaça au faubourg Saint-Germain, dans un édifice qu'avoit occupé la communauté dite de la Mère de Dieu; mais peu de temps après, au moyen de nouvelles dispositions qu'on fit dans la maison du Refuge, et sur la prière des administrateurs de cet établissement, la plupart de ces filles y retournèrent. Cependant le second asile, confirmé par des lettres-patentes de l'année 1691, continua de subsister jusqu'au moment de la révolution.
Jaillot fait observer que, malgré la destination de cette maison, l'on y a quelquefois fait enfermer des personnes qui n'étoient point coupables de débauches ou de libertinage, mais que des raisons particulières ne permettoient pas de mettre dans d'autres couvents, ni de laisser dans la société[291].
CURIOSITÉS DE SAINTE-PÉLAGIE.
TOMBEAUX.
Dans la chapelle, érigée pour le service des deux maisons, le mausolée de dame Madeleine Blondeau, veuve de Messire Michel d'Aligre, l'une des principales bienfaitrices de Sainte-Pélagie. Ce tombeau, de la main de Coysevox, se composoit d'un sarcophage en marbre, sur lequel étoit agenouillé le génie de la religion; derrière s'élevoit une pyramide, terminée par un enroulement ionique que surmontoit une urne en bronze[292].
Une épitaphe placée vis-à-vis annonçoit qu'Étienne d'Aligre, second président du parlement, son épouse et leur fille, avoient été inhumés dans cette même chapelle.
LES PRÊTRES
DE SAINT-FRANÇOIS-DE-SALES.
M. le cardinal de Noailles ayant supprimé, en 1702, une communauté de filles appelées les Filles de la Crèche, qui s'étoit établie vers l'année 1656 au carrefour du Puits-l'Ermite, destina la maison qu'elles occupoient à la communauté des prêtres de Saint-François-de-Sales. Elle avoit été formée depuis quelque temps[293] par M. Witasse, docteur de Sorbonne, en faveur des pauvres prêtres de son diocèse, auxquels la vieillesse et les infirmités ne permettoient plus de remplir les devoirs de leur saint ministère. M. le cardinal de Noailles, pour assurer la subsistance de ces prêtres infirmes, dont le nombre étoit assez considérable, non-seulement leur affecta les biens des religieuses de la Crèche, mais réunit encore à leur maison la mense priorale de Saint-Denis-de-la-Chartre, par son décret du 18 avril 1704, confirmé par lettres-patentes du même mois. Enfin, les religieuses Bénédictines d'Issi ayant été dispersées en 1751, et leur abbaye réunie à celle de Gersi, on donna aux prêtres de Saint-François-de-Sales la maison qu'elles occupoient. Ils en prirent possession en 1753, et conservèrent cependant celle du Puits-l'Ermite pour leur service d'hospice[294].