LES RELIGIEUSES HOSPITALIÈRES
DE LA MISÉRICORDE DE JÉSUS,
DITES
DE SAINT-JULIEN ET DE SAINTE-BASILISSE.
La charité chrétienne avoit fait établir, dans le quartier Saint-Antoine, une maison hospitalière destinée à servir d'asile et à fournir des remèdes et des secours aux pauvres femmes ou filles malades[295]. L'utilité de cet établissement fit naître à M. Jacques Le Prévost d'Herbelai, maître des requêtes, le dessein d'en former un entièrement semblable. Il fit à cet effet des propositions aux religieuses hospitalières de Dieppe; ces dames les ayant acceptées, il leur assura 1500 liv. de rente par contrat du 18 juin 1652, et leur procura une maison à Gentilli, où elles furent placées la même année, du consentement de l'archevêque de Paris. Des lettres-patentes données en 1655, et enregistrées en 1656, les autorisèrent à transférer leur domicile à Paris; dans les faubourgs Saint-Victor, Saint-Marcel, Saint-Jacques ou Saint-Michel. Elles avoient déjà acquis, dès 1653, du sieur Le Begue, la demeure qu'elles ont occupée jusqu'au moment de la révolution. Cette acquisition consistoit en deux maisons, accompagnées de cours et de jardins. On y construisit une chapelle et plusieurs bâtiments; mais comme au commencement du dix-septième siècle ils tomboient en ruine, le roi les fit réparer et augmenter à ses frais, sous la direction de M. d'Argenson, alors lieutenant-général de police. La chapelle de cette maison étoit sous l'invocation de saint Julien et de sainte Basilisse, dont ces religieuses prirent le nom.
Il y avoit dans cette maison trente-sept lits, dont une partie avoit été fondée par des particuliers, qui avoient le droit de les faire occuper gratis. On payoit pour les autres 36 fr. par mois[296].
CURIOSITÉS.
Sur le maître-autel de leur église, qui étoit petite mais propre, une Résurrection de Notre Seigneur, par un peintre inconnu.
LES FILLES DE LA CROIX.
Nous ayons déjà parlé de l'origine de cette congrégation[297], destinée à l'instruction des pauvres filles et à l'éducation des jeunes demoiselles. La maison qu'occupoient les Filles de la Croix, et dont il est ici question, faisoit partie du Petit Séjour d'Orléans. Jaillot dit qu'elles acquirent ce lieu, ainsi que la maison voisine, à titre d'échange, de Marie-Anne Petaut, veuve de René Regnaut de Traversai, par acte du 13 juillet 1656. Ces filles tenoient les écoles de charité de la paroisse Saint-Médard, et prenoient aussi des pensionnaires[298].
L'HÔPITAL NOTRE-DAME
DE LA MISÉRICORDE,
DIT LES CENT FILLES.
Louis XIII ayant donné, en 1612, sur la demande des magistrats, des lettres-patentes pour faire enfermer dans les hôpitaux les pauvres de tout sexe et de tout âge qui se multiplioient dans Paris d'une manière effrayante, il se trouva parmi eux un grand nombre de filles orphelines de père et de mère, et trop jeunes pour se procurer des moyens de subsistance. M. Antoine Seguier, président au parlement, magistrat aussi recommandable par ses lumières que par sa piété charitable, forma le projet d'établir un hôpital spécialement destiné à recevoir ces pauvres enfants. Il acheta, dans ce dessein, de madame de Mesmes, le 21 mars 1622, une maison appelée le Petit Séjour d'Orléans, parce qu'elle faisoit partie de l'ancien hôtel des ducs d'Orléans, dont nous parlerons par la suite; et, le 6 avril de l'année suivante, il obtint des lettres-patentes qui érigeoient cette maison en hôpital, sous le nom de Notre-Dame de la Miséricorde. L'inscription qui fut placée dans la chapelle portoit que «le 17 janvier 1624, Antoine Seguier fonda et fit bâtir cet hôpital pour cent pauvres filles, et le dota de 16,000 liv. de rente.» Il ne fut achevé qu'en 1627, trois ans après la mort du fondateur. Les filles qu'on y recevoit devoient avoir six ou sept ans au plus, être nées à Paris de légitime mariage, orphelines de père et de mère pauvres, et saines d'esprit et de corps. On leur faisoit apprendre un métier, et l'hôpital leur accordoit une dot, soit pour se marier, soit pour faire profession religieuse.
Louis XIV, voulant favoriser cet établissement, donna des lettres-patentes au mois d'avril 1656, enregistrées au parlement le 8 mai de l'année suivante, par lesquelles il ordonnoit que les compagnons d'arts et métiers qui, après avoir fait leur apprentissage, épouseroient les filles de cet hôpital, seroient reçus maîtres sans faire de chefs-d'œuvre et sans payer aucun droit de réception.