COLLÉGES.

Collége de Chanac (rue de Bièvre).

Ce collége se trouve aussi désigné sous les noms de Saint-Michel et de Pompadour. Du Breul dit[367] «qu'il fut fondé en l'honneur de saint Michel par Guillaume de Chanac, évêque de Paris, issu de la noble lignée de Pompadour.» Il est vrai que dans un arrêt de 1510[368], M. Antoine de Pompadour est qualifié fondateur du collége de Chanac; mais loin que cette dernière famille dût son origine à la sienne, il est certain qu'il ne prenoit ce titre que comme descendant de Renaud-Élie de Pompadour, lequel épousa, en 1355, Galienne de Chanac, unique héritière de cette maison, dont elle lui transporta tous les droits.

On ignore du reste la date de cette fondation, qu'aucun auteur n'a donnée, mais qui nécessairement a dû précéder l'année 1348, puisque Guillaume de Chanac décéda cette même année. Les termes de son testament annonçoient qu'il avoit destiné sa maison, sise rue de Bièvre, à l'établissement d'un collége dans lequel on placeroit dix à douze boursiers; mais la somme qu'il laissa étoit loin de suffire à l'exécution d'un tel dessein, et les statuts de 1404 prouvent qu'à cette époque le revenu des maîtres et des élèves étoit si peu de chose, qu'il étoit impossible qu'il fournît à leur entretien[369]. Leur extrême pauvreté porta un autre Guillaume de Chanac, évêque de Mende, et le cardinal Bertrand, patriarche de Jérusalem, à venir à leur secours: ils donnèrent chacun 500 livres, et ce dernier y ajouta sa maison du faubourg Saint-Marcel, appelée encore aujourd'hui maison du Patriarche.

Les bourses de ce collége, destinées aux parents du fondateur ou à des écoliers du diocèse de Limoges, furent suspendues en vertu d'une conclusion de l'Université du 16 juillet 1729, confirmée par arrêt[370]. Le trop fameux cardinal Dubois avoit été boursier dans cette maison.

Collége du cardinal Le Moine (rue Saint-Victor).

Il doit son nom et sa fondation à Jean Le Moine, cardinal, mal à propos qualifié évêque de Meaux par quelques historiens. Envoyé en France en qualité de légat par Boniface VIII, pour terminer la fameuse querelle survenue entre ce pontife et Philippe-le-Bel, il profita du temps que lui donna sa négociation infructueuse pour exécuter le projet qu'il avoit formé avant son départ, de fonder un collége à Paris. On a varié sur la date de cet établissement, qu'il faut fixer avec Jaillot en 1302, parce que c'est cette année que le cardinal fit acheter la maison, la chapelle et le cimetière que les Augustins avoient au Chardonnet, pour y loger ses boursiers; et que, dès l'année suivante, un autre acte, dont l'objet principal est d'augmenter leur dotation, prouve évidemment qu'ils étoient déjà établis dans leur demeure. Les lettres de Boniface VIII qui approuvent cette fondation[371] font voir qu'elle n'étoit alors composée que de deux maîtres en théologie et de quatre étudiants dans la faculté des arts; mais, par les statuts, le cardinal ordonna qu'il y auroit dans ce collége soixante artiens et quarante théologiens; qu'il seroit nommé maison du Cardinal; que la valeur des bourses seroit fixée en marcs d'argent[372]: enfin il obtint, en 1308, une bulle du pape Clément V, qui donnoit au chapelain de ce collége la charge des âmes de tous ceux qui l'habitoient. Cette place devoit être occupée par un boursier théologien qui la gardoit toute sa vie, conservoit sa chambre après l'expiration du terme fixé pour sa bourse, et recevoit alors des honoraires convenables.

Dès le seizième siècle, il survint des changements dans ce collége. Le nombre des bourses y étoit alors réduit à quatorze pour les théologiens, et à quatre pour les artiens. En 1545 le parlement donna un arrêt de réglement pour y faire une réformation, par lequel il ordonna qu'outre le grand-maître, le prieur, le curé, les deux chapelains et les régents, il y auroit à l'avenir dix-huit boursiers théologiens et six artiens, ce qui a été maintenu jusque dans les derniers temps, si l'on en excepte la suppression faite en 1765 d'un chapelain.

En 1757 on avoit fait, à cette maison des réparations considérables; le portail de la chapelle fut reconstruit à neuf; on répara le maître-autel, et cette chapelle, dédiée d'abord sous le nom de saint Firmin[373], prit alors celui de saint Jean l'Évangéliste[374].

CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.
TABLEAUX.