Ces débris sont composés de deux corps de logis qui communiquent l'un à l'autre par une galerie, au-dessous de laquelle est placée la porte d'entrée. La partie qu'on ne voit point dans la gravure se prolonge le long de la rue Saint-Hippolyte, sous la forme d'un carré long. Elle se compose d'une grande salle au rez-de-chaussée, et de plusieurs appartements au premier étage.
La délicatesse des sculptures gothiques qui ornent le perron et les portes du principal corps de logis, prouve qu'en effet la construction en remonte jusqu'au commencement du treizième siècle, époque la plus brillante de ce genre d'architecture. La tour carrée, le perron, le bâtiment en retour, tout est gothique, à l'exception des combles et de quelques parties supérieures. La forme carrée des croisées, laquelle se rapproche beaucoup de celle qui est usitée dans l'architecture moderne, est également une forme primitive; on peut conjecturer seulement que ces croisées ont été dépouillées des ornements de sculpture qui les environnoient. La même forme se retrouve dans celles de l'autre construction.
La rivière coule à l'autre extrémité, le long des murs de cette maison; et dans toute sa longueur le rivage est revêtu d'un quai dont la construction paroît également fort ancienne. Au milieu de la cour est une grande citerne depuis long-temps à sec, et dans laquelle on prétend que l'eau de la Seine entroit jadis par un canal souterrain: les caves encore existantes, et qui paroissent être du même temps que l'édifice, sont immenses, et peuvent, dit-on, contenir trois mille pièces de vin.
Saint Louis a-t-il eu effectivement un palais dans cet endroit? le témoignage de Germain Brice n'est pas appuyé d'autorités suffisantes pour qu'on puisse rien affirmer à ce sujet. Les traditions qu'on en conserve dans le quartier ne fournissent également que de bien foibles lumières; l'édifice y est vulgairement connu sous le nom de maison de la Reine-Blanche. Sur la porte principale au-dessus du perron, porte qui est également gothique, et du même temps que le reste, on voit plusieurs portraits dans des médaillons, et l'une de ces figures semble offrir les traits de saint Louis; l'architecture a bien certainement le caractère de celle qui régnoit dans le siècle de ce prince; voilà tout ce qu'il nous est possible de dire sur ce monument[419].
HÔTELS EXISTANTS EN 1789.
Hôtel de Nesmond (quai de la Tournelle).
Cet hôtel, situé au coin de la rue des Bernardins et près de la maison des Miramiones, avoit été bâti sur trois quartiers de terre dépendants des chanoines de Saint-Victor. Ce terrain appartint ensuite à plusieurs propriétaires, parmi lesquels on compte les évêques de Paris et d'Arras, le comte de Boulogne, etc.; ce dernier le possédoit en 1372, et l'on y avoit déjà élevé une maison[420]. Cette propriété passa, dans le seizième siècle, à l'évêque de Beauvais, au duc de Montpensier, à M. Despesse, avocat du roi. En 1603 elle avoit pris le nom d'hôtel de Bar, à cause des ducs de Lorraine et de Bar qui l'avoient possédée. Nous passons sous silence plusieurs autres personnages à qui elle a appartenu, et qui sont trop obscurs pour mériter d'être cités. Enfin en 1636 c'étoit un jeu de paume, qui fut acquis peu de temps après par M. de Nesmond, et passa ensuite à ses héritiers[421].
Hôtel de Scipion (rue de la Barre).
Cet hôtel, bâti par Scipion Sardini, avoit été acquis, dans le siècle dernier, par l'hôpital général. On y avoit établi la boulangerie et la boucherie de ce grand établissement, et depuis cette époque il étoit connu sous le nom de Sainte-Marthe[422].