QUARTIER S.-ANDRÉ-DES-ARCS.

Ce quartier est borné à l'orient par les rues du Petit-Pont et Saint-Jacques exclusivement; au septentrion par la rivière, depuis la place qu'occupoit le petit Châtelet jusqu'au coin de la rue Dauphine; à l'occident par la rue Dauphine inclusivement; et au midi par les rues Neuve-des-Fossés-Saint-Germain-des-Prés, des Francs-Bourgeois et des Fossés-Saint-Michel ou de Saint-Hyacinthe exclusivement, jusqu'au coin des rues Saint-Jacques et Saint-Thomas.

On y comptoit, en 1789, quarante-sept rues, trois culs-de-sac, trois églises paroissiales, cinq communautés d'hommes, treize colléges dont douze sans exercice, la Sorbonne, l'Académie royale de chirurgie, etc.

ORIGINE DU QUARTIER.

Jusqu'au règne de Philippe-Auguste, les anciens plans nous représentent ce quartier, ainsi que les deux précédents, comme un espace de terrain ou vague ou couvert de diverses cultures, mais presque sans aucun bâtiment. Ces terres appartenoient en grande partie à l'abbaye Saint-Germain; et ce fut à l'occasion de l'enceinte élevée par ce prince et des contestations qu'elle fit naître entre l'évêque et ce monastère, que fut bâtie l'église Saint-André, à laquelle cette portion de la ville doit le nom qu'elle a porté jusqu'au moment de la révolution.

Ce quartier, borné, ainsi que nous venons de le dire, à l'occident par la rue Dauphine jusqu'à la porte dite de Buci, étoit ensuite circonscrit par les murailles de la nouvelle enceinte jusqu'à la porte Saint-Michel, où se faisoit sa jonction avec le quartier Saint-Benoît. Les descriptions particulières des monuments et des rues qui le composent feront connoître comment il est successivement parvenu à l'état où nous le voyons aujourd'hui[490].

LES GRANDS-AUGUSTINS.

Les religieux de cette maison sont ainsi appelés pour n'être pas confondus avec les religieux du même ordre établis à Paris, et qu'on nomme Augustins-Réformés de la province de Bourges, ou Petits-Augustins, et Augustins-Réformés ou Petits-Pères[491]. Ces religieux, dans leur origine, n'étoient connus que sous le nom d'Ermites de Saint-Augustin; mais il faut absolument rejeter l'opinion qui fait remonter leur institution jusqu'à ce Père de l'église, opinion adoptée et soutenue par quelques personnes qui pensoient, très-mal à propos, que le mérite principal d'un ordre étoit dans son antiquité ou dans la célébrité de son fondateur. Au douzième siècle, c'est-à-dire environ sept cents ans après la mort de saint Augustin, on voit se former en Italie quelques congrégations d'ermites, qui d'eux-mêmes prennent le titre que nous venons de citer: c'est tout ce qu'il est possible de savoir d'authentique sur le premier établissement de cet ordre. La plus ancienne de ces congrégations est celle des Jean-Bonites, ainsi appelés parce qu'ils eurent pour instituteur le B. Jean-Bon de Mantoue. Ils furent approuvés et mis sous la règle de Saint-Augustin par une bulle d'Innocent IV, du 17 janvier 1244. D'autres ermites prirent leur nom du lieu où ils s'étoient établis, comme les Brittiniens et les Fabals, quelques-uns de la forme de leurs habits, tels que les Sachets[492]. Innocent IV avoit inutilement tenté de rassembler sous une seule règle toutes ces petites congrégations de différents ordres, ou pour mieux dire qui n'étoient d'aucun: Alexandre IV, son successeur, fut plus heureux; et dès l'an 1256, ces ermites, réunis en chapitre général, s'étant soumis à la règle de Saint-Augustin, élurent pour chef de l'ordre Lanfranc Septala, général des Jean-Bonites. On fit des réglements; l'ordre fut divisé en quatre provinces, et une bulle du 13 avril de la même année confirma tous ces actes du chapitre.

Quelques auteurs fixent à l'année suivante l'établissement des Augustins à Paris, et veulent en faire honneur à saint Louis. Cependant, si l'on en excepte un legs modique de 15 livres une fois payées, que ce prince leur laissa par son testament, on ne voit pas qu'il ait donné aucune charte de fondation en leur faveur[493]. Mais les archives de ces pères offroient sur ce point des renseignements certains, qui ont été recueillis par Jaillot, et que nous rapporterons d'après lui, en les débarrassant toutefois de leurs détails trop fastidieux. D'après des lettres de l'official de Paris, du mois de décembre 1259, il paroît que ces pères achetèrent d'une dame de cette ville une maison accompagnée d'un jardin, et située au-delà de la porte Montmartre, maison dans laquelle, suivant l'acte, ils étoient déjà établis. Ce terrain comprenoit alors à peu près l'espace renfermé aujourd'hui entre les rues Montmartre, des Vieux-Augustins, de la Jussienne et Soli. Ils obtinrent la permission d'y bâtir une chapelle, qui fut dédiée sous le titre de Saint-Augustin. Il y a dans les actes de l'Université des preuves que dès-lors ils avoient été admis dans cette compagnie.

Cet ordre prenant de jour en jour de la consistance et de nouveaux accroissements, le chapitre général qui se tint à Padoue en 1281 désigna les maisons de Padoue, de Bologne et de Paris pour servir de colléges. Les Augustins de cette dernière ville étoient, comme nous venons de le dire, logés hors de ses murs, et, afin de remplir leur nouvelle destination, ce fut pour eux une nécessité de changer de demeure. On les voit d'abord, en 1285, acquérir du chapitre Notre-Dame et de l'abbaye Saint-Victor une maison en forme d'école, et environ six arpents et demi de terre au lieu dit le clos du Chardonnet[494]; et peu de temps après, une grande maison d'un particulier nommé Jean de Granchia. En 1286 Philippe-le-Bel leur accorda l'usage des murailles et des tourelles depuis la rivière de Bièvre jusqu'au chemin public[495]; ils acquirent, en 1287, de M. Rodolphe de Roie, une autre maison située dans la rue Saint-Victor; et sur ces emplacements réunis, ces pères élevèrent, en 1289, les bâtiments nécessaires à une communauté, un cloître et une chapelle. La maison qu'ils avoient occupée dans le quartier Montmartre leur étant devenue inutile, fut vendue, et nous ne croyons pas nécessaire de rapporter les longues discussions entamées à ce sujet par nos antiquaires, discussions dont l'objet est de savoir si ce fut en 1293 ou en 1301 que cette vente fut définitivement achevée.