La nouvelle habitation des Augustins, quoique fort spacieuse et commode par sa proximité des écoles, ne tarda pas à déplaire à ces religieux, parce que le lieu étoit si solitaire, que les aumônes ne pouvoient suffire à leur subsistance. Cet inconvénient devenant de jour en jour plus fâcheux, Gilles de Rome[496], un de leurs religieux, alors confesseur de Philippe-le-Bel, crut devoir employer la faveur dont ce prince l'honoroit à leur procurer un logement plus convenable. Une circonstance heureuse se présenta, et il sut en profiter: nous avons déjà parlé d'une de ces petites congrégations d'ermites de l'ordre de Saint-Augustin, nommée Sachets, ou frères de la Pénitence de Jésus-Christ. Ils étoient les seuls qui, lors de l'assemblée du chapitre de 1256, se fussent obstinément refusés à la réunion; et saint Louis, qui les protégeoit, les ayant fait venir à Paris en 1261, leur avoit fait don d'une maison avec ses dépendances, située sur la paroisse Saint-André-des-Arcs. Le trésor des chartes, qui fournit la preuve de cette donation, prouve encore que le pieux monarque y avoit ajouté de nouveaux bienfaits: il augmenta le terrain de ces religieux d'une maison et d'une tuilerie voisine de leur monastère, et paya en outre plusieurs sommes à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, pour des droits de cens et quelques autres parties de terrain qu'elle avoit consenti à leur céder.
Toutefois cette faveur de saint Louis ne leur procura qu'une tranquillité momentanée; et le concile de Lyon, tenu en 1274, ayant supprimé tous les religieux qui n'avoient point de revenus fixes, à l'exception des dominicains, des frères mineurs et des carmes, il ne resta plus aux Sachets aucune espérance de se maintenir dans leur établissement. L'autorité à l'ombre de laquelle ils existoient, et l'austérité de leur vie, les y soutinrent encore pendant quelques années; et ce ne fut qu'en 1293 que Philippe-le-Bel donna définitivement leur maison aux Augustins[497]. Du Breul a prétendu qu'ils la cédèrent volontairement, alléguant la pauvreté de leur ordre, qui ne leur permettoit plus de tenir ledit lieu[498]; mais il y a des preuves très-fortes qu'ils opposèrent, au contraire, beaucoup de résistance à leur dépossession, et que ce ne fut qu'après six mois de délais et de débats qu'ils consentirent enfin à remettre les clefs de leur maison.
Les Augustins ne vinrent cependant pas s'établir dans cette dernière demeure, immédiatement après la retraite des Sachets. Soit qu'ils n'eussent pas trouvé dans la charité des fidèles les ressources nécessaires pour former aussitôt leur nouvel établissement, soit que la lenteur des formalités indispensables pour leur en assurer la possession eût retardé l'effet de la concession qui leur avoit été faite, il est certain qu'ils ne commencèrent à faire bâtir sur le quai qu'au mois d'août 1299. Le terrain qu'ils occupoient au Chardonnet fut vendu au cardinal Le Moine, et servit, comme nous l'avons déjà dit, d'emplacement au collége qui portoit le nom de ce prélat.
Les Sachets avoient une chapelle qui faisoit l'angle du quai et de la rue des Grands-Augustins, et à qui sa situation sur le bord de la Seine avoit fait donner le nom de Notre-Dame-de-la-Rive; les Augustins s'en servirent d'abord, et quelques titres nous apprennent qu'ils célébrèrent ensuite l'office dans une salle voisine du cloître, laquelle étoit appelée le Chapitre. Enfin Charles V, qui s'étoit déclaré leur protecteur, commença à faire construire l'église qui a subsisté jusque dans les derniers temps. Toutefois la différence qu'on remarquoit dans le caractère de ses constructions prouve qu'elle n'avoit point été entièrement bâtie sous le règne de ce prince. On ne construisit alors que le chœur et l'aile depuis la rue des Augustins jusqu'à la petite porte qui s'ouvroit sur le quai, et cette partie du bâtiment, commencée en 1368, ne fut probablement achevée qu'en 1393, époque à laquelle on posa la couverture de l'église. On ne peut du reste fixer les dates de l'achèvement total de ce monument, qui n'étoit point voûté, et dont la structure étoit extrêmement grossière[499].
Le portail extérieur du couvent, situé sur le quai des Augustins, donnoit entrée dans une petite cour où étoient pratiquées, d'un côté la grande porte intérieure du couvent, de l'autre le portail de l'église, lequel n'avoit rien de remarquable.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES GRANDS-AUGUSTINS.
TABLEAUX.
Sur l'un des côtés du chœur, sept grands tableaux, représentant:
1o. Le sacrement de l'Eucharistie et toutes les figures de l'ancien Testament qui s'y rapportent; par un peintre inconnu.
2o. Une promotion de l'ordre du Saint-Esprit sous Henri III, instituteur et fondateur; par Vanloo.