Toutefois cette opposition qui, dès qu'elle sent que le pouvoir foiblit, recommence à se soulever contre lui, n'a plus maintenant le même caractère qu'elle avoit autrefois. Ce même homme qui y joua un rôle si remarquable, va nous apprendre ce que le despotisme du règne précédent l'avoit faite; et ses aveux à cet égard sont d'autant plus précieux, que la naïveté en est extrême, et qu'il ne semble pas se douter de la grande révélation qu'il va nous faire: «Ce signe de vie, dit-il, dans le commencement presque imperceptible, ne se donne point par Monsieur; il ne se donne point par M. le prince; il ne se donne point par les grands du royaume; il ne se donne point par les provinces: il se donne par le parlement, qui, jusqu'à notre siècle, n'avoit jamais commencé de révolution, et qui certainement auroit condamné, par des arrêts sanglants, celle qu'il faisoit lui-même, si tout autre que lui l'eût commencée.»

Ce que Gondi appelle un signe de vie est donné par le parlement, et il semble s'en étonner! Que prouve cet étonnement sinon que ces princes et ces grands, qui attendoient ce signe de vie pour se ranimer eux-mêmes et recommencer à troubler l'état, ne connoissoient ni leur position, ni ce qu'ils alloient faire, ni ce qu'ils étoient en effet devenus? Avant Richelieu, nous les avons vus formant à eux seuls une opposition qui, dès qu'elle étoit mécontente, levoit des armées, soulevoit les provinces, se cantonnoit dans les places fortes, menaçant le pouvoir, transigeant avec lui et se faisant payer le prix de sa rébellion. Une seconde opposition, non moins menaçante et plus dangereuse encore, celle des protestants donnoit en quelque sorte la main à la première, avoit comme elle ses armées et ses forteresses, et toutes les deux réunies pouvoient tout oser et tout braver. Nous avons vu comment le ministre de Louis XIII les abattit toutes deux; et en effet elles étoient arrivées à ce point qu'elles menaçoient l'existence même de la société, et qu'elles ne pouvoient plus être souffertes. L'esprit dont elles avoient été animées survivoit sans doute à leurs désastres; mais leur force matérielle étoit réellement anéantie et sans retour. Ces villes fortifiées, ces châteaux forts dont l'intérieur de la France avoit été hérissé, étant désormais ouverts de toutes parts, l'une et l'autre opposition n'avoient plus ni moyens pour commencer l'attaque, ni refuge après la défaite; et sans aucun point de contact entre elles, divisées dans leurs propres membres, elles étoient désormais incapables de rien entreprendre qui pût troubler et alarmer le pouvoir. Il n'en étoit pas de même du parlement: au milieu de ces orages politiques qui avoient tout renversé autour de lui, il avoit su se conserver, parce que, dans la marche sûre et prudente qu'il s'étoit tracée, en même temps qu'il se créoit des droits politiques qui ne lui appartenoient pas, il avoit toujours eu l'art de céder à propos, dès que la résistance lui avoit semblé offrir quelque apparence de danger, se rendant par cela même plus cher à la multitude qu'il s'étoit arrogé le droit de protéger et de défendre, et accroissant de ses humiliations et de ses défaites, la force morale qu'il tiroit de ces affections populaires. N'ayant point d'autres moyens d'attaque et de défense que cette force morale qui, lorsqu'elle n'avoit point d'appui étranger, sembloit devoir causer peu d'ombrage; ne se montrant hostile contre le pouvoir politique que lorsqu'il s'agissoit de soutenir ce qu'il appelloit les intérêts du peuple, il se faisoit ensuite l'auxiliaire de ce même pouvoir contre l'autorité spirituelle, dès que celui-ci avoit besoin de son secours, lui rendant alors son esprit de révolte agréable, parce qu'il se révoltoit avec lui; et se montrant ainsi flatteur et servile, lorsque les circonstances ne lui étoient pas utiles ou favorables à être insolent et mutin. Il n'avoit donc plié sous Richelieu que pour se relever ensuite plein de vigueur et de vie, avec toutes ses prétentions orgueilleuses, tous ses vieux préjugés, et ce qu'une si longue contrainte avoit pu y ajouter d'aigreur et de ressentiment. D'un côté, le pouvoir royal dans des mains où l'adresse s'efforçoit de suppléer à la force, de l'autre, cette opposition toute populaire, et plus forte que jamais de la faveur d'une multitude qui souffroit et qui avoit été long-temps opprimée, voilà tout ce qui restoit de vivant dans l'état; et lorsque tout se complique en apparence, tout se simplifie en effet. Le roi et le peuple sont seuls en présence l'un de l'autre: et toute la suite des événements va nous prouver qu'en effet rien n'a de force et de vie que selon qu'il se rallie au peuple ou au roi.

Cependant les tracasseries et les intrigues de cour ne perdoient rien de leur activité. Mazarin devoit en grande partie son élévation à Chavigni: celui-ci abusa de cette espèce d'avantage qu'il croyoit avoir sur le premier ministre; il se rendit avec lui difficile, exigeant, et lui donna, dans le conseil, assez d'embarras et de contrariétés, pour que celui-ci se crût obligé de l'en éloigner. Chavigni avoit de l'audace et de l'habileté: lui et ses amis crièrent à l'ingratitude; et il alla se cantonner pour ainsi dire dans le parlement, où il trouva des partisans, parce que le ministre y avoit des ennemis. Les présidents Longueil, Viole, de Novion et de Blancmesnil se déclarèrent pour lui, entraînant après eux plusieurs des plus brouillons parmi les conseillers; Châteauneuf, qui étoit toujours relégué à Montrouge, se joignit à cette cabale, qui devint assez inquiétante pour que Mazarin crût devoir s'en délivrer par un coup d'autorité. Châteauneuf fut exilé en Berri, d'autres dans leurs maisons de campagne; et Chavigni se vit réduit à se circonscrire dans le gouvernement de Vincennes, qui lui avoit été donné par Richelieu. Ces mesures étoient sans doute peu rigoureuses: elles n'en firent pas moins beaucoup de mécontents, parce qu'elles furent considérées comme des actes arbitraires.

(1648) L'embarras des finances, cette cause la plus fréquente des révolutions, devoit bientôt faire naître des mécontentements plus sérieux; et c'étoient là les fruits amers que la politique de Richelieu avoit légués à ses successeurs. Nous avons dit que la guerre d'Espagne, bien que les résultats continuassent d'en être heureux, exigeoit des dépenses considérables: il falloit de l'argent pour la soutenir; il en falloit pour fournir aux profusions d'une cour prodigue et fastueuse; les sommes énormes qu'il avoit fallu donner au duc d'Orléans, au prince de Condé et à plusieurs autres pour acheter leur assistance ou payer leur fidélité, achevoient d'épuiser le trésor; et une mauvaise administration confiée à des ministres qui tous, sans en excepter Mazarin lui-même, ne paroissent pas avoir été fort scrupuleux sur les moyens de s'enrichir, mettoit le comble à ces désordres. La dépense se trouva donc bientôt dans une disproportion effrayante avec la recette: pour combler ce déficit, le surintendant Emery, traitant effronté, impitoyable, et en qui cependant le cardinal avoit une entière confiance, inventoit tous les jours mille ressources odieuses, quelquefois même ridicules. Le parlement qui avoit déjà enregistré, non sans difficulté, plusieurs édits vexatoires[104], dont il étoit l'auteur, retrouvant contre ce despotisme maladroit et purement fiscal son ancien esprit de mutinerie, éclata enfin à l'occasion du tarif, impôt qui établissoit une augmentation considérable sur les droits des denrées qui entroient à Paris; et les murmures de la population entière de cette capitale se mêlèrent aux remontrances de ses magistrats. La cour, effrayée de ce commencement de fermentation, retira le tarif, mais pour y substituer impolitiquement des édits encore plus onéreux, et à un tel point, que le parlement leur préféra encore ce premier édit qui fut modifié. Tout cela ne se passa point sans assemblées des chambres, conférences avec les ministres, députations vers la régente; il y eut des discours et des écrits, dans lesquels les questions les plus graves et les plus dangereuses sur les droits des peuples et des rois, sur le pouvoir arbitraire et le pouvoir limité furent publiquement discutées. Les têtes continuèrent à s'échauffer, et le peuple commença à s'attrouper et à murmurer.

La cour eut l'imprudence d'opposer la violence aux murmures: plusieurs membres du parlement, plus hardis que les autres, furent enlevés et transférés dans diverses prisons[105]; et, pour emporter de vive force l'enregistrement, on conçut l'idée bizarre, et l'on donna ce signe de foiblesse de conduire le jeune roi en robe d'enfant au parlement: il y parut au moment où on l'y attendoit le moins, portant avec lui un grand nombre d'édits, tous plus ruineux les uns que les autres; et sa présence mit cette compagnie dans la nécessité de les vérifier. L'avocat-général Talon s'éleva d'abord avec force contre une semblable surprise, attentatoire à la liberté des suffrages. Le lendemain, les maîtres des requêtes, à qui l'un de ces édits donnoit douze nouveaux collègues, s'assemblent et prennent la résolution de ne pas souffrir cette création nouvelle, dont l'effet étoit, tout à la fois, de diminuer le prix des anciennes charges et de les rendre moins honorables. Le même jour, les chambres assemblées commencent à examiner tous les édits vérifiés. La régente et son ministre traitent cet examen de révolte contre l'autorité royale; et, en même temps qu'ils ordonnent la pleine et entière exécution de ces édits, le duc d'Orléans et le prince de Conti sont chargés de porter, l'un à la chambre des Comptes, l'autre à la cour des Aides, ceux qui concernoient ces deux compagnies. C'est alors que le soulèvement devint général: la cour des Aides députa vers la chambre des Comptes, lui demandant de s'unir à elle pour la réformation de l'état; l'une et l'autre s'assurèrent du grand Conseil; et le parlement, sur l'invitation qu'elles lui en firent, donna aussitôt son arrêt d'union avec ces trois cours de justice. Il portoit «qu'on choisiroit dans chaque chambre du parlement deux conseillers, qui seroient chargés de conférer avec les députés des autres compagnies, et qui feroient leur rapport aux chambres assemblées, lesquelles ensuite ordonneroient ce qui conviendroit.»

Le cardinal fit casser cet arrêt par le conseil[106]; et par une imprudence nouvelle, ordonna encore l'enlèvement de deux magistrats[107]. Le parlement, à qui la défense de s'assembler avec les autres compagnies fut notifiée dans les termes les plus durs, n'y répondit qu'en se réunissant le même jour avec elles, pour délibérer sur l'ordonnance même du conseil. Cependant le peuple continuoit à murmurer; il y eut même des voies de fait exercées contre des officiers envoyés par la régente pour s'emparer de la feuille de l'arrêt, et la cour commença enfin à concevoir quelques craintes. Elle fit proposer des accommodements, que le parlement rejeta avec une sorte de hauteur, parce qu'ils touchoient son intérêt particulier, qu'il affectoit de négliger pour ne songer qu'au bien public; et, comme l'effervescence populaire alloit toujours croissant, la régente, bien plus encore par le danger dont elle étoit menacée que par les remontrances et les délibérations de cette compagnie, crut devoir céder, et permit enfin l'exécution de cet arrêt d'union qu'elle avoit d'abord si fortement contesté. Alors les députés nommés par le parlement et par les autres cours souveraines se réunirent dans la chambre de Saint-Louis, et commencèrent à y tenir des assemblées régulières. Toutefois la reine, en tolérant cette espèce de comité, lui fit dire «que son intention étoit que les affaires s'y expédiassent en peu de temps, pour le bien de l'état, surtout qu'il y fût avisé aux moyens d'avoir de l'argent promptement.»

Mais le parlement, devenu par ce triomphe plus audacieux, et plus entreprenant, ne tint nul compte de cette injonction de la régente; et ce qu'elle indiquoit à la chambre de Saint-Louis, comme l'objet principal de ses délibérations, fut justement ce dont elle s'occupa le moins. On la vit agir, dès les commencements, comme si elle eût été appelée à partager le gouvernement de l'état: ce fut sur les affaires publiques que roulèrent ses discussions, et même une sorte d'ordre s'établit touchant la manière de les discuter. Les matières étoient présentées à la chambre par un de ses membres: on les y examinoit avec attention, on donnoit même une décision; mais cette décision étoit ensuite portée aux chambres assemblées, dont la sanction devenoit nécessaire pour lui donner de la validité. En dix séances, tout ce qui concernoit le gouvernement, justice, finances, police, commerce, solde des troupes, domaine du roi, état de sa maison, etc., fut soumis aux délibérations de ce comité, et devint, par une suite nécessaire, l'objet des délibérations du parlement. Ou par désœuvrement ou par curiosité, une foule de gens s'attroupoient dans les salles du palais, et y passoient les journées entières à recueillir ce qui se disoit, y mêlant leurs propres réflexions et les répandant ensuite au dehors. Les projets de réforme et les moyens d'y parvenir devenoient la matière de toutes les conversations; on s'en entretenoit dans les boutiques, dans les ateliers, jusque dans les marchés et les places publiques. Il devint à la mode de censurer le gouvernement et de décrier les ministres, surtout le cardinal, devenu bientôt le principal et presque le seul objet de l'animadversion de cette multitude. Alors deux partis se formèrent, qui se distinguèrent l'un de l'autre par des noms de factions: les partisans de la cour furent appelés Mazarins, les autres reçurent le nom de Frondeurs; mot alors bizarrement employé dans une telle acception[108], et dont le nouveau sens a été depuis adopté dans la langue françoise. Enfin cette manie de s'occuper des affaires de l'état passa de Paris dans les provinces, et de toutes parts disposa les esprits à prendre part aux troubles de cette capitale.

Si nous pénétrons maintenant dans l'intérieur du parlement; si nous rassemblons ce que les mémoires du temps nous peuvent fournir de lumières sur les éléments dont il se composoit, sur l'esprit et les passions dont il étoit animé, ils nous montrent, dans ses jeunes conseillers, des têtes ardentes, déjà imbues de toutes ces vieilles traditions de la magistrature, qui leur persuadoient qu'en s'asseyant sur les fleurs de lis, ils étoient devenus les protecteurs du peuple, et des censeurs du pouvoir, qui ne pouvoient être ni trop sévères ni trop vigilants. Trouver ainsi une occasion de passer subitement de l'étude aride des lois et des fonctions obscures de juges civils ou criminels, à la mission importante de réformateurs de l'état, au rôle brillant d'orateurs politiques, délibérant en présence de la nation entière, attentive à leurs discours et charmée de leur éloquence, leur sembloit un événement aussi heureux pour eux que pour la France; et les illusions de leur amour-propre ajoutoient encore à cet esprit de licence et à cette espèce d'enthousiasme républicain dont ils étoient possédés. Parmi les magistrats à qui l'âge avoit donné, dans les manières, plus de sérieux et de gravité, un grand nombre, et même le plus grand nombre, n'avoit pas, pour s'élever contre la cour et décrier le gouvernement, d'autres motifs que ceux qui entraînoient cette jeunesse ardente et tumultueuse: la haine du pouvoir et la manie de se rendre agréable à la multitude; mais plusieurs d'entre eux, et quelques-uns de ceux-ci étoient justement les plus habiles ou les plus influents, y joignoient des ressentiments particuliers qui rendoient leurs dispositions hostiles encore plus actives et plus dangereuses. Les présidents Potier de Blancmesnil, Longueil de Maisons, Viole et Charton[109] étoient les principaux dans cette classe de mécontents. Enfin, au milieu de cette élite de ses magistrats qu'il considéroit comme les défenseurs nés de ses franchises et de ses libertés, le peuple de Paris s'étoit fait une espèce d'idole d'un vieux conseiller nommé Broussel. C'étoit un homme d'un caractère ardent, d'un esprit borné; et, soit qu'il fût aigri contre cette cour, qui l'avoit négligé ou dédaigné[110], soit qu'il se laissât emporter par un zèle inconsidéré pour le bien public, on n'en voyoit point, même parmi les plus jeunes et les plus fougueux, de plus violent dans ses diatribes contre le ministère, ne manquant aucune occasion de le censurer, de le mortifier, et se montrant surtout intraitable lorsqu'il s'agissoit d'impôts: c'étoit là ce qui l'avoit rendu cher à la multitude qui l'appeloit son père, et mettoit en lui toutes ses espérances.

On conçoit le parti que des brouillons et des ambitieux pouvoient tirer d'une assemblée ainsi disposée, et dont l'influence étoit si grande sur la population de Paris: aussi devint-elle aussitôt un instrument de trouble et de discorde entre les mains de quelques intrigans habiles, restes de la cabale des importants, et qui crurent y trouver un moyen, les uns de parvenir au ministère, les autres d'y rentrer, en forçant la reine à changer ses ministres. Les principaux étoient Châteauneuf, Laigues, Fontrailles, Montrésor, Saint-Ibal, Chavigni qui venoit de se joindre à eux, et Jean-François-Paul de Gondi, alors coadjuteur de l'archevêque de Paris, son oncle, décoré lui-même du titre d'archevêque de Corinthe, depuis cardinal de Retz, et l'un des plus audacieux caractères et des plus dangereux esprits qui aient jamais paru au milieu des factions populaires. Pour exciter du désordre dans l'état, ils n'avoient point de plus nobles motifs que ceux que nous venons de faire connoître; mais ils se gardoient bien de les laisser même soupçonner à ces fanatiques du bien public, dont ils feignoient de partager l'ardeur patriotique, et qu'ils poussoient ainsi hors de toute mesure, pour arriver au but qu'ils s'étoient proposé, et que, seuls et abandonnés à eux-mêmes, il leur étoit impossible d'atteindre.

Au milieu de ces artisans d'intrigues et de cette assemblée si ridiculement factieuse et turbulente, s'élevoit la figure imposante de Matthieu Molé, premier président, personnage également remarquable par la vigueur de son esprit et par la fermeté de son caractère, intrépide au point d'étonner ses adversaires même les plus courageux, et de les avoir plus d'une fois forcés au respect et à l'admiration. Quant à ses principes et à ses opinions, c'étoit si l'on peut s'exprimer ainsi, le beau idéal des doctrines parlementaires: il croyoit, et de la foi la plus inébranlable, que la cour de justice du roi possédoit en effet très-légitimement le droit qu'elle s'étoit arrogé de résister à l'autorité royale, lorsque, dans sa sagesse, elle avoit reconnu que celle-ci se trompoit ou qu'elle dépassoit volontairement les bornes que lui prescrivoient les lois fondamentales du royaume. Mais il convenoit en même temps que cette résistance devoit s'arrêter dans les justes bornes au-delà desquelles elle eût attaquée le principe même de la souveraineté, et compromis le salut de la monarchie; et c'est ainsi que, cherchant long-temps cette balance chimérique des droits et des devoirs, il trouva long-temps le secret de mécontenter les deux partis: le parlement, parce que, autant qu'il étoit en lui, il cherchoit à l'arrêter quand il le voyoit aller trop loin; les ministres, parce qu'il exécutoit rigoureusement les mesures que sa compagnie lui prescrivoit contre eux. Les uns l'accusoient d'être vendu à la cour, les autres de favoriser les frondeurs; et il ne sortit de cette position équivoque, où il lui étoit même impossible de se maintenir, que lorsqu'il eut pris enfin la seule résolution raisonnable que, dans de telles circonstances, il convint de prendre à un homme de bien, celle de se ranger du côté de l'autorité. Toutefois, avant d'en venir là, placé entre l'un et l'autre parti, fort de la droiture de ses intentions et de son amour pour la paix, qui étoit l'unique objet de tous ses désirs et de toutes ses sollicitudes, s'il ne parvint pas à la procurer, il empêcha du moins le mal d'arriver à cet excès qui auroit mis la monarchie en péril; et peut-être fut-elle sauvée alors par ce grand et vertueux magistrat.