On ne sait point précisément en quelle année les Trinitaires vinrent s'établir à Paris; mais on voit par un acte de l'année 1209 qu'à cette époque ils y avoient déjà une maison[543]. Ils occupoient un hôpital ou aumônerie, appelée de Saint-Benoît; et un acte capitulaire de leur chapitre général, tenu à Cerfroid, en 1230[544], semble prouver qu'ils devoient cette demeure à la libéralité de l'évêque et du chapitre de Paris. La chapelle de cette aumônerie étoit sous le titre de Saint-Mathurin, dont elle possédoit quelques reliques: c'est de là que les religieux de la Sainte-Trinité en prirent le nom, qu'ils communiquèrent ensuite à la rue dans laquelle ils demeuroient, et à toutes les maisons de leur ordre établies en France.
Les bâtiments de cette maison furent augmentés peu à peu par les libéralités de saint Louis et de Jeanne, fille du comte de Vendôme, ainsi que par les acquisitions successives que firent les religieux. Le cloître, construit en 1219, par les soins d'un de leurs ministres[545], fut rebâti vers la fin du quinzième siècle, par Robert Gaguin, qui étoit aussi ministre ou général de l'ordre. Il fut encore reconstruit vers la fin du dix-huitième siècle. Ce même général avoit aussi fait rebâtir, agrandir et décorer l'église, dont l'ancien portail, élevé en 1406, étoit tourné du côté de la rue Saint-Jacques. Il fut détruit en 1610 pour élargir la rue, et en 1613 on acheva les bâtiments qui jusqu'alors étoient restés imparfaits. On n'y entroit alors que par une petite porte qui a subsisté jusqu'aux derniers temps dans la rue des Mathurins. Enfin on construisit, en 1729, un nouveau portail et une cour fermée par une grille[546].
L'Université tenoit ses assemblées dans une salle de cette maison depuis le treizième siècle. Mais elle les transféra en 1764 au collége de Louis-le-Grand, dont la possession venoit de lui être accordée.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES MATHURINS.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, une Assomption; sans nom d'auteur. Sur les côtés, deux religieux de l'ordre, peints en grisaille, et sur les panneaux de menuiserie placés au-dessus des stalles du chœur, la vie de saint Jean de Matha et du B. Félix de Valois, en dix-neuf tableaux; par Théodore Van Tulden, élève de Rubens.
Plusieurs grands tableaux placés dans la nef; sans nom d'auteurs, et exécutés aux frais de Louis Petit, général de l'ordre.
SCULPTURES.
Sur le couronnement du tabernacle, lequel étoit richement décoré de pilastres et de bronzes dorés, un ange tenant les chaînes de deux captifs agenouillés sur les angles de l'entablement.
Sur l'entablement de la grille qui séparoit la nef du chœur, deux figures d'anges; par Guillain.