Il est peu d'édifices conçus avec autant de goût et distribués aussi heureusement que celui-ci. La critique, réduite à ne pouvoir attaquer que certains détails de la décoration extérieure, est forcée de se taire en considérant l'ensemble élégant et majestueux du monument. Placé dans une rue étroite, il étoit impossible autrefois de jouir du développement de sa façade; la démolition de l'église des Cordeliers a formé devant lui une place vague qui en détruit également l'effet[569].
L'académie de chirurgie, dirigée par le ministre de Paris, se composoit d'un président, premier chirurgien du roi; d'un directeur, d'un vice-directeur et de plusieurs autres officiers tirés des quarante conseillers qui formoient le comité perpétuel de l'académie. Il y avoit vingt adjoints à ce comité; tous les autres maîtres en chirurgie du collége étoient académiciens libres.
Dix-sept professeurs donnant tous les jours des leçons sur les diverses parties de la chirurgie, étoient distribués de la manière suivante:
- Deux pour la physiologie.
- Deux pour la pathologie chirurgicale.
- Deux pour l'hygiène.
- Deux pour l'anatomie.
- Deux pour les opérations.
- Deux pour les maladies des yeux.
- Deux pour les accouchements.
- Un pour la chimie.
- Deux pour l'école pratique de dissection.
Cette compagnie avoit une assemblée publique, dans laquelle elle distribuoit des prix fondés par plusieurs de ses membres les plus célèbres[570].
LES CORDELIERS.
Cet ordre religieux, institué en 1208 par saint François, près d'Assise en Ombrie, et approuvé l'année suivante, fit des progrès si rapides, qu'au premier chapitre, tenu en 1219, on comptoit déjà plus de cinq mille députés. Ils avoient d'abord pris le nom de Prédicateurs de la Pénitence, mais leur instituteur voulut, par humilité, qu'ils s'appelassent Frères Mineurs; il ordonna même que le chef ou général de l'ordre ne prît que le simple titre de ministre. Nos historiens s'accordent à fixer leur arrivée à Paris de 1216 à 1217[571]; mais Jaillot présume qu'il y a ici quelque erreur: car il en résulteroit que ces religieux seroient restés treize à quatorze ans à Paris sans établissement fixe, puisque c'est seulement en 1230 qu'ils se fixèrent dans le lieu qu'ils ont occupé jusque dans les derniers temps. Cet emplacement leur fut cédé à titre de prêt par l'abbé et le couvent Saint-Germain, sous la condition qu'ils ne pourroient avoir ni chapelle publique, ni cimetière, ni cloches pour appeler les fidèles au service divin, et que si par la suite ils venoient à quitter cette demeure, le couvent de Saint-Germain rentreroit dans la propriété des lieux cédés, et des augmentations qu'on y auroit faites. Telle est la forme de l'acte de concession[572]; mais Jaillot prétend et prouve, ce nous semble, très-bien que ce prétendu prêt étoit une cession véritable que l'on avoit déguisée sous ce titre, pour ne pas violer en apparence le vœu de pauvreté absolue si rigoureusement ordonné par saint François à ses religieux; et qu'en effet ce fut saint Louis qui acheta de l'abbaye tout ce qu'elle paroissoit prêter aux Cordeliers. Plusieurs actes cités par lui viennent à l'appui de son opinion.
Les religieux de Saint-Germain ne tardèrent pas à se relâcher de ces conditions sévères qu'ils avoient imposées d'abord aux frères mineurs; et dès 1240 on voit que non-seulement ils leur permirent d'avoir une église, un cimetière et des cloches, mais encore qu'ils consentirent en leur faveur à l'aliénation de deux pièces de terre que des personnes pieuses vouloient acquérir pour eux, dont l'une étoit contiguë à leur couvent, et l'autre située au-delà des murs. Saint Louis se chargea de faire bâtir leur église, et y consacra une partie de l'amende de dix mille livres, à laquelle il avoit condamné Enguerrand de Couci[573]. Elle ne fut dédiée que le 6 juin 1262, sous le titre de Sainte-Magdeleine. Depuis, ces religieux firent encore, sur les terres de l'abbé de Saint-Germain, diverses acquisitions que celui-ci voulut bien leur amortir; et en 1298, Philippe-le-Hardi leur donna la rue qui régnoit le long des murs, depuis la porte d'Enfer jusqu'à celle de Saint-Germain. Mais dans le siècle suivant, la nécessité où l'on se trouva de fortifier la ville, lors de la prison du roi Jean, ayant forcé d'abattre les maisons qu'ils avoient bâties sur ce terrain, et de détruire une partie de leurs vignes pour creuser des fossés, Charles V crut devoir les en dédommager en leur donnant la propriété de deux maisons situées rue de la Harpe et de Saint-Côme, qu'il avoit achetées des religieux de Molême; et de ses propres deniers fit construire pour eux de grandes écoles et plusieurs autres bâtiments. Ils reçurent à différentes époques des marques non moins éclatantes de la générosité de plusieurs illustres personnages. Ce fut Anne de Bretagne qui fit rebâtir leur réfectoire, lequel avoit cent soixante-douze pieds de long sur quarante-trois de large. Un incendie, arrivé en 1580, ayant détruit leur église presque de fond en comble[574], elle fut reconstruite sur les mêmes fondements par les libéralités de Henri III, des chevaliers du Saint-Esprit et autres personnes de considération. On commença les travaux en 1582. En 1585 le chœur fut fini, et dédié sous l'invocation de Sainte-Magdeleine. Les largesses du président de Thou, de son fils Jacques-Auguste de Thou et de quelques autres, fournirent les moyens de continuer la nef, qui fut achevée en 1606. En 1672 on bâtit la chapelle du tiers-ordre de Saint-François, laquelle fut dédiée sous le nom de Sainte-Élisabeth; enfin, en 1673, ces religieux firent reconstruire leur cloître et élever au-dessus de vastes dortoirs. On mit alors sur la porte cette inscription: le grand couvent de l'observance de Saint-François, 1673[575]. Toutefois ces bâtiments ne furent achevés que dix ans après.
L'église des cordeliers passoit pour une des plus grandes de Paris: c'étoit un immense vaisseau de trois cent vingt pieds de long sur plus de quatre-vingt-dix de large, sans compter les chapelles des bas-côtés. Le bâtiment n'en étoit point voûté, mais seulement plafonné d'une charpente dont la couleur enfumée par le temps y répandoit une grande obscurité et la rendoit d'un aspect désagréable; mais elle contenoit un assez grand nombre d'illustres sépultures qui la rendoient digne de l'attention des curieux[576].
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CORDELIERS.