Ce collége, également fameux par son antiquité et par une suite non interrompue d'excellents professeurs, fut fondé en 1280 par Raoul de Harcour, chanoine de Paris. Issu d'une des plus illustres familles de la Normandie, et successivement élevé à plusieurs dignités ecclésiastiques dans les villes de Coutances, d'Évreux, de Bayeux et de Rouen, il résolut de procurer à de pauvres écoliers de sa province le moyen de s'instruire dans les arts et dans la théologie. Il acquit à cet effet quelques vieilles maisons situées dans la rue Saint-Côme, dite aujourd'hui de la Harpe, et y plaça aussitôt quelques écoliers. Son intention étoit de les faire abattre pour élever un collége sur leur emplacement; mais la mort vint le surprendre avant qu'il eût accompli son dessein. Son frère Robert de Harcour, évêque de Coutances, qu'il avoit chargé de remplir ses intentions, acheva ce qui étoit commencé, et augmenta les bâtiments par l'acquisition de trois maisons, situées vis-à-vis les premières[617], et qu'il fit rebâtir à neuf, ajoutant à ce don celui de 250 livres de rente amortie, pour l'entretien de vingt-quatre boursiers, seize artiens et huit théologiens, tous pris dans les diocèses nommés ci-dessus. Clément V accorda, en 1313, à ce collége, la permission d'avoir une chapelle et d'y faire célébrer l'office divin[618]. Les artiens occupoient alors les premiers bâtiments donnés par Raoul de Harcour, et les théologiens avoient été logés vis-à-vis dans ceux qu'avoit achetés son frère Robert. Comme la chapelle étoit située de ce côté, on pratiqua sous la rue un passage de communication d'une maison à l'autre.

Le cartulaire de ce collége et les historiens de Paris font mention de plusieurs autres bourses fondées dans ce collége par divers particuliers[619]. Elles subsistèrent jusqu'en 1701, que de nouveaux réglements en réduisirent le nombre, pour les mettre dans un juste rapport avec les revenus qui y étoient affectés. Long-temps auparavant l'introduction de l'exercice des classes, la réputation des professeurs et le nombre toujours croissant des pensionnaires avoient fait penser aux moyens de l'agrandir: on y parvint par l'acquisition des maisons contiguës qui appartenoient au collége de Bayeux, et de l'hôtel des évêques d'Auxerre, qui tenoit aux murs et à la porte d'Enfer. Cet espace fut encore augmenté en 1646 par le don que fit Louis XIII d'une place, d'une tour, du mur, du rempart, du fossé, de la contrescarpe et des matériaux provenant de la démolition des murailles, qui l'avoisinoient, à la charge d'y faire construire et édifier une chapelle sous l'invocation de la Vierge et de saint Louis. Lorsque les bâtiments élevés sur cet emplacement furent achevés, on loua à des particuliers ceux qui jusqu'alors avoient été occupés par des artiens. En 1675 on construisit de nouveaux bâtiments et l'on éleva un portail énorme, chargé d'ornements d'architecture du plus mauvais goût, pour servir d'entrée à ce collége.

Il étoit de plein exercice et s'est soutenu jusqu'à la fin avec une grande et juste réputation[620].

Collége du Trésorier (rue Neuve de Richelieu).

Il est redevable de son nom et de sa fondation à Guillaume de Saône, trésorier de l'église de Rouen. L'acte qui constate cette fondation est daté du mois de novembre 1268. Quelques auteurs la placent par erreur une année plus tard, et l'un d'entre eux, Le Maire, ajoute que ce collége ne fut formé que pour douze boursiers, six grands et six petits. Le fait est que cette fondation fut faite en faveur de vingt-quatre boursiers, douze dans la faculté de théologie et douze dans celle des arts, lesquels devoient être pris dans les archidiaconés du grand et du petit Caux, diocèse de Rouen. Il n'y restoit plus que quatre grands boursiers et quatre petits, lorsqu'il fut réuni en 1763 au collége de l'Université[621].

Collége de Cluni (place de Sorbonne).

Ce collége fut fondé en faveur des religieux de cet ordre qui viendroient étudier à Paris. Jusque là ils n'avoient point eu de maison, et demeuroient dans l'hôtel des évêques d'Auxerre, attenant à la porte dite depuis de Saint-Michel. Nos historiens varient sur l'époque de sa fondation, qu'il faut vraisemblablement fixer à l'année 1269, ainsi que le portoit une inscription gravée dans le cloître. Les annales de Cluni nomment Yves de Poyson comme fondateur de ce collége; il pourroit bien y avoir erreur dans ce nom, car tous les auteurs et l'inscription même que nous venons de citer en font honneur à Yves de Vergi, abbé de Cluni, et à Yves de Chassant, son neveu et son successeur, lequel fit achever ce que son oncle avoit commencé[622]. Vers l'an 1308 Henri de Fautières, aussi abbé de Cluni, mit la dernière main à cette fondation, en donnant à cette maison des statuts pleins de sagesse, et auxquels on se conformoit encore dans les derniers temps[623].

Le Collége Notre-Dame-des-Dix-Huit (rue des Poirées).

Dans le projet qu'il avoit d'agrandir l'emplacement de la Sorbonne, le cardinal de Richelieu avoit acheté un ancien hôtel jadis possédé par les abbés du Bec, ainsi que quelques maisons voisines, accompagnées de jardins. La rue des Poirées fut alors coupée, et vint tourner en équerre dans celle des Cordiers. Sur le terrain qui restoit entre ce retour et la rue de Cluni, terrain qui a servi depuis de jardin à la maison de Sorbonne, étoit le petit collége dont nous parlons. Aucun historien n'a donné sur son origine de renseignements satisfaisants, et nous n'aurions que des conjectures vagues sur ce point d'antiquité, si Jaillot n'eût découvert un mémoire manuscrit fait par Jean-Jacques de Barthes, docteur en droit et principal de ce collége[624], dans lequel il expose «qu'en 1171 Jocius de Londonna, de retour de Jérusalem, étant allé à l'Hôtel-Dieu, y vit une chambre dans laquelle, de toute ancienneté, logeoient de pauvres écoliers. Il l'acheta 52 livres du proviseur dudit Hôtel-Dieu, de l'avis, conseil et permission de Barbe d'or, doyen de Notre-Dame. Il la laissa audit Hôtel-Dieu, à la charge qu'il fourniroit des lits à ces pauvres écoliers, auxquels il assigna douze écus par mois, provenant des deniers qui se recevroient de la confrérie, et à la charge que lesdits clercs porteroient, chacun à leur tour, la croix et l'eau bénite devant les corps morts dudit Hôtel-Dieu, et qu'ils réciteroient chaque nuit les psaumes pénitentiaux et les oraisons pour les morts.» Dans ce même mémoire, il est fait mention de lettres du prévôt de Paris données en 1384, lesquelles rappellent une ordonnance du roi Charles VI, dont l'objet est de faire payer à ces écoliers une somme de 200 livres pour arrérages de celle de 20 livres qu'ils avoient le droit de prendre tous les ans sur le trésor du roi. Ils étoient redevables de cette rente à Gaucher de Chastillon, connétable de France, qui la leur avoit donnée en 1301.

Il paroît par quelques actes qu'ils furent d'abord logés dans une maison vis-à-vis l'Hôtel-Dieu. On les transféra ensuite rue des Poirées. Le chapitre Notre-Dame avoit l'inspection sur ce collége, auquel il avoit donné son nom; et les boursiers, réduits, dans les derniers temps, au nombre de huit, étoient à la nomination du chapitre. Depuis la destruction de leur collége, ils n'avoient plus de lieu affecté pour leur demeure.