En 1737, le prélat qui tenoit alors le siége de cette ville donna par contrat une somme de 40,000 livres à rente à ce collége, sous la condition que la moitié du revenu seroit mise en réserve et accumulée jusqu'à ce qu'elle formât 10,000 livres pour chacune des trois bourses, à la fondation desquelles cette somme étoit réservée. Il paroît que la première somme avoit été fournie par le diocèse de Séez, et par conséquent que la rente lui en appartenoit.

La plus grande partie des bâtiments de ce collége, qui a été réuni à celui de l'Université, avoit été reconstruite en 1730, ainsi que le témoignoit une inscription placée au-dessus de la porte. On prétend que ces constructions nouvelles, dues aux libéralités de M. Charles-Alexandre Lallemand, évêque de Séez, avoient coûté près de 100,000 livres[608].

Collége de Bayeux (même rue).

Le nom de ce collége, et la qualité du fondateur qui étoit alors évêque de Bayeux, pourroient faire penser qu'il avoit été destiné pour des écoliers de ce diocèse; cependant ils n'y avoient aucun droit. Guillaume Bonnet, ce fondateur dont nous parlons, étoit né dans un lieu dépendant de l'archidiaconé de Passais, au diocèse du Mans; ce fut dans celui d'Angers qu'il fut élevé. Il y posséda des bénéfices et des dignités; et ce fut pour donner un témoignage éclatant de sa reconnoissance qu'il résolut, lorsqu'il fut monté sur le siége de Bayeux, de fonder à Paris un collége en faveur de douze boursiers, dont six seroient pris dans le diocèse du Mans et six dans l'évêché d'Angers. L'acte est daté de l'année 1308, et contient le détail des rentes et maisons qu'il affectoit à l'entretien de ce collége[609]. Robert Benoît, son exécuteur testamentaire, en dressa les statuts en 1315. D. Félibien dit qu'il ajouta quatre nouveaux boursiers aux douze anciens: cette nouvelle fondation est en effet ordonnée par le premier article des statuts; mais on ne trouve aucune preuve qu'elle ait été exécutée. Le collége de Bayeux a été réuni à l'Université[610].

Collége de Justice (même rue).

Ce collége a pris le nom de Jean de Justice, chantre de Bayeux, chanoine de Paris et conseiller du roi. Dans l'intention de faire cette fondation, il avoit acheté quelques maisons appartenant à l'Hôtel-Dieu et situées rue de la Harpe, entre l'hôtel de Clermont et les dépendances du collége de Bayeux[611]; mais sa mort, arrivée en 1353, l'ayant empêché de consommer son ouvrage, ses exécuteurs testamentaires se trouvèrent chargés de ce soin, qu'ils remplirent dès l'année suivante. Les historiens de Paris ne sont pas d'accord sur cette date, qui cependant doit être la bonne par plusieurs raisons, et principalement parce qu'elle est celle de l'acte d'amortissement qui se trouvoit autrefois dans les archives de Saint-Germain. Ce collége avoit été destiné pour douze boursiers, étudiant en médecine et en philosophie, parmi lesquels étoient choisis le principal, le chapelain et le procureur, et dont huit devoient être pris dans le diocèse de Rouen et quatre dans celui de Bayeux. Six nouvelles bourses furent fondées à diverses époques et par divers particuliers; et toutes furent suspendues en 1761, à l'exception de deux, pour fournir aux frais de la reconstruction des bâtiments. En 1764 ce collége fut réuni à l'Université.

Collége de Narbonne (même rue).

Ce collége avoit été fondé, en 1317, par Bernard de Farges, archevêque de Narbonne, dans une maison qu'il occupoit rue de la Harpe. Ce fut là qu'il voulut retirer neuf pauvres écoliers de son diocèse, à l'entretien desquels il assigna les revenus du prieuré rural de Sainte-Marie-Magdeleine, situé dans les environs de la ville archiépiscopale. Un jurisconsulte nommé Amblard Cérène, désira participer à cette bonne œuvre, et y fonda peu de temps après une bourse pour un chapelain. Mais sa plus grande illustration lui vint d'un pauvre écolier qu'on y avoit reçu par grâce, vu qu'il n'étoit pas du diocèse de Narbonne, et que par conséquent il n'avoit aucun droit d'y être admis. Cet écolier, nommé Pierre Roger, devenu pape sous le nom de Clément VI, après avoir passé par toutes les dignités de l'église, eut assez de grandeur d'âme pour ne point rougir de la bassesse de son premier état, et pour reconnoître hautement ce qu'il devoit à l'asile hospitalier où il avoit été élevé. Voulant laisser à ce collége un monument perpétuel de sa reconnoissance[612], il y fonda dix bourses, auxquelles il affecta pour dotation le prieuré de Notre-Dame de Marseille près de Limoux. Les premiers statuts n'y admettoient que des étudiants dans la faculté des arts et dans celle de théologie[613]; on y fit entrer depuis, en 1379, des élèves en médecine, et en droit civil et canon[614]. Ceux-ci en furent exclus en 1544 par les nouveaux réglements que donna le cardinal de Lorraine, archevêque de Narbonne[615]. Ce prélat fixa le nombre des boursiers à seize, y compris le principal, le procureur et le chapelain, et fit aussi quelques dispositions nouvelles dans les sommes assignées pour leur entretien.

La modicité du revenu de ces bourses et la caducité des bâtiments de ce collége l'avoient fait insensiblement abandonner au point qu'il n'y restoit que le principal, lorsqu'en 1760 on commença à le rebâtir. Il a été réuni à l'Université[616].

Collége de Harcour (même rue).