Hôtels de la duchesse d'Étampes, et d'Hercule (quai des Augustins).

Le premier de ces deux hôtels étoit situé au coin de la rue Gilles-Cœur, et s'étendoit jusqu'à celle de l'Hirondelle, où étoit sa principale entrée. Il avoit appartenu à Louis de Sancerre, connétable, et il est probable qu'avant lui on y avoit réuni un hôtel des évêques de Chartres. Ceux-ci le possédèrent encore depuis, ainsi que les évêques de Clermont; enfin il appartenoit à M. Dauvet, maître des requêtes, lorsque Anne de Pisseleu, duchesse d'Étampes, vint y demeurer, et engagea François Ier à en faire l'acquisition. Ce prince en fit démolir une partie, qui fut rebâtie avec plus de luxe et d'élégance, et ornée de chiffres et de devises. Au commencement du dix-septième siècle, il s'appeloit l'hôtel d'O et appartenoit à M. Séguier. Le mariage de sa fille avec le duc de Luines lui fit prendre ce dernier nom. Il le conserva jusqu'en 1671, qu'on le démolit en grande partie, pour le vendre à des particuliers. C'est dans cet hôtel que le chancelier Séguier se réfugia le 7 août 1648, pour éviter la fureur de la populace lors des barricades.

Le nom d'Hercule que portoit le second hôtel lui avoit été donné parce qu'on avoit peint dans les appartements, et même à l'extérieur, les aventures de ce héros fabuleux. Ces peintures avoient été faites aux frais de Jean de La Driesche, président de la chambre des comptes, qui le vendit à M. Louis Hallevin, seigneur de Piennes et chambellan du roi. Auparavant il avoit été possédé par le comte de Sancerre. Charles VIII l'acheta ensuite de M. de Piennes, avec tous les meubles de fer et de bois qui s'y trouvoient, moyennant la somme de 10,000 livres.

Sous Louis XII, cet hôtel étoit occupé par Guillaume de Poitiers, seigneur de Clerieu, auquel ce prince l'avoit probablement abandonné. François Ier le donna ensuite au chancelier du Prat[626] et à ses descendants. Cet hôtel, qui étoit extrêmement vaste, puisqu'il s'étendoit depuis la rue des Augustins jusqu'à la seconde maison de la rue Pavée, et dans l'autre dimension jusqu'aux jardins de l'abbé de Saint-Denis, avoit été habité par des hôtes du rang le plus illustre. L'archiduc Philippe d'Autriche, allant de Flandres en Espagne, y logea en 1499; il servit de demeure à Jacques V, roi d'Écosse, lorsqu'il vint à Paris, en 1536, pour épouser Magdeleine de France; ce fut dans cet hôtel qu'on remit à Henri III l'ordre de la Jarretière; et Favier dit que, de son temps, tous les chapitres de l'ordre du Saint-Esprit s'y sont tenus.

Hôtel de Thouars (rue des Trois-Chandeliers).

Cet hôtel, nommé depuis la maison des Carneaux, faisoit le coin de la rue où il étoit situé, et appartenoit aux vicomtes de Thouars, depuis créés ducs de La Trémouille. Ils le laissèrent tomber en ruines, et l'abandonnèrent, en 1379, à la fabrique de Saint-Germain-le-Vieux.

Les abbés de Clairvaux avoient à côté, dans la rue de la Huchette, une maison avec jardins, qui fut appelée d'abord la maison de Pontigni: elle étoit située vis-à-vis celle d'Arnauld de Corbie, chancelier de France.

Hôtels divers (rue Saint-André-des-Arcs).

Cette rue renfermoit un assez grand nombre d'hôtels remarquables. Auprès de la rue Gilles-Cœur étoit celui d'Arras ou d'Artois; celui des comtes d'Eu étoit situé entre les rues Pavée et des Grands-Augustins; au coin de la première de ces deux rues on trouvoit la maison du chancelier Poyet. Enfin on y voyoit deux hôtels de Navarre: le premier, situé entre la rue de l'Éperon et la porte Buci, appartenoit à Philippe de France, duc d'Orléans, ce qui lui fit donner le nom de Séjour d'Orléans; on le voit successivement passer à Louis d'Orléans, son petit-neveu; à Charles VI, qui le donna, en 1400, au comte de Savoie; ensuite au duc de Berri; à Louis, duc de Guyenne, en 1411; il appartint depuis à Louis XI, qui en donna une partie à Jacques Coytier, son médecin; enfin à Louis XII, qui le vendit en 1489. Le second hôtel de Navarre étoit situé de l'autre côté: Jeanne, reine de France, le légua pour la fondation d'un collége, que ses exécuteurs testamentaires préférèrent transporter à la montagne Sainte-Geneviève[627]. L'hôtel fut alors vendu, et celui de Buci s'éleva sur son emplacement. Il a formé depuis les grand et petit hôtels de Lyon, situés rues Saint-André et Contrescarpe, dans lesquels étoient établies des messageries.

Hôtel de Besançon (rue Gilles-Cœur).