À droite, une tour octogone renferme un très-bel escalier à vis, bien appareillé, d'une coupe heureuse, qui conduit aux divers appartements. Sur les murailles de la cour, on montroit autrefois le diamètre de la fameuse cloche de Rouen appelée Georges d'Amboise, et l'on prétendoit même que c'étoit dans cette cour qu'elle avoit été jetée en fonte.

Hôtel de Henri de Marle (rue du Foin).

Dans cette rue, et au coin de celle de Bout-de-Brie, est un hôtel dont la façade n'annonce rien de remarquable, mais dont la porte offroit jadis un écusson qu'il est nécessaire de décrire: le champ en étoit d'azur, à deux faces d'or, accompagnées de six besants de même, trois en chef, deux en cœur et un en pointe. Ces mêmes armoiries se trouvoient répétées aux deux côtés d'un autre grand écusson sculpté sur la porte intérieure, lequel portoit trois C ou croissants entrelacés, surmontés d'une couronne royale. Enfin, au-dessus de cet écusson, on en voyoit un troisième offrant l'écu de France à trois fleurs de lis, soutenu par deux anges, et surmonté de la couronne royale. Une ancienne tradition, qui s'est perpétuée jusque dans le siècle dernier, présentoit cette maison «comme un ancien palais élevé par Henri II, et désigné dans le quartier sous le nom d'hôtel de la Reine-Blanche, parce qu'après la mort de ce prince il avoit appartenu à son épouse Catherine de Médicis, qui demeura veuve pendant trente ans, depuis l'an 1559 jusqu'à l'an 1589.»

Jaillot, qui combat cette tradition, convient en effet qu'indépendamment des divers hôtels qui ont reçu le nom de la Reine-Blanche, pour avoir appartenu à Blanche de Castille, veuve de Louis VIII, à Blanche de Bourgogne, femme de Charles-le-Bel, à Blanche d'Évreux, veuve de Philippe de Valois, l'usage étant de donner aussi le nom de Reines-Blanches à toutes les veuves de nos rois, parce qu'elles portoient le deuil en blanc, il ne seroit pas impossible qu'un hôtel eût tiré son nom de cette dénomination singulière; mais cet usage avoit été aboli par Anne de Bretagne, qui la première porta le deuil en noir à la mort de Charles VIII, et par conséquent ne peut trouver son application à l'occasion de Catherine de Médicis. Quant aux armes contenues dans le premier écusson, ce sont celles de Martin Fumée, fils du garde des sceaux, qui étoit propriétaire de cette maison en 1541. Si Henri II, qui ne commença à régner qu'en 1547, en eût fait l'acquisition, peut-on supposer qu'il y eût fait sculpter le chiffre de la duchesse de Valentinois sans y ajouter le sien? eût-il surmonté un pareil écusson de la couronne royale? ce prince ou Catherine de Médicis y auroient-ils laissé subsister les armes des sieur et dame Fumée? etc., etc. N'est-il pas plus probable que Martin Fumée, fils d'un garde des sceaux, occupoit à la cour quelque place distinguée, soit qu'il fût attaché au service de la reine Claude, première femme de François Ier, soit qu'il fût un des officiers de Catherine de Médicis, nouvellement mariée au Dauphin; et que dans la reconstruction de sa maison il aura voulu perpétuer le souvenir d'une situation honorable en faisant sculpter ces trois C en différents endroits et sur l'écusson même de ses armes? Ce sont là sans doute de simples conjectures; mais ce qui est sans réplique, c'est que M. Rousseau, ancien conseiller aux eaux et forêts, à qui cette maison appartenoit en 1772, communiqua à ce critique une liste suivie des anciens propriétaires depuis cinq cents ans, dans laquelle il n'y avoit ni rois ni reines.

Cet hôtel est désigné dans quelques titres sous le nom de Henri de Marle, maître des requêtes, qui le possédoit en 1540. Par la même raison il portoit, au dix-septième siècle, le nom d'hôtel de Bourlon[631].

Chambre royale et syndicale des Libraires et Imprimeurs (rue du Foin).

L'imprimerie, inventée et pratiquée en Allemagne vers le milieu du quinzième siècle, ne tarda pas à s'introduire en France. Dès 1470 Guillaume Ficher et Jean Heynlin de La Pierre, docteurs de Sorbonne, firent venir d'Allemagne Ulric Géring, imprimeur, et ses deux associés, Martin Krantz et Michel Friburger, et leur donnèrent dans la Sorbonne même un emplacement où ceux-ci établirent leurs presses. Ainsi la première imprimerie qui ait existé à Paris et dans la France a eu son berceau dans l'asile même des sciences dont elle devoit accroître le domaine et faciliter l'étude.

Les inconvénients de cet art nouveau, plus grands peut-être que ses avantages, ne tardèrent pas à se faire sentir. L'impiété et la débauche, qui jusqu'alors avoient été forcées de se cacher dans l'ombre, parce qu'elles n'auroient pu sans danger se montrer au grand jour, profitèrent bientôt des ressources qu'offroit l'imprimerie pour répandre dans la société leurs maximes empoisonnées. Le mal fut si rapide, et devint si extrême, que, dès le siècle suivant, le gouvernement jugea nécessaire d'exercer la police la plus rigoureuse non-seulement sur les livres qui s'imprimoient en France, mais encore sur tous ceux qu'on y faisoit venir de l'étranger. Une ordonnance de Henri II, datée du 27 juin 1551, «défend à tous libraires, imprimeurs et vendeurs de livres, d'ouvrir aucunes balles de livres qui leur seroient apportées de dehors, s'ils n'eussent été vus et visités.» On choisit d'abord pour cet examen des personnes hors du corps de la librairie; ensuite on en chargea les libraires eux-mêmes, ainsi qu'il est constaté par un arrêt du parlement du 15 février 1611, qui ordonne que «les livres apportés en la ville de Paris seroient vus et visités par les syndics et adjoints de la communauté en la manière accoutumée.»

La visite se faisoit d'abord chez les libraires mêmes qui avoient reçu les balles; mais, comme il n'étoit pas toujours possible de remplir cette formalité à l'instant même de la réception, et que le moindre délai pouvoit amener des inconvénients, on résolut d'établir un lieu de dépôt où les balles seroient d'abord apportées et visitées avant d'être remises à leurs propriétaires. Ce dépôt fut d'abord placé, en 1617, dans les bâtiments du collége royal. On le voit ensuite transféré successivement au collége de Cambrai jusqu'en 1679; dans des bâtiments qui touchoient le couvent des Mathurins jusqu'en 1726; enfin dans une maison appartenant à ces religieux, et située rue du Foin, vis-à-vis l'hôtel dont nous avons parlé dans l'article précédent[632].

C'étoit dans cette chambre que, deux fois par an, on apportoit de la douane toutes les balles de livres et estampes qui arrivoient à Paris. Elles y étoient ouvertes et visitées gratuitement par les syndics et adjoints, en présence de deux inspecteurs de la librairie. La communauté y tenoit aussi ses assemblées pour les élections, réceptions de sujets, etc.