Rue Saint-André-des-Arcs. Elle aboutit d'un côté à la place du Pont-Saint-Michel et aux rues de la Huchette et de la Vieille-Bouclerie; de l'autre, au carrefour des rues Dauphine, Mazarine, de Buci et des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Les anciens titres offrent une grande variété, tant sur le nom de cette rue que sur la manière de l'écrire. On l'appeloit dans le principe rue de Laas, et ce nom lui étoit commun avec celle de la Huchette, dont elle fait la continuation, parce que c'étoit celui du territoire sur lequel elles sont situées. Il étoit encore planté de vignes lorsqu'en 1179, Hugues, abbé de Saint-Germain-des-Prés, le donna à cens, à la charge d'y bâtir et de payer 3 sous de redevance pour chaque maison. Ce fut alors qu'on perça les rues Saint-Germain, du Serpent, des Petits-Champs et des Sachettes, aujourd'hui nommées Saint-André, Serpente, Mignon et du Cimetière-Saint-André.

Lorsque l'enceinte méridionale de Philippe-Auguste eut été achevée, ce prince ayant accordé aux religieux de Saint-Germain-des-Prés la porte par laquelle on passoit pour aller à leur couvent, cette porte reçut le nom de Saint-Germain, et on le donna également à la rue de Laas, parce qu'elle y conduisoit. Vers le même temps on construisit l'église Saint-André, et la rue prit tantôt le nom de Saint-Germain, tantôt celui de Saint-André; mais le premier ayant été donné depuis à la rue des Cordeliers et à celle des Boucheries, il en est résulté que souvent les trois rues ont été confondues ensemble. Jaillot pense que l'abbé Lebeuf se trompe lorsqu'il conjecture que la rue dont nous parlons a porté à la fois ces deux noms; celui de Saint-André jusqu'à la rue de l'Éperon, celui de Saint-Germain depuis cet endroit jusqu'à la porte[639]. Ce dernier espace formoit alors une place vide, et resta ainsi jusqu'en 1350, qu'il fut vendu en partie à Simon de Buci. On donna pour lors le nom de porte de Buci à celle qu'on avoit fait construire au bout de la rue Saint-André, et de porte Saint-Germain à celle de la rue des Cordeliers[640].

Quant au nom de Saint-André, que cette rue doit à l'église à laquelle elle conduit, nous avons déjà dit qu'il avoit varié suivant les temps: on lit dans différents titres, Saint-Andri, Saint-Andrieu, Saint-Andrieu-des-Ars, Saint-André-des-Arts et des Arcs. Ces derniers noms semblent n'être qu'une altération de celui de Laas.

Rue du Cimetière-Saint-André. Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de l'autre à celle de l'Éperon. Sous le règne de saint Louis, on l'appeloit rue des Sachettes, à cause de certaines femmes dévotes, vivant ensemble proche le monastère Saint-André; elles-mêmes avoient reçu ce nom de leur vêtement, fait en forme de sac: Pauperes mulieres de saccis, saccitæ. Cette congrégation, qui n'étoit pas autorisée, ayant été détruite peu de temps après, la rue fut appelée des Deux-Portes, parce qu'il y en avoit une à chacune de ses extrémités: elle portoit ce nom en 1356, et l'a conservé encore pendant deux siècles avec celui qu'elle porte aujourd'hui, lequel provient du cimetière qu'on y plaça dans cette même année 1356.

Rue des Grands-Augustins. Elle commence sur le quai des Augustins, et aboutit à la rue Saint-André-des-Arcs. Matthieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, ayant acquis plusieurs maisons et jardins, dans l'intention d'y bâtir un collége pour ses religieux, le chemin qui traversoit ce terrain prit aussitôt le nom de son nouveau propriétaire. Dès 1269, on l'appeloit rue à l'Abbé-Saint-Denys, et successivement rue du Collége-Saint-Denys, des Écoles et des Écoliers-Saint-Denys. Elle prit ensuite le nom de rue de la Barre du côté de celle de Saint-André; et Jaillot pense qu'elle le dut à la galerie couverte qui joignoit ensemble l'hôtel de Saint-Cyr et le collége Saint-Denis, dont il étoit une dépendance. Elle conserva long-temps ce nom, car on le trouve encore dans un acte de 1546. Cette rue étoit alors distinguée en deux parties: du côté du quai on la nommoit rue des Augustins, quelquefois rue de l'hôtel de Nemours; dans l'autre partie, elle s'appeloit, en 1523, rue des Écoles-Saint-Denys, autrement dite de la Barre. Elle est aussi énoncée rue des Charités-Saint-Denys dans un acte de 1672[641].

Rue du Battoir. Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de l'autre à celle de l'Éperon. Guillot la nomme rue de la Platrière. Un terrier de Saint-Germain-des-Prés de 1523[642] la désigne sous le nom de Haute-Rue, dite rue du Battouer, autrement la Vieille-Platrière. Plusieurs autres titres lui donnent la même dénomination; et du reste tout ce qu'en a dit Sauval est erroné, comme Jaillot l'a très-bien prouvé.

Rue de la Vieille-Bouclerie. Elle commence au bout de la place du Pont-Saint-Michel, et finit à la rue de la Harpe, au coin de celle de Saint-Séverin, et il en est fait mention dès 1236[643], sous le nom de vicus Boclearia. Sauval prétend qu'en 1272 on l'appeloit l'abreuvoir Maçon[644]. Elle y conduisoit effectivement: du reste, ce qu'il en dit, et ce qu'en disent ceux qui l'ont copié ou critiqué est tellement embrouillé, qu'il est difficile de les suivre dans ces minutieuses discussions; ce qu'on peut en conclure, c'est qu'il existoit en ce quartier deux rues de la Bouclerie, ainsi qu'il est prouvé par les vers de Guillot:

Assès tôt trouva Sacalie,
Et la petite Bouclerie,
Et la grand Bouclerie après,
Et Hérondale tout emprès.

La marche du poëte, ainsi que les titres, prouvent que la rue de la Petite-Bouclerie est celle dont il s'agit ici, et que la grande est la rue Mâcon, qui aboutissoit alors à la boucherie, située au coin de la rue de l'Hirondelle.

On trouve la petite Boucherie désignée encore sous le nom de la vieille Bouclerie. Jaillot pense que ce n'est point une faute d'impression, mais que cette dénomination vient de ce que la boucherie de Saint-Germain étoit établie, au douzième siècle, à la place dite depuis du Pont-Saint-Michel, laquelle n'existoit point encore. Quant à l'opinion de quelques historiens qui veulent que le nom de Bouclerie vienne de ce qu'on y faisoit de petits boucliers, elle n'est appuyée sur aucune preuve.