[7]: Dès le jour de la mort de Henri IV, il avoit commencé à se rendre odieux et suspect à la cour, en refusant opiniâtrement de venir au Louvre, malgré les invitations pressantes et même les ordres de la reine-mère, pour aller se renfermer dans la Bastille, d'où il envoya enlever tout le pain qu'il put trouver aux halles et chez les boulangers, comme s'il eût eu le dessein d'y soutenir un siége. Si l'on en croit Bassompierre de qui nous tenons cette circonstance, il fit, ce même jour, une faute encore plus grave et qui ne fut pas oubliée: ce fut d'écrire au duc de Rohan son gendre, qui étoit alors à l'armée de Champagne, de marcher droit sur Paris avec six mille Suisses qu'il commandoit en qualité de colonel-général; et celui-ci s'étoit déjà avancé d'une journée, lorsque Sully le contremanda. On se plaignoit généralement de ses manières hautaines et inciviles, de son obstination à ne suivre que ses idées particulières; et tout en reconnoissant qu'il avoit fort accru l'épargne du feu roi, (bien que ce fût plutôt par un système de parcimonie que par une économie bien entendue), on l'accusoit de malversations dans l'exercice de sa charge, et l'on en citoit pour preuve la fortune immense qu'il avoit su se faire en très-peu de temps. Il répondit à cette accusation, la plus sensible pour lui et qu'on reproduisoit le plus souvent, par un mémoire dans lequel il rendoit compte au public du commencement et des progrès de sa fortune; mais il n'en est pas moins vrai de dire que, dans l'assemblée des protestants tenue à Saumur, la proposition ayant été faite de le soutenir, le duc de Bouillon représenta au duc de Rohan, qu'il ne jugeoit pas prudent que l'assemblée se déclarât si hautement en sa faveur; et que, quelque grande que fût l'exactitude et la fidélité d'un surintendant des finances, il étoit difficile que l'on ne trouvât pas quelque chose à redire à sa conduite lorsqu'on l'examinoit à la rigueur; et que si la cour le mettoit en jugement, elle trouveroit bientôt le moyen d'obliger M. de Sully à quitter tous ses emplois, en n'usant, pour y réussir, que des voies les plus juridiques et les plus légitimes. (Mém. du duc de Rohan.) Ajoutons que dans cette même assemblée et dans celles qui suivirent, ce même Sully se montra l'un des plus factieux et des plus fanatiques parmi ceux qui vouloient la guerre civile; qu'entêté comme il l'étoit de toutes les doctrines religieuses de sa secte, il en professoit aussi toutes les doctrines politiques, ainsi qu'il le prouva en maintes occasions, et principalement lorsque la mort de Henri IV l'eût dégagé de ces liens d'affection et de reconnoissance qui l'attachoient à ce grand roi. De tout ceci nous concluons, et sans nier toutefois qu'il ne fût recommandable par plusieurs qualités estimables, que Sully est fort au-dessous de la renommée qu'on lui a faite, renommée qu'il doit en grande partie à sa qualité de chaud protestant; et que pour valoir mieux que L'Hôpital, préconisé comme lui, et pour des raisons à peu près semblables, par la tourbe de nos libres penseurs, ce n'étoit cependant ni un génie supérieur ni un véritable homme d'état.

[8]: Il avoit la prétention, non-seulement d'entrer dans le ministère, mais d'y avoir la première place et de mener toutes les affaires.

(D'Estrées, Mém. de la Rég., p. 89.)

[9]: Il est cependant très-remarquable que, dans ces états-généraux, le clergé de France, parlant en corps et non sous l'influence de la puissance séculière, proposa au roi de recevoir le concile de Trente, lui déclarant «qu'il y alloit de l'honneur de Dieu et de celui de cette monarchie très-chrétienne, qui, depuis tant d'années, avec un si grand étonnement des autres nations catholiques, portoit cette marque de DÉSUNION sur le front, etc.» (Voy. les Mémoires du clergé pour l'année 1615; l'Anti-Febronius vindicatus de Zaccaria, tom. V, Épit. II, pag. 93; et De l'Église gallicane, par M. de Maistre, p. 5.) Celui qui porta la parole en cette occasion, fut, comme nous venons de le dire, ce même évêque de Luçon, ce Richelieu, qui depuis....!

Il n'y a pas d'apparence que la demande que faisoient les évêques et archevêques, un moment rendus à leurs véritables libertés, fût favorablement accueillie par ce même pouvoir temporel qui tendoit sans cesse à accroître ses usurpations; mais elle fut d'abord violemment combattue par cette opposition politiquement calviniste, dont les parlementaires avoient depuis long-temps répandu les maximes dans le troisième ordre qu'ils dirigeoient à leur gré. Ce fut donc le tiers-état qui s'opposa surtout à l'admission de ce concile, lequel fut rejeté, quant à la discipline, et à qui l'on voulut bien faire la faveur singulière de l'admettre, quant au dogme. Quels étoient les principaux meneurs de cette opposition du tiers-état? Écoutons l'abbé Fleury parlant à l'époque où il étoit désabusé de toutes ces dangereuses doctrines: «Ce furent, dit-il, des jurisconsultes profanes ou libertins qui, tout en faisant sonner le plus haut les libertés, y ont porté de rudes atteintes en poussant les droits du roi jusqu'à l'excès; qui inclinoient aux maximes des hérétiques modernes, et en exagérant les droits du roi et ceux des juges laïques ses officiers, ont fourni l'un des motifs qui empêchèrent la réception du concile de Trente.» (Sur les libertés de l'Église gallic., Opusc., p. 81.)

[10]: Concini.

[11]: Ce prince, qui avoit le gouvernement de la Picardie, avoit voulu s'opposer à quelques travaux que le maréchal d'Ancre projetoit de faire à la citadelle de la ville d'Amiens, dont il étoit gouverneur. Il n'avoit point réussi dans cette entreprise; et ayant voulu y mettre de la violence, les officiers préposés à la garde du château avoient repoussé la force par la force, et l'avoient obligé de faire retraite.

[12]: Il dit que les protestants s'étoient vus forcés de prendre les armes, parce qu'ils avoient vu le roi lever des troupes sans les y admettre, ce qui leur faisoit craindre qu'elles ne fussent destinées à agir contre eux; que l'assemblée de Grenoble les avoit exhortés à se mettre en défense en cas que les députés qu'ils envoyoient au roi n'obtinssent pas de réponse favorable, et qu'en effet on n'avoit eu aucun égard aux demandes de ces députés; qu'on avoit publié en divers endroits du royaume que les mariages entre la France et l'Espagne entraîneroient la ruine de la religion protestante; que cette juste crainte étoit principalement ce qui leur avoit mis les armes à la main.

[13]: Les sceaux furent ôtés au chancelier de Silleri, et donnés à Du Vair, premier président du parlement de Provence; et Puisieux, fils du chancelier, qui étoit secrétaire d'état, reçut, peu de temps après, l'ordre de quitter la cour.

[14]: À Saint-Martin-des-Champs et dans le faubourg Saint-Germain.