[15]: Il nomma Barbois contrôleur des finances à la place du président Jeannin, et l'évêque de Luçon fut fait secrétaire d'état.

[16]: Il étoit fils naturel de Charles IX. Henri IV l'avoit fait mettre à la Bastille pour être entré dans la conspiration du duc de Biron; et il étoit condamné à y finir ses jours.

[17]: Dans le Perche, dans le Maine, dans le Soissonnois, dans l'Île de France, dans la Champagne, dans le Berry, dans le Nivernois.

[18]: Les principaux étoient du Hallier son frère, Persan son beau-frère, Bournonville, Guichaumont, et Rigaud, exempt des gardes-du-corps.

[19]: Vitri avoit placé un garde-du-corps à la porte du Louvre pour épier le moment où le maréchal sortiroit de la maison qu'il avoit près de ce palais, avec ordre de le venir avertir aussitôt à la porte du grand cabinet du roi, où il l'attendoit. La garde remplit exactement sa commission: Vitri partit sur-le-champ, et prit avec lui en passant tous ceux qui l'attendoient, et fit une telle diligence, qu'il arriva près du maréchal lorsque celui-ci n'étoit encore que sur le Petit-Pont, où il lisoit une lettre. Comme Vitri étoit fort vif, peut-être seroit-il passé sans le voir, si du Hallier, qui le suivoit, ne lui eût dit: «Monsieur, voilà M. le maréchal.»—«Où est-il? reprit Vitri.»—«Tenez, le voilà, lui dit Guichaumont, et en même temps celui-ci lui tira le premier coup de pistolet. Les autres tirèrent aussi; mais on a toujours cru que Guichaumont l'avoit tué, parce qu'il tomba dès qu'il l'eut frappé. D'autres disent que Vitri, s'approchant de lui, le prit d'une main par le bras, et que, levant de l'autre son bâton de commandement, il lui déclara l'ordre qu'il avoit de l'arrêter. Moi, prisonnier! reprit le maréchal en faisant un pas en arrière: et c'est alors que partirent les trois coups de pistolet. (Mém. du marq. de Fontenay-Mareuil.) Plusieurs disent que Concini, se voyant attaqué, fit mine de vouloir tirer son épée pour se défendre; mais M. de Brienne assure, dans ses Mémoires, «qu'aucun de ceux qui en pouvoient rendre témoignage, n'en étoit convenu en particulier.»

On remarque que parmi plus de trente gentilshommes qui l'accompagnoient, aucun d'eux ne mit l'épée à la main, à l'exception de Saint-Georges, qui depuis fut capitaine des gardes du cardinal de Richelieu; mais, voyant que les autres l'abandonnoient, il fut forcé de se retirer.

[20]: Les courtisans s'y rendoient en foule, et l'on fut obligé de mettre ce jeune prince sur un billard; afin qu'il fût plus à portée de voir ceux qui venoient lui rendre hommage, et d'en être vu.

[21]: Le corps du maréchal fut déposé d'abord dans la salle des portiers, ensuite dans le petit jeu de paume du Louvre. Il y resta jusqu'à neuf heures du soir, et fut porté ensuite à Saint-Germain-l'Auxerrois, où on l'enterra secrètement sous l'orgue, afin de cacher au peuple sa sépulture. Elle fut connue toutefois dès le lendemain, et quelques gens de la lie du peuple, ou dirigés par ses ennemis, ou poussés par leur propre fureur, s'attroupèrent dans l'église Saint-Germain, déterrèrent le cadavre et exercèrent sur lui mille indignités, aux cris redoublés de vive le roi. On le pendit à des potences qu'il avoit fait dresser lui-même, on lui arracha le cœur, on coupa sa chair par petits morceaux; ces mêmes potences, que l'on abattit, lui servirent de bûcher; et les cendres, ainsi que les débris de son cadavre, furent jetés dans la rivière.

Quoiqu'on ne puisse justifier ce ministre de quelques abus de pouvoir dans le haut rang où la faveur l'avoit placé, il faut bien se garder de croire que ce fût un aussi méchant homme que l'a dépeint cette multitude de libelles, de déclarations, de remontrances, publiés alors par ses ennemis. Le maréchal d'Estrées, qui s'étoit jeté dans le parti des princes, et qui sans doute prit part d'abord à toutes ces calomnies, s'étonne, dans ses mémoires, des excès auxquels on s'étoit porté contre lui, et lui rend ainsi un témoignage qui ne sauroit être suspect: «Quand je fais réflexion, dit-il, sur les circonstances de la mort du maréchal d'Ancre, je ne la puis attribuer qu'à sa mauvaise destinée, ayant été conseillée par un homme qui avoit les inclinations fort douces; et comme il étoit lui-même naturellement bienfaisant et qu'il avoit désobligé fort peu de personnes, il falloit que ce fût son étoile ou la nature des affaires qui eussent soulevé tant de monde contre lui.»

[22]: Dans l'arrêt qui la condamne, elle n'est point déclarée sorcière, comme plusieurs l'ont avancé, mais seulement criminelle de lèse-majesté divine et humaine, sans que son crime fût autrement spécifié. Au reste, il est certain qu'elle se défendit victorieusement sur toutes les accusations capitales qu'on éleva contre elle; et l'on ne peut s'empêcher de la considérer comme une victime immolée à la vengeance de ceux qui possédoient alors un pouvoir, dont elle et son mari avoient joui trop long-temps. Elle mourut avec un courage modeste, qui excita beaucoup de pitié et même d'attendrissement parmi tous ceux qui étoient accourus à ce triste spectacle.