[63]: La guerre de trente ans ne finit qu'en 1648, sous le ministère du cardinal Mazarin. C'est le 24 octobre de cette année que fut signé à Munster et à Osnabruck le fameux traité de Westphalie, tant vanté par l'école de nos modernes diplomates. Nous aurons bientôt occasion d'en parler, et nous ferons voir que ce fut une paix aussi funeste que la guerre qui l'avoit précédée: on négocia comme on avoit combattu, pour le matériel de la société. Cette paix ne fut point générale, et la guerre continua entre la France et l'Espagne jusqu'à la paix des Pyrénées, conclue en 1659.

[64]: Schiller.

[65]: L'auteur n'entend parler ici que des états protestants.

[66]: Voici comment s'exprime le duc d'Olivarès dans une de ces lettres, au moment où les armées françoises s'apprêtoient à entrer dans la Catalogne: «Si la nécessité d'une juste défense et l'intérêt de la religion permettent quelquefois la vente des calices et des vases sacrés, pourquoi ne feroit-on pas des choses moins extraordinaires dans une occasion si pressante? il est constant que partout où les François mettent le pied, la secte de Calvin y entre avec eux; puisque l'État et la Religion sont également menacés, je dois parler sans déguisement, etc.» (Recueil d'Aubert, t. II, p. 365.)

[67]: La France, pendant le cours de cette guerre, eut presque toujours quatre armées en campagne; en 1638, elle en eut jusqu'à sept, sans compter sa flotte et ses galères.

[68]: L'opinion de tout ce qu'il y avoit en France d'honnête et d'éclairé, étoit que «Le cardinal n'avoit allumé la guerre en Europe que pour se rendre nécessaire et pour satisfaire son ambition, et que le roi rendroit compte à Dieu de tout le sang humain dont les villes et les provinces étoient inondées. On gémissoit sur le malheur des peuples; on étoit scandalisé des alliances contractées avec les puissances hérétiques; on déploroit le pillage des églises et l'oppression des catholiques d'Allemagne, etc.» (Continuat. du P. Daniel. T. XV, in-4o, p. 17.)

[69]: Le pape le considéroit, avec juste raison, comme le seul auteur de cette guerre qui désoloit la chrétienté, et voyoit avec douleur et ressentiment, sa médiation sans cesse rejetée par un prince de l'Église qui sembloit s'être fait le plus grand ennemi du saint-siége et de la religion. Celui-ci prenoit avec le saint Père, tour à tour, ou des manières soumises ou un ton menaçant, selon qu'il vouloit le tromper ou l'effrayer. Mazarin, qu'Urbain VIII avoit envoyé en France pour travailler à une paix si ardemment désirée, et dont Richelieu avoit su reconnoître la souplesse et l'habileté, lorsqu'il n'étoit encore que simple officier dans les troupes du pape, aidoit ce ministre dans toutes ces manœuvres auprès de sa cour: ce fut là l'origine de sa fortune.

[70]: Il est remarquable que toute personne qui avoit su obtenir la confiance de Louis XIII dans l'intimité de la vie privée, parvenoit très-facilement à l'aigrir contre le cardinal. Il sembloit même qu'il n'attendît que de semblables occasions pour manifester l'impatience avec laquelle il supportoit un joug qu'il lui étoit impossible de briser. Richelieu, maître absolu de la France, ne vivoit auprès de son maître que d'alarmes et d'inquiétudes, et étoit obligé d'employer plus de soins et d'habileté pour venir à bout d'un favori, que pour tenir tête à tous les cabinets de l'Europe. Mlle de la Fayette et le P. Caussin, confesseur du roi, furent sur le point de renverser sa fortune; et si celui-ci eût été aussi expérimenté en intrigues de cour, qu'il avoit de droiture de cœur et d'esprit, il est probable qu'il seroit venu à bout du dessein qu'il avoit formé de délivrer la chrétienté de la tyrannie de Richelieu. Il ne s'agissoit que de présenter au roi une personne qu'il jugeât capable de succéder à ce ministre: «Mais, dit un écrivain du temps (Vittorio Siri), il n'y avoit seulement pas pensé, tant il étoit peu propre à mener une affaire de cette importance.» Ce qui fit qu'il succomba.

[71]: Il résulte des entretiens secrets et confidentiels qu'eut le roi avec le P. Caussin, que ce prince étoit persuadé que la guerre qu'il faisoit à l'Espagne étoit juste et nécessaire; que les sollicitations du pape devoient être comptées pour rien dans une affaire de cette nature; que la reine sa femme étoit stérile et n'avoit aucune affection pour lui; que la reine sa mère vouloit le détrôner pour mettre la couronne sur la tête de Monsieur; que la plupart des grands du royaume et des seigneurs de sa cour ne lui étoient point attachés; que plusieurs étoient disposés à le trahir pour secouer le joug de l'autorité royale qui leur étoit insupportable; qu'ils soulevoient le peuple contre lui, et que, sans le cardinal, il auroit peine à se maintenir sur le trône; qu'enfin son peuple n'étoit pas aussi malheureux, ni aussi surchargé d'impôts que les gens mal intentionnés pour le gouvernement affectoient de le publier; qu'après tout l'on n'étoit ni plus riche ni plus heureux dans les autres États de l'Europe, et qu'il y avoit même du danger à laisser le peuple dans une trop grande abondance. (Mém. Man. revu par le P. Caussin.) Le cardinal avoit même trouvé des théologiens et des canonistes en nombre suffisant pour tranquilliser sa conscience sur des alliances avec des princes protestants contre des princes catholiques, et lui persuader que de telles alliances n'étoient point contraires à la loi de Dieu, surtout après les précautions que l'on avoit prises pour maintenir partout l'exercice public et tranquille de la véritable religion. (Contin. du P. Daniel, tom. XV, in-4o, pag. 117.) Il pensoit aussi et déclare formellement dans son testament politique que «Le roi auroit pu accepter avec justice l'alliance des Turcs qui lui avoit été plusieurs fois offerte.»

[72]: Il étoit persuadé qu'une négociation n'est jamais stérile, et que si elle ne produit aucun effet présent, on en retire toujours un avantage certain pour l'avenir. Aussi ne furent-elles jamais aussi fréquentes que sous son ministère. Il n'y avoit point de cour en Europe dont il ne connût parfaitement les intérêts, et à laquelle il ne fît faire sans cesse quelque proposition nouvelle pour en recueillir quelque fruit. À ses amis, il montroit la route qu'il falloit suivre, et se servoit habilement de leurs forces pour augmenter les siennes; à l'égard de ses ennemis, il leur tendoit à tous moment des piéges pour affoiblir leur puissance. On peut dire qu'au moyen de ces continuels artifices, il étoit devenu en quelque sorte le ministre de toutes les cours de l'Europe. (Voyez Test. Polit., 2e. part., chap. VI.)