[73]: Ayant su le projet ambitieux qu'avoit formé Walstein de quitter le service de l'empereur et de se faire roi de Bohème, il envoya auprès de lui un officier nommé Duhamel, pour lui offrir le secours et la protection du roi de France dans cette coupable entreprise.
[74]: Il se justifie, dans son testament politique, d'avoir excité le soulèvement des Catalans contre l'Espagne. Le fait est si odieux en lui-même, qu'il lui étoit impossible d'en convenir; mais comment croire qu'il n'ait pas été complice de ces rebelles, lorsqu'on le voit leur porter secours et négocier avec eux?
[75]: M. de Brienne ne peut s'empêcher d'en convenir, et ne le disculpe qu'en faisant remarquer «que les choses allèrent bien plus loin que le cardinal ne l'avoit prévu, et qu'il ne l'eût souhaité.»
[76]: Gaston, qui, jusqu'à la naissance du Dauphin, depuis Louis XIV, causa de si grands embarras au cardinal, à cause de l'importance que lui donnoit sa qualité d'héritier présomptif de la couronne, n'obtint cependant d'autres résultats de tant de cabales qu'il forma contre lui et de tant de projets mal conçus, que de sacrifier inutilement ceux qui avoient été assez imprudents pour se dévouer à sa passion et à ses intérêts. On sait quelle fut la catastrophe sanglante du duc de Montmorenci, dernier rejeton de son illustre race: bien d'autres, dans cette fatale apparition du prince en Languedoc, eussent partagé son sort, si la fuite ne les eût mis à couvert. Telle étoit la haine qu'on portoit à ce redoutable ministre, que, malgré la terreur dont il s'environnoit et dont il sembloit en quelque sorte se faire une sauvegarde, on ne cessa pas un seul instant, et jusqu'à ses derniers moments, de conspirer contre lui. Dans un complot de ce genre, très-profondément combiné, l'irrésolution de Gaston, qui, au moment de l'exécution, n'osa pas faire le geste que l'on attendoit comme signal, sauva seule Richelieu d'une mort qui sembloit inévitable. Si le comte de Soissons n'eût pas été tué à la bataille de la Marfée, la partie étoit liée à Paris avec un grand nombre de personnes à qui sa tyrannie étoit devenue insupportable[76-A]: sur la première nouvelle que l'on auroit eue des succès de l'armée espagnole, succès que l'on croyoit immanquables, on devoit s'emparer de la Bastille, où l'on avoit des intelligences, forcer le parlement à rendre un arrêt en faveur du prince; enlever à la fois tous les postes jusqu'au palais cardinal, établir des barricades dans les parties de la ville où le peuple se montreroit le plus échauffé, parvenir ainsi jusqu'au ministre que l'on auroit enlevé ou poignardé. Il arriva au contraire, par la mort du comte de Soissons, que MM. de Guise et de Bouillon, qui avoient pris parti pour lui, furent obligés, l'un de se soumettre aux conditions qu'on voulut lui imposer, l'autre d'aller chercher un refuge à Bruxelles. La conspiration de Cinqmars, la dernière qui ait menacé sa fortune et sa vie, sembloit plus dangereuse encore, puisqu'on ne peut guère douter que le roi lui-même ne fût d'accord avec les conspirateurs, c'est-à-dire qu'il n'eût donné une sorte de consentement à ce qu'on le délivrât de son ministre, même par les moyens les plus violents[76-B]. Cependant elle finit comme les autres par le supplice, l'exil ou l'emprisonnement des conjurés[76-C]. Le cardinal étoit alors mourant, et suivit de près ses dernières victimes dans la tombe.
[76-A]: L'abbé de Gondi, que nous verrons bientôt jouer un si grand rôle dans la guerre de la fronde, étoit entré dans cette conspiration.
[76-B]: Il n'y donna pas son consentement formel; mais, si l'on en croit Monglat, l'un des conjurés, il souffroit qu'on parlât devant lui du projet d'assassiner le cardinal, qu'on lui proposât même de l'approuver, et n'en témoignoit à son favori ni moins de confiance ni moins d'affection. Sans le traité que les chefs de ce complot avoient eu l'imprudence de signer avec l'Espagne, il est probable qu'ils auroient réussi. Ce fut la découverte de cette pièce qui les perdit. Louis XIII, dès qu'il en eut connoissance, les abandonna à Richelieu.
[76-C]: Le duc de Bouillon, qui s'y trouvoit encore impliqué, perdit cette fois sa principauté de Sedan, qu'il étoit parvenu à conserver dans la conspiration précédente.
[77]: Soit que, par mesures financières, il lui plût de créer de nouveaux offices, ou qu'il fît présenter des édits bursaux à l'enregistrement; soit qu'il jugeât à propos de faire juger par commissaires des accusés que cette cour de justice réclamoit comme appartenant à sa jurisdiction, ainsi qu'il arriva dans les affaires du maréchal de Marillac et du duc de la Valette, la moindre résistance qu'elle osoit lui opposer, lui attiroit à l'instant même les traitements les plus durs et les plus humiliants. Ses arrêts étoient cassés comme de juges incompétents, interdits et sans pouvoirs; ses députés étoient mandés au Louvre, où le roi, endoctriné par son ministre, ne les recevoit que la menace à la bouche, ne leur laissant d'autre parti que celui d'obéir à l'instant même, pour éviter qu'il ne se portât contre leur compagnie aux dernières extrémités; ce qui n'empêchoit que des lettres de cachets ne fussent très-souvent envoyées à ceux de ses membres qui s'étoient montrés les plus ardents dans la délibération, et qu'à la suite de ces appels ou de ces remontrances, il n'y en eût presque toujours quelques-uns de punis par l'exil ou par la prison.
[78]: Le parlement ayant déclaré nul le mariage de Gaston avec la princesse de Lorraine, ce prince en appela au pape, qui décida, sans s'arrêter aux subtilités qu'on lui opposoit touchant les irrégularités du contrat civil, que les lois particulières de la France ne pouvoient influer en aucune manière sur le sacrement, lequel dépendoit uniquement de l'institution de J. C. et des lois de l'Église; et que ce mariage, ayant été contracté selon toutes les règles prescrites par le concile de Trente, avoit tous les caractères qui le rendoient indissoluble. Le clergé de France en pensa autrement; et, dans une assemblée générale qu'il tint l'année suivante (en 1635), il fut établi que la coutume ancienne de France, relativement aux mariages des princes, devoit l'emporter sur une décision du pape en matière de sacrements, qu'un mariage qu'il avoit déclaré valide, ne l'étoit pas; et cet avis prévalut. Mais dans une autre assemblée de ce même clergé, que le cardinal convoqua à Mantes, en 1641, pour en obtenir un secours extraordinaire en raison des besoins extrêmes de l'état, les deux présidents et quelques évêques ayant opiné à ne pas accorder la somme entière qui étoit demandée, un commissaire du roi entra dans l'assemblée, et signifia aux opposants des lettres de cachet qui leur ordonnoient d'en sortir à l'instant même, et de se rendre incontinent dans leurs diocèses sans passer par Paris. On vota alors le subside tel que le ministre l'avoit réglé; et les orateurs du clergé admis à lui présenter leurs hommages, après avoir harangué le roi, épuisèrent pour le louer toutes les formules de l'adulation.
[79]: Pour lui plaire et réussir dans ce que l'on sollicitoit auprès de lui, il ne suffisoit point de se montrer dévoué au bien de l'état et de se dire le serviteur du roi, il falloit lui persuader que l'on étoit surtout son serviteur et entièrement dévoué à sa personne. C'étoit là ce que recommandoient par-dessus tout ses affidés à ceux à qui ils vouloient du bien.