[109]: Le président de Blancmesnil en vouloit au cardinal à cause de la disgrâce de l'évêque de Beauvais qu'il avoit supplanté; Longueil étoit piqué de ce qu'il ne pouvoit obtenir pour son frère une place de président, et pour lui-même celle de chancelier de la reine, qu'il sollicitoit; Viole épousoit la querelle de son ami Chavigny; Charton étoit un esprit turbulent et séditieux, qui détestoit les ministres par la seule raison qu'ils avoient le pouvoir. C'étoit, au reste, un homme très-médiocre. Il étoit connu par le sobriquet de président je dis ça, parce qu'il ouvroit et concluoit toujours ses avis par ces mots.

[110]: On assure que la cour auroit pu le gagner en donnant à son fils une compagnie aux gardes qu'il demandoit pour lui.

[111]: Le prince de Condé, son père, étoit mort le 26 décembre 1646.

[112]: Il avoue lui-même, dans ses mémoires, que depuis le 28 mars jusqu'au 25 août, il dépensa trente mille écus, qui faisoient alors une somme considérable, pour se créer des partisans. Il ajoute, qu'afin de s'attirer l'estime et la confiance du public, il voyoit souvent les curés de Paris, les invitoit à sa table, et les consultoit sur le gouvernement de son diocèse; montrant un grand zèle pour la décence du culte, la pompe des cérémonies, les saluts, les processions, assistant à tout, officiant souvent lui-même, et prêchant dans la cathédrale, les couvents et les paroisses. Sous ce rapport il est difficile de pousser plus loin le cynisme des aveux que ne le fait ce scandaleux prélat.

[113]: La voiture qui l'enlevoit fut arrêtée et brisée par la populace, malgré la garde nombreuse qui l'environnoit. Broussel, jeté dans un autre carrosse que l'on rencontra par hasard, fut sur le point d'en être arraché par cette multitude, qui s'attachoit sans cesse à ses traces. Ce second carrosse se rompit encore, et le prisonnier eût été enlevé, si Guitaut, capitaine des gardes de la reine, n'eût envoyé le sien, dans lequel on le força d'entrer, et qui parvint enfin à gagner un relais placé près des Tuileries.

[114]: Le coadjuteur dit, dans ses mémoires, qu'il n'eut pas beaucoup de peine à adoucir cette multitude, parce que l'heure du souper approchoit. «Cette circonstance, ajoute-t-il, paroîtra ridicule; mais elle est fondée, et j'ai observé qu'à Paris, dans les émotions populaires, les plus échauffés ne veulent pas ce qu'ils appellent se désheurer

[115]: On n'a jamais su précisément ce qui avoit été agité dans ce conseil; les uns disent qu'Anne d'Autriche vouloit casser tout ce qui avoit été fait dans le parlement, depuis les assemblées de la chambre de St. Louis; d'autres, qu'elle prétendoit casser le parlement lui-même, ou l'interdire et l'exiler. Il paroît certain du moins que tous ses desseins, quels qu'ils fussent, étoient violents.

[116]: Il s'étoit jeté dans un petit cabinet, où, livré aux plus mortelles angoisses, il se confessoit à son frère, et se préparoit à la mort. Le lieu paroissant extrêmement abandonné, les mutins se contentèrent de frapper plusieurs coups contre la cloison, et d'écouter s'ils n'entendroient pas quelque bruit. Ils allèrent ensuite visiter d'autres appartements.

[117]: Ses émissaires, et il en avoit une armée, répandoient partout que la reine avoit toujours le dessein d'assiéger Paris, et que les troupes qui devoient être employées à cette expédition, étoient déjà dans les environs; on assuroit que, parmi ces troupes, il y avoit des Flamands et des Suisses, qu'elle destinoit à faire une seconde St. Barthélemi; l'on faisoit en même temps circuler mystérieusement des prophéties qui annonçoient tous ces malheurs, et de plus, des maladies, des inondations, des fléaux de toute espèce, comme un juste châtiment du ciel, qu'attiroit aux peuples la corruption de son gouvernement; des colporteurs distribuoient sous le manteau, des libelles, des vers, des chansons, où la prévention d'Anne d'Autriche pour son ministre étoit présentée sous les couleurs les plus odieuses. Ainsi s'échauffoient les têtes, et plus peut-être que Gondi n'auroit voulu.

[118]: Les choses en vinrent au point que l'on osa lui manquer de respect dans les promenades publiques, faire retentir à ses oreilles les chansons faites contre elle, et la poursuivre dans les rues avec des huées.