[189]: Le prélat avoit été chargé lui-même de les arrêter; mais, n'ayant pu se résoudre à trahir à ce point l'amitié, il les fit avertir secrètement de sa commission, et leur laissa le temps de sortir de Paris. Gaston, à qui il eut la confiance de l'avouer quelques jours après, ne lui en sut aucun mauvais gré.

[190]: Cette proscription fut calquée sur celle de l'amiral Coligni. L'histoire du président de Thou ayant appris qu'elle avoit été portée à la somme de 50,000 écus, la tête de Mazarin fut mise au même prix; et il fut ordonné qu'on prélèveroit cette somme sur la vente de sa bibliothèque. Toutefois le peuple sembla ne point partager ici la passion violente de ses magistrats. L'arrêt fut tourné en ridicule, et Marigni fit afficher dans Paris une répartition des 150,000 livres; tant pour qui couperoit le nez au cardinal, tant pour une oreille, tant pour un œil, tant pour qui le feroit eunuque, etc.

[191]: Gondi reprochant un jour ces contradictions au procureur-général Talon: «Que voulez-vous, répondit celui-ci, nous ne savons plus ce que nous faisons; nous sommes hors des grandes règles.» Mot dont il ne sentoit pas lui-même toute la force: car il y avoit long-temps qu'on s'étoit mis en France hors des grandes règles d'une société chrétienne; et le despotisme du règne qui venoit de finir, et l'anarchie qui signaloit les commencements du nouveau règne, étoient des conséquences de ce long égarement.

[192]: Voy. pag. [268].

[193]: Le cérémonial romain défendoit aux cardinaux de se trouver à aucune cérémonie publique jusqu'à ce qu'ils eussent reçu le bonnet; d'ailleurs cette dignité ne donnant aucun rang dans le parlement que lorsqu'on y suivoit le roi, Retz n'auroit pu y siéger qu'en qualité de coadjuteur, et n'y avoit place qu'au-dessous des ducs et pairs, ce qui n'étoit pas compatible avec les prétentions des membres du sacré collége.

[194]: Lorsque cette armée, composée d'environ 12000 hommes, entra en France, il s'éleva un cri dans le parlement contre une alliance aussi manifeste avec les ennemis de l'état. Gaston soutint en pleine assemblée que ces troupes étoient allemandes et non espagnoles, et qu'elles étoient à sa solde: «Je voulus, dit Gondi, lui faire honte d'une manière de parler si contraire aux vérités les plus connues. Il répondit en se moquant de moi: Le monde veut être trompé.»

[195]: On lui représentoit qu'après tout ce qu'il avoit fait, après avoir traité avec Condé et avec les ennemis de l'état, outragé la reine et son ministre, il n'y avoit plus à délibérer. «Nous autres princes, disoit-il à Gondi, nous comptons les paroles pour rien; mais nous n'oublions jamais les actions. La reine ne se souviendroit pas demain à midi de toutes mes déclamations contre le cardinal, si je voulois le souffrir demain matin; mais si mes troupes tirent un coup de mousquet, elle ne me le pardonnera jamais.»

[196]: On lui avoit persuadé que, si elle rendoit quelque service important au prince de Condé, jamais il ne feroit la paix, qu'il n'y mît pour condition son mariage avec le roi. Elle partit de Paris habillée en amazone, et accompagnée de mesdames de Fiesque et de Fronténac, qu'on appeloit ses maréchales-de-camp. Son père, qui connoissoit le tour romanesque de son esprit, dit en la voyant partir: «Cette chevalière seroit bien ridicule, si le bon sens de mesdames de Fiesque et de Fronténac ne la soutenoit.»

[197]: «Un prétendu démenti, que M. de Beaufort prétendit, assez légèrement, avoir reçu, produisit, dit le coadjuteur, un prétendu soufflet que M. de Nemours ne reçut aussi, au dire de bien des gens, qu'en imagination. C'étoit au moins, ajoute-t-il, un de ces soufflets problématiques, dont il est parlé dans les petites lettres de Port-Royal.» Celui-ci fondit sur l'autre l'épée à la main, et l'on eut beaucoup de peine à les séparer. Toutefois les excuses et les larmes de Beaufort parurent l'apaiser; mais il garda de cette aventure un ressentiment profond, qui éclata peu de temps après, comme nous aurons bientôt occasion de le dire.

[198]: Cette attaque du pont de Gergeau avoit eu lieu pendant la marche de l'armée royale au-dessus d'Orléans; Turenne soutint, lui seizième, tout l'effort de quatre bataillons du régiment de l'Altesse, tandis que ses travailleurs élevoient derrière lui une barricade. Beaufort, qui commandoit cette attaque à l'insu de Nemours, et qui y fit marcher toute son armée, fut forcé de se retirer avec une très-grande perte. De là l'explication entre les deux beaux-frères, qui eut des suites si outrageantes et depuis si funestes.