Dans le douzième, on trouve cette église désignée sous le nom de Saint-Benoît, ainsi que l'aumônerie ou l'hôpital voisin, dans lequel se sont depuis établis les Mathurins. Cependant il ne faut pas que cette dénomination porte à croire, avec quelques historiens, qu'elle ait été autrefois une abbaye desservie par des religieux de Saint-Benoît. Il n'existe aucune preuve qu'il y ait jamais eu en cet endroit un monastère de Bénédictins; on n'y conservoit aucune relique de saint Benoît; sa fête n'y étoit pas même anciennement célébrée; et l'abbé Lebeuf[261] a prouvé jusqu'à l'évidence que le nom de Benoît n'étoit autre chose que celui de Dieu, Benedictus Deus. Dans nos anciens livres d'église et de prières, on lit la benoîte Trinité, et Dominica benedicta, l'office Saint-Benoît, l'autel Saint-Benoît, pour dire le dimanche de la Trinité, l'autel de la Trinité, etc. Ce n'est qu'au treizième siècle que l'on commença à accréditer cette fausse opinion qui fit regarder l'église de Saint-Benoît comme une ancienne abbaye de religieux de son ordre, et lui fit donner pour patron ce fameux abbé du Mont-Cassin.

Les historiens de Paris sont également peu d'accord sur l'époque où la chapelle de Saint-Benoît, devenue collégiale après la donation de Henri Ier, réunit à ce titre celui de paroisse, par l'admission d'un chapelain chargé d'administrer les sacrements. L'un d'eux a avancé que cette érection d'un curé n'eut lieu qu'en 1183. Jaillot prouve le contraire par une lettre d'Étienne, abbé de Sainte-Geneviève, au pape Luce III, mort en 1185, dans laquelle, parlant en faveur de Simon, chapelain de Saint-Benoît[262], il se plaint de ce qu'il est inquiété par quelques chanoines qui lui disputent certains droits contre l'usage ancien observé tant par lui que par ses prédécesseurs. Il est donc évident que, dès que le chapitre Notre-Dame fut en possession de l'église Saint-Benoît, il y fit exercer les fonctions curiales, peut-être pendant quelque temps par des chanoines qui se succédoient tour à tour, mais bientôt après par un prêtre ou chapelain, qui en fut spécialement chargé.

On ignore pourquoi le chevet de cette église, contre l'usage établi, étoit autrefois tourné à l'occident. Cette situation lui fit donner le nom de Saint-Benoît le bestournet, le bétourné, le bestorné[263], et ce nom, qui veut dire mal tourné, renversé (S. Benedictus malé versus) se trouve dans tous les actes du treizième siècle. Cette église ayant été en partie reconstruite sous le règne de François Ier, plusieurs de nos historiens ont prétendu que l'autel fut alors placé à l'orient, et que c'est à partir de cette époque qu'elle fut appelée Saint-Benoît le bien tourné; mais il est certain que cette dénomination est plus ancienne, sans qu'on puisse en déterminer positivement la cause; et plusieurs actes des quatorzième et quinzième siècles, cités par Jaillot et l'abbé Lebeuf, désignent déjà ce monument avec cette dernière épithète: Sanctus Benedictus benè versus.

Excepté les piliers du chœur au côté septentrional, qui paroissent être un reste des premières constructions, le portail et tout ce qu'il y a de plus ancien dans cette église ne passe pas le règne de François Ier. Le sanctuaire ne fut rebâti que vers la fin du dix-septième siècle (en 1680), et alors, pour accroître l'aile méridionale, on y renferma une rue qui communiquoit de la rue Saint-Jacques au cloître. Le reste de l'église fut, à cette époque, réparé sur les dessins et sous la conduite d'un architecte nommé Beausire. La balustrade de fer qui régnoit au pourtour du chœur, l'œuvre et le clocher furent faits dans le même temps. On prétend que les pilastres corinthiens qui décorent le rond-point ont été exécutés d'après les dessins de Perrault[264].

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-BENOÎT.

TABLEAUX.

Sur l'autel de la chapelle de la paroisse, une descente de croix; par Sébastien Bourdon.

Dans la chapelle des fonts, le baptême de N. S., par Hallé.

Deux autres tableaux peints sur bois, représentant saint Denis et saint Étienne; par un peintre inconnu.

Dans la chapelle de la Vierge, et sur les lambris, des peintures représentant la vie de cette sainte mère du Sauveur.