Dans le petit cimetière.

Nicolas Lefèvre, prêtre, sous-précepteur du roi d'Espagne Philippe V, des ducs de Bourgogne et de Berri, directeur des filles de Sainte-Anne, personnage d'une vertu éminente, mort en 1706.

L'ancien cloître de cette abbaye, qui tomboit en ruine, avoit été reconstruit à la moderne en 1744[282]. Il étoit soutenu d'un côté par des colonnes doriques; la porte d'entrée de la maison et le péristyle qui le précédoit, avoient été bâtis au commencement du même siècle, sur les dessins du père de Creil, religieux de cette communauté. Il étoit aussi l'auteur du grand escalier, que l'on admiroit pour la hardiesse de sa coupe. La galerie dite l'Oratoire, ornée de pilastres corinthiens, présentoit alternativement des figures de demi-relief en plomb doré, et des tableaux offrant divers sujets de la vie de la sainte Vierge.

La bibliothèque, qui n'existoit pas encore lorsque le cardinal de La Rochefoucauld fut nommé abbé commandataire de Sainte-Geneviève, étoit devenue, par degrés, l'une des plus considérables et des plus curieuses de Paris. Les PP. Fronteau et Lallemant, qu'on doit en regarder comme les fondateurs, y rassemblèrent en peu d'années sept à huit mille volumes. Le P. Dumolinet l'augmenta considérablement, et y ajouta un cabinet d'antiquités, composé en grande partie de ce qu'il y avoit de plus rare dans celui du fameux Peiresc. Enfin le legs que M. Le Tellier, archevêque de Reims, fit à cette maison de sa belle bibliothèque, et les acquisitions successives que l'on ne cessoit de faire, avoient tellement accru cette magnifique collection, qu'au commencement de la révolution on y comptoit environ quatre-vingt mille volumes et deux mille manuscrits. Elle étoit placée dans une galerie construite en forme de croix, et surmontée d'un dôme. Ce bâtiment, qui existe encore, a, dans la plus grande dimension, cinquante-trois toises de longueur. Les côtés de la croix sont inégaux, et c'étoit pour faire disparoître aux yeux cette irrégularité qu'on avoit peint sur le mur de l'un d'eux le morceau de perspective dont nous avons déjà parlé. Cette bibliothèque étoit alors ornée des bustes en marbre ou en plâtre de plusieurs hommes illustres. On y voyoit ceux de Colbert, de Louvois, du chancelier Le Tellier, de Jules Hardouin, Mansart, d'Arnauld, etc., exécutés par Girardon, Coisevox, Coustou, etc.

Le cabinet de curiosités, bâti en 1753, deux ans avant la bibliothèque, faisoit suite à ce monument. Il renfermoit une grande quantité de morceaux précieux d'histoire naturelle, des antiquités étrusques, grecques, égyptiennes, romaines; une collection de médailles anciennes et modernes, dont plusieurs parties étoient complètes, et qui jouissoit de la plus grande estime parmi les antiquaires, etc., etc.[283]

L'abbaye de Saint-Geneviève relevoit immédiatement du saint-siége; ses abbés portoient, depuis 1256, les ornements pontificaux, et leur autorité s'étendoit sur un grand nombre d'églises paroissiales dépendantes de cette abbaye; ils jouirent même pendant long-temps de tous les droits épiscopaux sur la paroisse de Saint-Étienne-du-Mont. On sait que, dans les grandes calamités publiques, on descendoit la châsse de la patronne de Paris pour la porter processionnellement à Notre-Dame; à cette procession[284] où assistoient les cours supérieures et tout le clergé de Paris, les religieux de Sainte-Geneviève marchoient pieds nus, prenant la droite sur le chapitre de l'église métropolitaine, comme leur abbé la prenoit en cette occasion sur l'archevêque de Paris.

Palais de Clovis.

Une ancienne tradition veut que Clovis ait fait bâtir un palais en même temps que la basilique de Saint-Pierre; et cette tradition, adoptée par une foule d'historiens de Paris, se trouve confirmée par le témoignage de l'auteur des annales manuscrites de Sainte-Geneviève, qui lui-même étoit membre de cette abbaye. Sauval va plus loin: il prétend que de son temps on a détruit la chambre de Clotilde; et peu d'années avant la révolution, on dit qu'il existoit encore un bâtiment appelé la chambre de Clovis. Cependant ces assertions vagues ne forment point un corps de preuves suffisantes pour persuader que Clovis eût fait bâtir un palais si proche des Thermes, qu'il habitoit, sans qu'il en restât aucun vestige ni dans les archives de Sainte-Geneviève ni dans les monuments que nous ont laissés les historiens du moyen âge. Entre plusieurs objections très-fortes qu'il seroit possible d'élever contre l'existence de ce monument, il en est une surtout qui nous semble décisive, et on la tire d'un passage de Grégoire de Tours, qui, rendant compte d'un concile[285], où il avoit lui-même assisté, et qui fut tenu en 577 dans la basilique de Saint-Pierre, dit que Chilpéric reçut les évêques, et leur offrit un repas dans un endroit construit à la hâte et couvert de feuillages: Stabat rex juxta tabernaculum ex ramis factum..... et erat ante scamnum pane desuper plenum, cum diversis ferculis. «Chilpéric, dit Jaillot, respectoit trop les évêques pour les recevoir dans une semblable tente s'il eût eu un palais dans le voisinage; et, s'il fit construire ce pavillon, ce ne fut que pour leur éviter la peine de venir jusqu'au palais des Thermes, quoique peu éloigné du lieu de leur assemblée.» Il n'y a donc rien de plus incertain que l'existence de ce palais de Clovis.

Chapelle de Saint-Michel et porte papale.

Il n'en est pas ainsi de la chapelle Saint-Michel: elle a réellement existé. C'étoit, comme nous l'avons déjà dit, l'usage d'en bâtir une dans les cimetières, sous le vocable de cet archange; et tout s'accorde à prouver que, dans les premiers siècles de notre monarchie, la montagne Sainte-Geneviève étoit un lieu destiné aux sépultures[286]. Cette chapelle fut vraisemblablement érigée peu de temps après la grande basilique, et aura eu le même sort lors de l'invasion des Normands. L'abbé Lebeuf[287] la place au-delà de la porte du monastère qui regardoit le sud-ouest; et les annales de Sainte-Geneviève que nous venons de citer disent qu'elle étoit située près la porte qui regardoit la campagne.