Sans nous déterminer pour l'un ou pour l'autre de ces deux situations, nous remarquerons que, dans la dernière, qui est le lieu que depuis on a nommé l'Estrapade, on voyoit encore au dix-septième siècle la place d'une porte qu'on appeloit la porte papale, et dont l'origine et le nom ont fort exercé la sagacité de nos antiquaires. Parmi ces opinions diverses, nous préférons encore celle de Jaillot, qui pense que cette porte fut ouverte à l'instar de ces portes dorées dont parle du Cange[288], et qu'elle le fut pour faire honneur au pape Eugène III, lorsqu'il vint à Sainte-Geneviève en 1147. On en ouvrit une semblable dans les murs de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, lorsqu'en 1163 le pape Alexandre III y vint faire la dédicace de l'église.
Bailliage de Sainte-Geneviève.
Les chanoines de Sainte-Geneviève, étant seigneurs d'une partie du quartier où étoit située leur abbaye, avoient un bailliage qui connoissoit de toutes causes, tant civiles que criminelles, dans l'étendue de son ressort, et dont les appels se relevoient au parlement. Il tenoit ses audiences dans une maison voisine de l'église.
ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT
Il n'y a rien de certain sur l'origine de cette paroisse, à laquelle on a successivement donné les noms de Notre-Dame, de Saint-Jean du Mont, et enfin de Saint-Étienne. Il paroît que, dans le principe, les fonctions curiales s'exerçoient dans l'église même de Sainte-Geneviève, pour le petit nombre de personnes qui habitoient alors les environs de l'abbaye. Lorsque, par les derniers traités faits avec les Normands, on se vit entièrement à l'abri de leurs incursions, le bourg de Sainte-Geneviève, abandonné en même temps que l'église, ne tarda pas à se repeupler; alors le service se fit dans la chapelle Notre-Dame[289], située dans la crypte ou église souterraine; ce qui dura jusqu'au règne de Philippe-Auguste. La clôture ordonnée par ce prince ayant engagé les Parisiens à construire des édifices dans les clos de vignes et sur les terrains incultes renfermés dans cette nouvelle enceinte, le nombre des habitants de la paroisse du Mont s'accrut à un tel point, qu'il devint absolument nécessaire de faire bâtir une nouvelle église paroissiale. L'abbé de Sainte-Geneviève et les chanoines abandonnèrent à cet effet un terrain contigu à leur église, sur lequel on construisit une chapelle destinée à servir de paroisse, mais qui faisoit tellement partie de l'église de l'abbaye, que l'on n'y entroit que par une porte percée dans le mur méridional, laquelle a subsisté jusque dans les derniers temps; et que les fonts baptismaux sont encore restés environ quatre cents ans dans la grande église. On ne sait pas précisément à quelle époque ni pour quelles raisons le nouvel édifice fut dédié sous le nom de Saint-Étienne. Jaillot prétend qu'il fut bâti ou du moins commencé du temps de l'abbé Galon, mort en 1223.
Ce fut cette grande augmentation d'habitants qui fit naître la contestation qui s'éleva entre les abbés de Sainte-Geneviève et l'évêque de Paris. Les premiers vouloient soustraire la paroisse du Mont à la dépendance de l'ordinaire, et l'évêque soutenoit la validité de sa juridiction. Ces débats, où intervint le pape Urbain III, furent terminés en 1202, par une transaction dans laquelle il fut convenu que l'abbé présenteroit à l'évêque les sujets qu'il destineroit à desservir les églises paroissiales dépendantes de son abbaye; accord que suivirent des concessions et des échanges qui parurent satisfaire également les deux parties contractantes[290].
Cette église subsista ainsi jusqu'en 1491, que le nombre toujours croissant des paroissiens détermina à y faire de nouvelles augmentations. L'abbé de Sainte-Geneviève céda à cet effet une portion de l'infirmerie qui se trouvoit au chevet de l'église; et si l'on en juge par le caractère de l'architecture, il ne paroît pas qu'il y soit rien resté de l'ancien bâtiment. Les constructions en furent commencées, du côté de l'orient, vers les premières années du règne de François Ier. En 1538, l'église fut augmentée des chapelles et de l'aile de la nef du côté de Sainte-Geneviève. On bâtit, en 1606, la chapelle de la communion et les charniers. Enfin le grand et le petit portail, dont la reine Marguerite de Valois posa la première pierre en 1610, ne furent achevés que sept ans après, ce qui paroît prouvé par les deux inscriptions qui y étoient gravées, lesquelles portoient la date de 1617.
L'architecture de Saint-Étienne-du-Mont a joui d'une grande réputation. La coupe extraordinaire et aussi adroite que hardie de son jubé et des deux escaliers qui y conduisent y attiroit les curieux. Ces escaliers sont à jour, et l'on voit le dessous des marches tournant autour d'une colonne, et portées en l'air par encorbellement. Les voûtes, non moins remarquables, sont ornées de tout ce que l'art de la coupe des pierres peut offrir de plus recherché. On admiroit aussi la sculpture de la frise du portique, qui, bien qu'un peu confuse, tient cependant du style antique et des riches ornements de l'architecture romaine[291].
Cette église possédoit en outre de précieux monuments des arts, et renfermoit d'illustres sépultures.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT.