Le cimetière, l'infirmerie et l'un des dortoirs de cette maison étoient situés au-delà de l'enceinte de Philippe-Auguste. Louis X, quelques-uns disent Philippe-le-Long, voulant accroître le terrein qu'ils possédoient déjà, leur donna toute la partie du mur qui régnoit le long de leur couvent, et les deux tours qui se trouvoient dans cet espace, concession qui leur procura la facilité d'étendre de ce côté leurs bâtiments; mais lorsqu'en 1358 on eut pris la résolution de creuser un fossé autour de l'enceinte méridionale, ce fut une nécessité d'abattre ces nouvelles constructions. Alors, pour indemniser les Jacobins de cette perte, Charles V acheta des religieux de Bourgmoyen, près de Blois, la maison et les jardins qu'ils possédoient à Paris, et les donna aux Jacobins, francs et quittes de toutes redevances. Il paroît que cette maison occupoit une grande partie du terrain dont se composa depuis le jardin de ces Pères. Quant aux jardins des religieux de Bourgmoyen, ils sont aujourd'hui couverts des maisons qui forment les rues Saint-Dominique et Saint-Thomas, comme nous aurons occasion de le dire en parlant du quartier du Luxembourg.

Les Jacobins obtinrent encore de Louis XII l'ancien parloir aux Bourgeois[312], et une ruelle qui régnoit le long du mur de la ville. On voit dans les registres de la ville que, «le 5 août suivant, la ville s'opposa à cette concession, attendu, dit-elle, que c'est son propre héritage, et qu'il y a une tour hors les murailles qui pourroit nuire à la ville si lesdits frères en étoient possesseurs, étant deux cents religieux de toutes nations.» Il ne paroît pas que cette réclamation ait empêché l'effet de la donation.

Le cloître de ces religieux fut reconstruit, en 1556, des libéralités d'un riche bourgeois nommé Hennequin. En l'an 1563, ils firent rebâtir leurs écoles, qui tomboient en ruines, au moyen des aumônes que leur procura un jubilé que le pape Pie IV leur avoit accordé à cette intention.

L'enceinte de ce couvent renfermoit un assez grand terrain; mais les bâtiments, presque tous d'un gothique très-grossier, et la plupart sans symétrie, n'avoient rien qui méritât d'être remarqué. Il en étoit de même de l'église, dont le vaisseau étoit vaste, mais sans proportion et sans régularité. Elle étoit partagée en deux dans toute sa longueur, comme celle que l'ordre possédoit à Toulouse.

Ce qui méritoit d'attirer l'attention, c'étoit le nombre considérable d'illustres personnages qui avoient été inhumés dans cette église, ou dont on y avoit déposé le cœur ou les entrailles. On y comptoit non-seulement les plus grands noms de la France, mais encore des princes du sang, des rois et des reines, entre autres les trois chefs des branches royales de Valois, d'Évreux et de Bourbon. Du reste elle étoit peu riche en tableaux et autres monuments des arts.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES JACOBINS.

TABLEAUX.

Sur le maître autel, un très-beau tableau qui leur fut donné par le cardinal Mazarin, représentant la naissance de la Vierge, et attribué par les uns à Sébastien del Piombo, par d'autres, au Valentin[313]. La décoration de cet autel, enrichi de colonnes en marbre d'ordre corinthien, étoit également due aux libéralités de ce ministre.

Dans l'église, une Descente de croix, d'une belle exécution, sans nom d'auteur.

Au-dessus de la chaire, un saint Thomas prêchant; par Élisabeth Chéron.