Communauté de Sainte-Anne-la-Royale.
Au dix-septième siècle il y avoit dans la rue des Postes un autre monastère que Sauval a confondu avec celui des Bénédictines de la Présentation; c'étoient les Augustines qui s'y étoient établies, en 1640, sous le titre de Sainte-Anne-la-Royale, titre qu'elles avoient pris en reconnoissance des bienfaits d'Anne d'Autriche, à qui elles devoient la maison qu'elles occupoient dans cette rue, et dans laquelle ces filles sont restées jusqu'en 1680. Alors, faute de revenus et de moyens suffisants pour se maintenir, elles furent obligées de la céder à leurs créanciers, et de se disperser dans d'autres communautés. Cette maison fut adjugée au sieur de Sainte-Foi, par décret du 19 mars 1689.
LES RELIGIEUSES URSULINES.
L'éducation des jeunes filles, si importante chez les nations chrétiennes où les femmes jouissent d'une si grande influence dans la société, fut long-temps très-imparfaite parmi nous; et l'on peut dire même qu'avant l'établissement de l'ordre des Ursulines, on n'avoit point conçu sur un si grand objet un système complet et régulier. Cet ordre fut institué dans l'année 1537 par la B. Angèle, qui habitoit la ville de Bresse en Lombardie. Ce ne fut dans le principe qu'une congrégation de filles et de femmes qui se vouoient à la pratique de toutes les vertus chrétiennes, et s'occupoient spécialement de l'instruction des jeunes personnes de leur sexe. Cet institut fut confirmé en 1544, par Paul III, sous le nom de Compagnie de Sainte-Ursule, et Grégoire XIII l'approuva de nouveau en 1572. Ces filles vivoient alors séparément dans leurs maisons; mais dans la suite plusieurs se réunirent, pratiquant la vie commune, sans toutefois faire de vœux ni garder de clôture. Elles ne tardèrent pas à s'introduire en France; et Françoise de Bermont, l'une d'entre elles, avec la permission de Clément VIII, établit, en 1594, une congrégation d'Ursulines à Aix en Provence, où leur réputation s'accrut encore et contribua à augmenter le nombre de leurs maisons. Il arriva que, peu de temps après, mademoiselle Acarie, ayant formé le projet de créer à Paris un couvent de Carmélites réformées, et n'ayant pu le mettre à exécution, conçut le dessein, plus utile peut-être, d'employer les personnes qu'elle avoit rassemblées, à l'instruction gratuite des jeunes filles. Madame l'Huillier, veuve de M. Leroux de Sainte-Beuve, voulut coopérer à cette œuvre charitable, se déclara fondatrice du nouvel établissement, et logea ces filles, en 1608, dans une maison qu'elle avoit louée au faubourg Saint-Jacques. Françoise de Bermont fut alors appelée par elle de son monastère de Provence, et vint à Paris avec une de ses compagnes pour conduire la nouvelle communauté et lui donner la règle qu'elle observoit.
L'ordre qu'elle y établit fit sentir à la fondatrice que son institut deviendroit d'une utilité bien plus grande, si ces filles consentoient à être de véritables religieuses, et joignoient aux vœux ordinaires celui de se consacrer à l'instruction des personnes de leur sexe. Les ayant trouvées toutes dans des dispositions favorables à ses vues, elle acheta quelques vieux bâtiments dans le faubourg Saint-Jacques, et une grande place vide, faisant partie du clos de Poteries, lequel s'étendoit jusqu'au cul-de-sac de la rue des Postes, et jusqu'à la rue de Paradis. Les lieux réguliers y furent construits en peu de temps; on célébra la première messe dans la chapelle le 29 septembre 1610, et les Ursulines en prirent possession le 11 octobre suivant. L'année d'après, le roi autorisa cet établissement par un simple brevet; mais dès que la fondation en eut été consolidée par l'engagement que prit madame de Sainte-Beuve de payer 2,000 livres de rente pour l'entretien de douze religieuses, on eut recours aux deux puissances pour en assurer la stabilité. Le roi accorda des lettres-patentes, enregistrées le 12 septembre 1612, et le pape Paul V permit, dans la même année, d'ériger cette communauté en corps de religion, sous le titre de Sainte-Ursule, et sous la règle réformée de Saint-Augustin.
Dès que l'on eut obtenu la bulle qui faisoit de la communauté des Ursulines une maison religieuse et régulière, on pria l'abbesse de Saint-Étienne de Soissons de se transporter à Paris avec quelques-unes de ses compagnes, pour former aux exercices du cloître les personnes qui voudroient embrasser le nouvel institut. Elle arriva dans cette ville le 11 juillet 1612 avec quatre religieuses, et quatre mois après, le jour de Saint-Martin, elle donna l'habit à douze novices. Leur nombre s'étant en très-peu de temps considérablement augmenté, la fondatrice fit jeter les fondements d'une nouvelle église, dont la première pierre fut posée par la reine Anne d'Autriche le 22 juin 1620; elle fut achevée en 1627, et a subsisté jusque dans les derniers temps de la monarchie.
Cette maison a été le berceau ou le modèle de toutes celles qui se sont établies depuis dans les diverses provinces du royaume et dans les autres états de l'Europe. L'ordre entier étoit divisé en onze provinces, et celle de Paris contenoit quatorze monastères. Les services éminents qu'il rendoit, services dont l'utilité étoit généralement sentie, avoient fait multiplier ses établissements au point qu'on en comptoit plus de trois cents dans l'étendue de la France[349].
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, décoré d'un très-riche tabernacle, l'Annonciation; par Van Mol, élève de Rubens.