Dans le même cul-de-sac, et presque vis-à-vis la maison des Orphelines, étoit une pension pour les femmes ou filles tombées en démence, à laquelle on avoit donné le titre de communauté de Saint-Siméon-Salus. On y avoit ménagé une petite chapelle sous l'invocation de ce saint, qui cacha, par un excès d'humilité, de grandes vertus sous les apparences de la folie et de l'extravagance. Elle fut construite en 1696. Les malades qu'on y renfermoit étoient traités avec un soin extrême, et tous les moyens possibles étoient employés pour procurer leur guérison.
LES FILLES SAINTE-PERPÉTUE.
Cette communauté de filles, qui a cessé de subsister environ vingt ans avant la révolution, habitoit une maison située dans la rue de la Vieille-Estrapade. Elles devoient leur établissement au zèle de la demoiselle Grivot, qui les avoit instituées en 1688, et placées rue Neuve-Saint-Étienne[344]. L'objet de leur institut étoit d'instruire les jeunes filles et de leur apprendre, avec les principes de la religion, tous les travaux convenables à leur sexe. M. de Noailles, qui protégeoit spécialement cet établissement, à cause de son utilité, transféra les filles Sainte-Perpétue dans la maison que la communauté de Saint-François-de-Sales venoit d'abandonner, pour aller habiter la place du Puits-de-l'Ermite. Elles la tinrent à loyer jusqu'au moment de leur suppression, dont nous ignorons les causes. À l'exception de Jaillot, aucun historien moderne n'a fait mention de cette communauté.
LES RELIGIEUSES DE LA PRÉSENTATION NOTRE-DAME.
Sauval et ceux qui l'ont suivi ont parlé fort inexactement de ce prieuré perpétuel de Bénédictines mitigées[345]. Voici les faits tels qu'ils ont été rétablis par Jaillot: «Quelques religieuses de cet ordre avoient tenté de former un établissement à Paris sans avoir pu obtenir la permission, lorsque madame Marie Courtin, veuve du sieur Billard de Carouge, voulant favoriser sa nièce, religieuse de l'abbaye d'Arcisse, forma le projet de fonder dans cette capitale un couvent de cet ordre, dont cette religieuse eût été prieure perpétuelle. Elle proposa en conséquence aux Bénédictines dont nous avons déjà parlé, de se réunir à cette nièce, nommée Catherine Bachelier, et lui fit, en conséquence de cette réunion, une donation entre-vifs de 900 livres de rente, dont celle-ci devoit jouir conjointement avec sa petite communauté. Le contrat fut passé en 1649; et, en conséquence de cette donation, Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, permit à ces religieuses de s'établir dans une maison qu'elles avoient déjà louée rue des Postes, sous la condition qu'après la mort de la sœur Bachelier, leur prieure seroit triennale. La division se mit bientôt entre elles; l'archevêque fut obligé de les séparer dès l'année suivante, et permit à la sœur Bachelier de s'établir ailleurs. Elle se plaça dans la rue d'Orléans, au faubourg Saint-Marcel, avec une compagne qu'elle avoit amenée d'Arcisse; et madame de Carouge ayant bien voulu élever jusqu'à la somme de 2,000 livres la rente qu'elle lui avoit accordée, cette religieuse se vit en état de demander la confirmation de son établissement, ce qui lui fut accordé par des lettres patentes de 1656.
Cette communauté s'étant assez rapidement augmentée, et les lieux qu'elle occupoit se trouvant trop resserrés, elle acheta, en 1671, une maison et un jardin d'environ deux arpents dans la rue des Postes, où elle avoit pris son origine. Cette maison leur fut cédée par M. Olivier, greffier civil et criminel de la cour des aides, moyennant une rente de 615 livres, et sous la condition qu'on recevroit dans la communauté une fille pour être religieuse de chœur, laquelle ne paieroit que 200 livres de rente. Il s'en réserva la nomination, sa vie durant, et après lui à ses enfants seulement, à l'exclusion de leurs descendants[346].
LES RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME DE CHARITÉ, DITES LES FILLES DE SAINT-MICHEL.
À l'exception de Jaillot, aucun de nos historiens n'a fait mention de cette communauté. Elle fut instituée par le P. Eudes, de l'Oratoire, dont nous aurons bientôt occasion de parler. Son zèle, qui avoit déjà éclaté dans une utile et pieuse fondation, voulut se signaler de nouveau en rassemblant dans un asile commun quelques-unes de ces malheureuses victimes que la misère ou la séduction précipite dans le libertinage, et que le repentir seul ne pourroit en arracher, si la charité ne venoit à leur secours, et ne leur procuroit les ressources indispensables pour se maintenir dans ces salutaires dispositions. Il jugea nécessaire de leur faire garder la clôture, et confia le soin de leur conduite à des personnes pieuses, et qu'il crut douées d'assez de discernement pour s'acquitter dignement d'une tâche aussi difficile.
Cet établissement fut commencé à Caen le 25 novembre 1641. Mais le P. Eudes eut bientôt acquis la conviction qu'il ne pourroit atteindre complétement le but qu'il s'étoit proposé, qu'en le faisant diriger par des religieuses qui se consacreroient spécialement à cette œuvre de charité. Il sollicita donc et obtint, en 1642, des lettres-patentes par lesquelles il lui fut permis de rassembler à Caen une communauté de religieuses qui feroient profession de la règle de saint Augustin, et dont l'occupation particulière seroit d'instruire les filles pénitentes qui voudroient se mettre sous leur conduite. Le P. Eudes choisit les religieuses de la Visitation pour former les sujets de ce nouvel institut: il rédigea les statuts et les règlements que devoient observer les religieuses pénitentes, et voulut que, quoique logées dans le même monastère, elles fussent séparées de celles qui les dirigeoient, surtout qu'elles ne pussent jamais être reçues à faire profession, quelque solide que pût être leur conversion, accordant toutefois, dans le cas d'une vocation décidée, qu'on leur procurât des facilités pour entrer dans d'autres couvents. À l'égard de celles qui n'étoient point appelées au cloître, elles devoient être rendues à leurs parents, ou placées avantageusement, après avoir été suffisamment instruites. M. Leroux de Langrie, président au parlement de Normandie, se déclara fondateur de l'établissement; il fut approuvé, en 1666, par le pape Alexandre VII, et se répandit bientôt en Bretagne, où il se forma successivement trois maisons. Ce fut du monastère de Guingamp qu'on fit venir quelques-unes de ces religieuses pour diriger la maison des Filles de la Magdeleine, dont nous avons déjà parlé[347]. M. le cardinal de Noailles, touché du zèle que ces saintes filles mirent dans l'exercice de ces pénibles fonctions, frappé du talent particulier qu'elles avoient pour conduire ce troupeau encore indocile; convaincu d'ailleurs de la triste nécessité de multiplier de semblables asiles dans une aussi grande ville que Paris, résolut de leur procurer un second établissement dans cette capitale. S'étant associé, pour cette œuvre pieuse, une charitable personne (mademoiselle Marie-Thérèse Le Petit de Vernon de Chausserais), ils achetèrent conjointement, le 3 avril 1724, une grande maison et un jardin dans la rue des Postes; et la même année ces filles y furent établies. Ce prélat leur obtint en même temps des lettres-patentes qui furent confirmées en 1741 et en 1764. Leur chapelle fut bénite sous le nom de saint Michel.
Conformément à leur institut, les filles pénitentes qui s'y présentoient volontairement, ou qu'on y renfermoit en vertu d'ordres supérieurs, étoient logées dans des bâtiments séparés de ceux des religieuses, et il y en avoit d'autres destinés aux jeunes demoiselles dont on leur confioit l'éducation[348].