Cet hospice, destiné à recevoir des malades, avoit été construit, peu d'années avant la révolution, par les soins de M. Cochin, curé de la paroisse Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Il contenoit dix-huit lits pour les femmes et seize pour les hommes. Les sœurs de la Charité, qui en avoient la direction, y recevoient en outre des pensionnaires infirmes, lesquels pouvoient être admis dans cette maison au nombre de vingt à vingt-cinq.

Ce petit édifice, qui existe encore, construit sur les dessins de M. Vieilh, architecte, se compose d'un corps de logis et de deux pavillons en retour. Le milieu est occupé par un portail orné de deux colonnes doriques, avec attique et fronton. Toute cette composition est de bon goût, et réunit la simplicité à l'élégance[379].

L'OBSERVATOIRE ROYAL.

L'observatoire est un des monuments qui attestent avec le plus d'éclat le goût de Louis XIV pour tout ce qui, dans les sciences et les arts, avoit de la grandeur et de l'utilité. Parmi les savants et les grands artistes en tous genres que ses caresses et ses libéralités alloient chercher dans toutes les parties de l'Europe, le célèbre Jean-Dominique Cassini, le premier astronome de son temps, fut un de ceux qu'il désira le plus d'attirer dans ses états. En même temps qu'il faisoit négocier auprès de lui pour le déterminer à quitter l'Italie, ce prince ordonna que l'on choisît un lieu propre à la construction d'un édifice où l'on pût commodément faire toutes les observations astronomiques. Claude Perrault donna les dessins, et dirigea les travaux de ce monument, dont les fondations furent posées au mois d'août 1667, et qui fut achevé en 1672. Sa construction est faite avec un très-grand soin, et avec ce luxe d'appareil que l'on remarque au péristyle du Louvre, bâti par le même architecte.

L'échelle de ce bâtiment est grande, et son aspect imposant: la simplicité de son ordonnance et des membres d'architecture qui en forment les détails, les dimensions élevées de ses murs et de ses ouvertures, tout annonce un édifice public du premier ordre sur un terrain néanmoins assez resserré.

La masse principale du plan est un carré auquel on a ajouté des tours octogones sur deux angles, et un avant-corps sur une des faces. Ce carré est disposé de manière que les deux faces latérales sont exactement parallèles, et les deux autres perpendiculaires au méridien, qui en fait l'axe, et qui est tracé sur le plancher d'une grande salle au centre de l'édifice. Cette disposition parut heureuse pour un monument destiné à l'astronomie; mais la suite ne confirma pas cette opinion qu'on en avoit d'abord conçue. Les bâtiments même n'étoient pas encore totalement achevés, que déjà plusieurs astronomes avoient remarqué de graves défauts dans leur construction. Le ministre Colbert, qui, dit-on, en fut averti, chargea Cassini, qui venoit d'arriver de Bologne, de s'entendre avec l'architecte pour en diriger l'exécution de la manière la plus favorable aux travaux astronomiques; mais, soit qu'il fût arrivé trop tard, soit que Perrault montrât de la répugnance à modifier son projet, le bâtiment se continua, et fut achevé sur les mêmes dessins[380].

Les fondations furent difficiles à établir, à cause de la profondeur des carrières sur lesquelles on vouloit les asseoir; et ce ne fut qu'en les comblant de massifs considérables que l'on parvint à donner à ce monument l'extrême solidité, qui en est une des qualités les plus remarquables. Sa construction est toute en pierres posées par assises réglées, et qui règnent au pourtour de l'édifice; on n'y a employé ni fer ni bois: tous les planchers, tous les escaliers y sont voûtés en pierres, et appareillés avec le soin le plus recherché. Une plate-forme couvroit originairement tout l'édifice, et permettoit d'en parcourir le sommet; mais les eaux ayant pénétré la terrasse et endommagé les voûtes, il fallut refaire en entier la couverture, pour empêcher la dégradation totale du monument, ce qui fut exécuté en 1787. Cette couverture est maintenant divisée en plusieurs parties de comble, et entourée d'un mur d'appui. De là on peut contempler la voûte du ciel dans toute l'étendue de l'horizon.

Six pièces, de formes différentes, composent la distribution intérieure, et ont leurs ouvertures exposées aux différents points du ciel. Cependant, malgré les pompeux éloges donnés à ce monument par la plupart de nos historiens, on est forcé de l'avouer, sous le rapport de convenance, aucun édifice n'étoit moins propre à sa destination. Il a fallu construire en dehors, et attenant à ce bâtiment colossal, ainsi que sur la plate-forme, de petits cabinets pour y placer les instruments destinés aux travaux habituels des physiciens et des astronomes. Tout ce faîte extérieur ne contenoit pas une seule petite pièce commode où l'on pût faire sûrement et tranquillement une série d'observations; et ce n'est guère que depuis quelques années qu'on a su en rendre l'intérieur habitable, et même le pourvoir de tous instruments nécessaires pour les travaux des astronomes.

Cassini avoit fait tracer sur le plancher de l'une des tours un planisphère terrestre de vingt-sept pieds de diamètre: depuis long-temps on ne l'y voit plus. On avoit aussi pratiqué dans toutes les voûtes, au centre du bâtiment, des ouvertures de trois pieds de diamètre, et correspondant entre elles depuis la couverture jusqu'au fond des caves souterraines pratiquées sous l'édifice; la première intention étoit de s'en servir pour des observations astronomiques; mais on y a éprouvé des difficultés qui ont forcé d'y renoncer: elles n'ont été utiles qu'à mesurer les degrés d'accélération de la chute des corps, et à faire la vérification des grands baromètres.

Ces ouvertures pénètrent jusqu'au fond de ces caves au travers d'un escalier fait en vis, et composé de trois cent soixante marches, ce qui forme en tout, depuis le sommet, un puits de vingt-huit toises de profondeur. Ces caves servent à faire des expériences sur les congélations et les réfrigérations, à déterminer les divers degrés de l'humidité, du sec, du chaud, du froid. Elles s'étendent fort au loin dans les carrières voisines, et ont des parties où l'eau se pétrifie. Plus de cinquante rues percées dans des carrières y forment une espèce de labyrinthe. Partie de ces caves est revêtue de maçonnerie, d'autres sont simplement taillées dans le tuf.