Sans perdre de temps à discuter divers petits faits relatifs à la fondation de ce collége, et sur lesquels nos historiens ne sont pas d'accord, nous dirons simplement que l'institut des Jésuites, auquel on en doit l'établissement, ayant été approuvé, en 1540 et 1549, par deux bulles de Paul III, S. Ignace de Loyola, fondateur de la Société de Jésus, envoya sur-le-champ quelques-uns de ses disciples à Paris. Plusieurs personnes prétendent que, dès 1540, ils demeuroient au collége du Trésorier, et en 1542 à celui des Lombards. La première de ces deux assertions paroît dépouillée de preuves; quant au collége des Lombards, ils ne tardèrent pas à le quitter pour aller loger dans l'hôtel de Clermont, qui appartenoit au cardinal du Prat. Cette Éminence mit à les servir un vif intérêt, leur procura, avec le logement, une honnête subsistance, et, ce qui n'étoit pas moins important pour eux, la protection du cardinal de Lorraine. Ce fut par les soins de celui-ci qu'ils obtinrent, en 1551, des lettres-patentes par lesquelles Henri II permettoit leur établissement, mais à Paris seulement. Les oppositions de l'évêque, du parlement et de l'université suspendirent l'effet de cette faveur; soutenus par les Guises, qui gouvernoient entièrement Catherine de Médicis et son fils François II, les Jésuites se voyoient sur le point de triompher de ces obstacles, lorsque la mort du jeune monarque vint leur susciter des obstacles nouveaux. Malgré les différentes lettres de jussion adressées au parlement par Charles IX, la cour jugea qu'avant de les vérifier il étoit à propos de renvoyer les Jésuites devant l'assemblée générale du clergé, qui se tint à Poissi en 1561, pour y faire approuver leur institut. C'est là qu'ils furent enfin admis en France sous certaines conditions, à titre de société et de collége; et comme le parlement ne consentit à l'enregistrement qu'en 1562, c'est cette dernière date qu'on peut regarder comme celle du véritable établissement légal des Jésuites à Paris; celui de leur collége est encore postérieur, quoique Dubreul et ceux qui l'ont suivi en marquent l'institution en 1550.
Le projet du cardinal du Prat avoit toujours été de procurer à ces pères un collége à Paris; et ce fut dans cette intention qu'à sa mort, arrivée en 1560, il leur laissa plusieurs legs considérables, indépendamment des donations qu'il leur avoit déjà faites. Dès qu'ils en eurent obtenu la possession, jaloux de remplir l'intention du fondateur, ils cherchèrent un emplacement convenable, et achetèrent en 1563 un grand hôtel situé dans la rue Saint-Jacques, et connu sous le nom de la cour de Langres[406]. Cette acquisition fut amortie en 1564. Alors, munis de la simple permission du recteur de l'Université, et des lettres de scolarité qu'il leur fit expédier la même année, ils commencèrent à ouvrir leurs cours, et donnèrent à leur maison le nom de collége de Clermont de la Société de Jésus. Mais à peine avoient-ils commencé à professer qu'un nouveau recteur leur défendit l'exercice des classes, défense contre laquelle ils crurent devoir s'élever, et qui les jeta dans de nouveaux embarras et dans d'interminables contestations. Heureusement pour eux la cause fut appointée; et ces pères, en attendant la décision, se trouvèrent autorisés à continuer les leçons publiques qu'ils avoient commencées. Les talents supérieurs et la célébrité des professeurs qu'ils employoient attirèrent bientôt dans leur collége un si grand nombre d'écoliers, tant externes que pensionnaires, qu'il fallut penser à en augmenter les bâtiments. Les Jésuites achetèrent à cet effet plusieurs maisons voisines en 1578 et 1582. Ils firent, dans cette dernière année, construire une chapelle, dont la première pierre fut posée par Henri III. Tous ces édifices furent reconstruits en 1628.
Ce collége s'est successivement agrandi par l'acquisition d'une ruelle et de quelques autres maisons, mais principalement par celle du collége de Marmoutier, dont nous avons déjà parlé, et du collége du Mans, dont ils ne prirent possession qu'en 1682, cinquante-sept ans après le marché qu'ils en avoient fait. Ils y furent autorisés par un arrêt du conseil de cette même année. Louis XIV, qui confirma cette acquisition par ses lettres-patentes, voulut en payer le prix de ses propres deniers[407]; et, pour mettre le comble à ses bienfaits, il leur fit expédier des lettres nouvelles, par lesquelles il déclaroit le collége des jésuites de fondation royale. Même avant cette dernière faveur, ces pères avoient déjà ôté l'inscription placée sur leur porte principale, Collegium Claromontanum Societatis Jesu, pour y substituer celle de Collegium Ludovici Magni.
Les jésuites continuèrent de professer dans ce collége, rivalisant de zèle et de succès avec les plus célèbres institutions de l'Université, jusqu'en 1763, époque de la destruction de leur ordre, événement qui fut si fatal à la France et à toute la chrétienté. Alors les bâtiments qu'ils avoient occupés furent donnés à l'Université par lettres-patentes de la même année, pour y tenir ses assemblées et former un collége général, auquel ont été réunis les boursiers de tous les colléges où il n'y avoit pas plein et entier exercice[408].
Le temporel de ce collége étoit régi par une administration dont les membres, nommés par le roi, avoient pour président le grand-aumônier[409].
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, trois tableaux, représentant, l'un, Jésus-Christ au milieu des docteurs; les deux autres, saint Charlemagne et saint Louis; par Restout.
Collége des Cholets (rue des Cholets).
Nos historiens, qui varient beaucoup entre eux sur la date de la fondation de ce collége, s'accordent tous à dire que le cardinal Jean Cholet, légat en France, avoit légué, par son testament, en 1289, une somme de 6000 liv., pour fournir aux frais de la croisade publiée contre Pierre d'Aragon; qu'étant mort le 2 août 1292, et la guerre étant terminée, ses exécuteurs testamentaires employèrent cette somme à l'établissement d'un collége. Il est assez difficile de croire qu'en 1289 Jean Cholet ait destiné une somme quelconque au succès d'une expédition contre un prince qui étoit mort quatre ans avant la date de ce testament; quoi qu'il en soit, une partie de ses biens fut effectivement employée à cette fondation. Jean de Bulles, archidiacre du Grand-Caux dans l'église de Rouen, et l'un des exécuteurs du testament de cette Éminence, offrit la maison où il demeuroit, vis-à-vis la chapelle Saint-Symphorien, et même en céda gratuitement la moitié, ce qui lui mérita d'être considéré comme second fondateur de ce collége. Il faut, suivant Jaillot, fixer cet événement à l'année 1291. On joignit bientôt à cette première acquisition celle d'une maison voisine, et les droits d'indemnité en furent payés à l'abbaye Sainte-Geneviève en 1295, seconde date qui a induit en erreur le plus grand nombre de ceux qui ont parlé de cette fondation.
Ce collége avoit été fondé seulement pour seize boursiers théologiens; mais les exécuteurs testamentaires étant morts, le cardinal Le Moine, qui leur fut substitué, confirma les statuts, ajouta quatre boursiers dont l'emploi étoit de célébrer l'office divin, et fit acheter une maison adjacente pour y placer vingt boursiers grammairiens. Tous ces boursiers devoient être pris dans les diocèses d'Amiens et de Beauvais.