Quoique le cardinal eût nommé quatre chapelains, cependant il n'y avoit point de chapelle dans ce collége, et l'office se faisoit dans celle de Saint-Symphorien. Ce fut seulement en 1504 que, du consentement de l'évêque et de l'abbé de Sainte-Geneviève, on en fit bâtir une qui fut dédiée sous l'invocation de sainte Cécile, en mémoire du fondateur, cardinal, prêtre du titre de sainte Cécile. Le collége des Cholets, qui étoit sans exercice, fut réuni, en 1763, à celui de l'Université[410].

Collége et communauté de Sainte-Barbe (rue de Reims).

Ce sont deux établissements différents formés dans le même lieu, mais dans des temps divers. Plusieurs de nos historiens se sont trompés sur la date de la fondation du collége, qu'ils font moins ancienne qu'elle ne l'est de plus de cent ans. L'abbé Lebeuf, qui la place avec raison en 1430, prétend que ce collége n'entra en plein exercice que vers 1500. Cependant, si l'on en croit D. Félibien[411], Jean Hubert, docteur en droit canon, qui le fonda sur un emplacement pris à cens de l'abbaye Sainte-Geneviève[412], y plaça dès le principe des professeurs amovibles: on en a compté jusqu'à quatorze, dont neuf enseignoient les humanités, quatre la philosophie, et un la langue grecque. Toutefois on ne trouve point qu'il eût de dotation dès son origine; et on le considéroit moins alors comme un collége proprement dit que comme une maison louée par des professeurs qui donnoient des leçons générales dans les salles, et recevoient dans les chambres quelques élèves auxquels ils accordoient des soins particuliers. Cet établissement portoit dès-lors le nom de Sainte-Barbe.

Il arriva, en 1556, que Robert Dugast, aussi docteur régent en droit canon, ayant acquis les quatre cinquièmes de cette maison, forma le projet d'y établir un collége régulier. Par l'acte de cette fondation, daté de cette même année, il institua un principal, un chapelain et un procureur, tous les trois prêtres ou sur le point de l'être, et qui devoient être des diocèses d'Évreux, de Rouen, de Paris ou d'Autun. La nomination des boursiers, qui étoient au nombre de quatre, fut réservée au plus ancien conseiller-clerc du parlement, au chancelier de l'église et université de Paris, et au doyen des professeurs en droit. Les biens qu'il affecta à cet établissement furent amortis par des lettres de Henri II, données dans la même année 1556.

Il paroît certain qu'il y eut dans ce collége un plein exercice, lequel y subsista jusqu'à ces temps malheureux de nos guerres de religion, où tant d'institutions furent altérées ou détruites. Il fut alors interrompu, et les leçons n'y ont jamais été rétablies. La mauvaise situation des affaires de ce collége le força même, dans le siècle suivant, de vendre à l'Université une partie de son emplacement, pour acquitter les dettes qu'il avoit contractées. Par cet acte, qui est de 1687, cette compagnie s'engagea à lui payer la somme de 48,750 livres, tant pour le libérer de ses créanciers, que pour lui procurer les moyens de bâtir une chapelle[413].

Ce fut vers ce temps-là que se forma la communauté annexée depuis à ce collége. Un docteur de Sorbonne, nommé Germain Gillot, avoit sacrifié une partie considérable de sa fortune pour fournir à la subsistance d'un certain nombre d'étudiants qu'il faisoit élever dans différents colléges. M. Thomas Durieux, aussi docteur de Sorbonne, l'un des élèves de M. Gillot, et son successeur dans cet acte de charité, voyant l'Université devenir propriétaire de la plus grande partie du collége de Sainte-Barbe, profita de cette occasion pour en louer les bâtiments, ainsi que ceux qui étoient restés à ce collége, et y rassembla en 1588 tout son petit troupeau sous le nom de Communauté de Sainte-Barbe. Depuis, ayant été nommé principal du collége du Plessis, cet homme respectable se trouva dans une situation à donner des soins encore plus assidus à ses enfants d'adoption, qui venoient prendre des leçons dans ce collége, et qui n'ont point cessé d'y être reçus jusque dans les derniers temps.

L'institution de Sainte-Barbe se faisoit tellement remarquer par la sévérité de sa discipline et par le succès de ses études, que, dans le siècle dernier, elle attira l'attention du monarque. Louis XV voulant en 1730 donner à ce collége des marques éclatantes d'une protection spéciale, daigna s'attribuer la nomination à la supériorité, qu'il réunit avec la principalité du collége du Plessis, sous l'inspection particulière de l'archevêque de Paris. Au moment de la révolution, la communauté de Sainte-Barbe étoit encore composée, indépendamment des anciens boursiers, de trente-six théologiens, auxquels étoient attachés un supérieur local et trois maîtres chargés des conférences; de quarante-huit philosophes, sous un supérieur local et quatre maîtres; enfin de cent douze humanistes, conduits par douze maîtres particuliers.

Saint Ignace de Loyola, qu'on nommoit alors Inigo, avoit fait ses études dans ce collége. On y a vu professer plusieurs hommes célèbres, entre autres, Jean-François Fernel, premier médecin de Henri II, et George Buchanan, poëte et historien.

Le collége de Coqueret (rue Chartière).

Il y a une telle obscurité répandue sur l'origine de ce collége, qu'il étoit impossible d'assurer même qu'il ait jamais existé. Du Breul[414], copié par Piganiol et autres, nous apprend seulement que Nicole Cocquerel (ou plutôt Coqueret) avoit tenu de petites écoles dans la basse-cour de l'hôtel de Bourgogne; qu'il vendit ce lieu à Simon Dugast; et que celui-ci eut pour successeur dans la principalité du collége Robert Dugast, son neveu, fondateur du collége de Sainte-Barbe. Ce récit, qui souffre lui-même beaucoup de difficultés[415], n'est pas suffisant sans doute pour éclaircir l'histoire d'un établissement dans lequel on ne voit, pendant plusieurs siècles, ni principal ni boursiers. Dès 1571 la maison avoit été saisie: elle fut depuis judiciairement vendue une seconde fois, et n'a point cessé d'appartenir à des particuliers. À la fin du siècle dernier, il n'en restoit plus qu'un petit bâtiment rue Chartière, dans lequel s'étoit établie une manufacture de carton.