Un principe de désordre animant donc ces trois oppositions (et nous avons déjà prouvé que la seule résistance qui soit dans l'ordre de la société, est celle de la loi divine, opposée par celui-là seul qui en est le légitime interprète aux excès et aux écarts du pouvoir temporel[39]; parce que, nous le répétons encore, et il ne faut point se lasser de le redire, cette loi est également obligatoire pour celui qui commande et pour ceux qui obéissent, devenant ainsi le seul joug que puissent légalement subir les rois, et la source des seules vraies libertés qui appartiennent aux peuples), par une conséquence nécessaire de ce désordre, tout tendoit sans cesse dans le corps social à l'anarchie, de même que dans le pouvoir il y avoit tendance continuelle au despotisme, seule ressource qui lui restât contre une corruption dont lui-même étoit le principal auteur. Pour faire rentrer les peuples dans la règle, il auroit fallu que les rois s'y soumissent eux-mêmes: ne le voulant pas, et n'ayant pas en eux-mêmes ce qu'il falloit pour régler leurs sujets, ils ne pouvoient plus que les contenir. Né au sein du protestantisme, dont il avoit sucé avec le lait les doctrines et les préjugés, peut-être Henri IV ne possédoit-il pas tout ce qu'il falloit de lumières pour bien comprendre la grandeur d'un tel mal, et sa politique extérieure, que nous avons déjà expliquée, sembleroit le prouver[40]; peut-être l'avoit-il compris jusqu'à un certain point, sans avoir su reconnoître quel en étoit le véritable remède, ou, s'il connoissoit ce remède, ne jugeant pas qu'il fût désormais possible de l'appliquer. Quoi qu'il en soit, son courage, son activité, sa prudence, n'eurent d'autre résultat que de lui procurer l'ascendant nécessaire pour contenir ces résistances, ou rivales ou ennemies de son pouvoir; et leur ayant imposé des limites que, tant qu'il vécut, elles n'osèrent point franchir, il rendit à son successeur la société telle qu'il l'avoit reçue des rois malheureux ou malhabiles qui l'avoient précédé.
Sous l'administration foible et vacillante d'une minorité succédant à un règne si plein d'éclat et de vigueur, ces oppositions ne tardèrent point à reparoître avec le même caractère, et ce que le temps y avoit ajouté de nouvelles corruptions. De la part des grands, il n'y a plus pour résister au monarque ni ces motifs légitimes, ni même ces prétextes plausibles de conscience et de croyances religieuses qui, sous les derniers règnes, les justifioient ou sembloient du moins les justifier: ces grands veulent leur part du pouvoir; ils convoitent les trésors de l'état; ils sont à la fois cupides et ambitieux. Aveugle comme tout ce qui est passionné, cette opposition aristocratique essaie de soulever en sa faveur l'opposition populaire, soit qu'elle provoque une assemblée d'états-généraux, soit qu'elle réveille dans le parlement cet ancien esprit de mutinerie et ces prétentions insolentes qui, dès que l'occasion lui en étoit offerte, ne manquoient pas aussitôt de se reproduire. On la voit s'allier à l'opposition protestante avec plus de scandale qu'elle ne l'avoit fait encore; et, se fortifiant de ces divisions, celle-ci marche vers son but avec toute son ancienne audace, des plans mieux combinés, plus de chances de succès, et ne traite avec tous les partis que pour assurer l'indépendance du sien. Enfin la cour elle-même, ainsi assaillie de toutes parts, ayant fini par se partager entre un jeune roi que ses favoris excitoient à se saisir d'un pouvoir qui lui appartenoit, et sa propre mère qui vouloit le retenir, le désordre s'accroissoit encore de ces scandaleuses dissensions.
Et qu'on ne dise point que les mêmes désordres reparoissent à toutes les époques où le gouvernement se montre foible, et qu'en France les minorités furent toujours des temps de troubles et de discordes intestines: ce seroit n'y rien comprendre que de s'arrêter à ces superficies. Dans ces temps plus anciens, et, en apparence, plus grossiers, les désordres que les passions politiques excitoient dans la société n'avoient ni le même principe ni les mêmes conséquences: la corruption étoit dans les cœurs plus que dans les esprits; et lorsque ces passions s'étoient calmées, des croyances communes rétablissoient l'ordre comme par une sorte d'enchantement, ramenant tout et naturellement à l'unité[41]. On voyoit le régulateur suprême de la grande société catholique, le père commun des fidèles (et les témoignages s'en trouvent à presque toutes les pages de l'histoire), s'interposant sans cesse entre des rois rivaux, entre des sujets rebelles et des maîtres irrités. Sa voix puissante et vénérable finissoit toujours par se faire entendre; et, grâce à son intervention salutaire, cette loi divine et universelle qui est la vie des sociétés, reprenoit toute sa puissance. Maintenant cette grande autorité étoit presque entièrement méconnue: les croyances communes, seul lien des intelligences, étoient impunément attaquées, minées de toutes parts par le principe de l'hérésie protestante, dissolvant le plus actif qui, depuis le commencement du monde, eût menacé l'existence des nations; le pouvoir temporel s'étant privé de son seul point d'appui, devenoit violent ne pouvant plus être fort, et se conservoit ainsi pour quelque temps par ce qui devoit achever de le perdre; de même, et par une conséquence nécessaire, l'obéissance dans les sujets se changeoit en servitude, ce qui les tenoit toujours préparés pour la révolte; et dès que cet ordre factice et matériel étoit troublé, ce n'étoit plus d'une crise passagère, mais d'un bouleversement total que l'État étoit menacé, et l'existence même de la société étoit mise sans cesse en question.
Le mal étoit-il donc dès lors sans ressource; et ce germe de mort que non-seulement la France, mais toute l'Europe chrétienne portoit dans son sein, étoit-il déjà si actif et si puissant, qu'il fût devenu impossible de l'étouffer? C'est là une question qu'il n'est donné peut-être à personne de résoudre; mais, ce qui est hors de doute, c'est qu'il appartenoit à la France, plus qu'à toute autre puissance de la chrétienté, de tenter cette grande et sainte entreprise, de donner au monde chrétien l'exemple salutaire de rentrer dans les anciennes voies; et tout porte à croire que d'autres nations l'y auroient suivie. Voilà que les circonstances portent à la tête des affaires, à travers mille obstacles qu'il a su vaincre avec la plus rare habileté, un homme d'une grande capacité et d'un grand caractère: il a saisi d'une main ferme le timon de l'État; et pour la première fois depuis le commencement du nouveau règne, les factions qui l'agitent commencent à sentir le poids d'une volonté. Cet homme est un prince de l'église: on doit croire qu'il est nourri de ses maximes, qu'il en comprend la politique, que c'est sous son ministère que s'arrêteront les progrès du mal, que s'opèrera peut-être une révolution entière dans le système funeste qui, depuis deux siècles, détruit la société. Rien de tout cela n'arrivera: cet esprit si pénétrant demeurera sans intelligence pour toutes ces choses; cette volonté si inflexible ne déploiera son énergie que pour fortifier et accroître un si grand mal; cette activité si prodigieuse, que pour le répandre partout et le rendre à jamais irrémédiable: Richelieu sera à lui seul plus funeste à la société que tous ceux qui ont gouverné avant lui.
Dès les commencements de son administration, il laissa entrevoir quelle seroit sa politique relativement aux affaires générales de l'Europe: mais il falloit se rendre le maître dans l'intérieur avant de songer à exercer au dehors une véritable influence; et, destinés à nous trouver presque toujours en contradiction avec les historiens qui nous ont précédé, nous le louerons de ce qu'il fit pour y parvenir, lorsque, sous ce rapport, la plupart d'entre eux l'ont dénigré[42]. Le désordre étoit alors à son comble, et nous ne pouvons l'exprimer plus vivement qu'en empruntant ses propres paroles. «Lorsque votre majesté, dit-il au roi dans son testament politique[43], se résolut de me donner en même temps et l'entrée de ses conseils et grande part à sa confiance, je puis dire avec vérité que les huguenots partageoient l'État avec elle; que les grands se conduisoient comme s'ils n'eussent pas été ses sujets, et les plus puissants gouverneurs de province, comme s'ils eussent été souverains en leurs charges... Je puis dire que chacun mesuroit son mérite par son audace; qu'au lieu d'estimer les bienfaits qu'ils recevoient de votre majesté par leur propre prix, ils n'en faisoient cas qu'autant qu'ils étoient proportionnés au déréglement de leur fantaisie; et que les plus entreprenants étoient estimés les plus sages, et se trouvoient souvent les plus heureux.» Il s'étoit proposé de remédier efficacement à de si grands abus; et il avoit promis au roi d'employer toute son industrie et toute l'autorité qui lui étoit confiée «pour ruiner le parti huguenot, rabaisser l'orgueil des grands, réduire ses sujets dans les bornes de leur devoir, et relever son nom dans les nations étrangères au point où il devoit être[44].»
Il marcha donc constamment vers ce double but avec un courage et une persévérance que rien ne put ébranler, au milieu de périls et d'obstacles qu'une âme aussi forte et une volonté aussi inflexible pouvoient seules surmonter. Tant qu'il le jugea nécessaire, il dissimula avec les huguenots, dont les révoltes et les insolences alloient toujours croissant: pour pouvoir en finir avec ces sectaires, il lui falloit terminer ou du moins suspendre les guerres extérieures dont ils savoient si bien profiter, remettre l'ordre dans les finances, relever la marine françoise, qui, dans une si grande entreprise, lui devoit être un si puissant auxiliaire. Il y parvint; et tout étant ainsi préparé, ses projets éclatèrent au milieu d'une conspiration de la cour soulevée presque tout entière contre lui, conspiration qui menaçoit sa vie et le roi lui-même des derniers attentats[45]. Les chefs du complot, et parmi eux des princes du sang, sont arrêtés[46]; ceux des conjurés qui avoient des gouvernements de provinces en sont à l'instant même dépouillés; le duc d'Anjou, dont ils avoient fait le prétexte et l'instrument de leurs machinations, est forcé de se soumettre[47], et, dans la frayeur dont il est saisi, déclare lui-même ses complices; un de ces grands, le prince de Chalais, monte sur l'échafaud, et ses pareils commencent à reconnoître que leurs rébellions ne sont pas privilégiées, que leurs personnes ne sont pas inviolables. Ce coup, frappé à propos, en impose: le siége de La Rochelle, qui n'eût jamais été entrepris si la terreur ne se fût pas mise parmi les ennemis du cardinal, est commencé, poursuivi, achevé sous la direction même du ministre, malgré toutes les difficultés que présentoit une position jusque là jugée inexpugnable, tous les dangers que faisoit renaître sans cesse une résistance désespérée, et tous les obstacles qu'osoit y apporter encore cette faction des grands qui ne vouloit pas que la ville fût prise, parce que son ambition avoit besoin de l'existence des protestants. Ce boulevard du protestantisme tombe enfin: alors tout prend dans cette guerre, jusqu'alors si périlleuse, une marche prompte et décisive. Une année se passe à peine que le parti huguenot est forcé partout de se remettre à la discrétion du vainqueur, humilié par ses continuelles défaites, dompté par le sac de ses villes, par le supplice de ses chefs, réduit à vivre désormais tranquille et soumis au milieu de ses forteresses démolies et ouvertes de toutes parts[48]. L'entrée triomphante du cardinal dans Montauban fut la dernière scène de ce grand événement.
Tout n'étoit pas fini pour l'heureux ministre: la cabale de la cour, un moment déconcertée par des succès si éclatants, n'en devint que plus furieuse et plus ardente contre lui, lorsqu'après l'événement de la guerre de Mantoue[49], non moins glorieux pour les armes du roi, elle le vit si avant dans la faveur de son maître, que tout pouvoir lui étoit donné, et qu'il falloit que tout pliât sous ses volontés. La reine-mère, qui l'avoit protégé tant qu'elle avoit cru trouver en lui un instrument de cette ambition puérile dont elle étoit possédée de se mêler sans cesse des intrigues du cabinet et des affaires de l'état, se déclare dès ce moment son ennemie la plus acharnée. Gaston, que sa qualité d'héritier du trône rendoit alors plus considérable qu'il ne le fut depuis, unit ses ressentiments à ceux de sa mère: tout se rallie autour de ces deux personnages éminents; le roi seul défend son ministre; et cependant, poursuivi par les larmes et par les emportements de la reine, il chancèle un moment, et l'on espère qu'il va l'abandonner; Richelieu lui-même se croit perdu, et fait les préparatifs de sa retraite. Tout change de face en un seul jour, que l'histoire a rendu célèbre sous le nom de journée des dupes. Le cardinal a avec le roi une entrevue qu'il croit la dernière: il en sort plus puissant et plus redoutable que jamais; et, vainqueur de ses ennemis, il sait profiter de la victoire. L'obstination et la conduite imprudente de Marie de Médicis lui servent à aigrir contre elle l'esprit de son fils, qui finit par s'en éloigner sans retour, lorsqu'il la voit attirer la jeune reine dans son parti et mêler l'Espagne à toutes ces querelles. Cependant la haine froide et profondément calculée du ministre demandoit, au milieu de cette cour, presque entière conjurée contre lui, une victime dont la chute y répandît l'effroi et la consternation: le maréchal de Marillac fut celle qu'il choisit. Celui-ci étoit coupable sans doute, mais non pas assez pour porter sa tête sur un échafaud, si la vengeance du cardinal ne l'eût poursuivi. Avant même qu'on l'eût arrêté, le garde-des-sceaux son frère avoit déjà été disgracié et exilé. Le procès du maréchal, qui fut long, n'étoit pas encore terminé[50], que Gaston, dont Richelieu s'étoit ressaisi un moment par le moyen de ses favoris, se déclare de nouveau contre lui au gré de ces mêmes favoris: les ennemis du ministre croient enfin avoir trouvé une dernière occasion de le perdre; et pour rendre cette occasion décisive, leurs conseils, et particulièrement ceux de la reine-mère, poussent le foible prince à faire un éclat, à quitter la cour et à se mettre ouvertement à la tête du parti qui demandoit la disgrâce et l'exil de Richelieu. La cabale s'agite alors avec plus de violence que jamais, et conçoit de cette retraite les plus grandes espérances; il en fut autrement: ce que Marie de Médicis avoit considéré comme un moyen de reprendre son ancien ascendant, fut précisément ce qui acheva de la perdre. D'accord avec son ministre, qui désormais le menoit à son gré, le roi exile sa mère à Compiègne, où, de même qu'à Blois, elle est gardée à vue et traitée en prisonnière. Tous ses confidents sont exilés ou arrêtés. Gaston continuant de cabaler à Orléans, où il s'étoit renfermé, son frère marche contre lui à la tête d'une armée, le suit dans sa fuite jusqu'en Bourgogne, et le force à sortir de France et à se réfugier en Lorraine. Le maréchal de Bassompierre, qui avoit trempé dans ce dernier complot, est enfermé à la Bastille, où il seroit resté jusqu'à la fin de ses jours, si Richelieu ne fût mort avant lui; le duc de Guise, autre partisan de Gaston, se hâte de se retirer dans son gouvernement, et n'évite qu'en s'exilant lui-même volontairement le ressentiment du cardinal; enfin Marie de Médicis s'échappe de sa prison, ou, pour mieux dire, l'habile ministre s'en débarrasse en la laissant échapper. Elle se retire aux Pays-Bas, et quitte ainsi follement la France, où il étoit bien résolu de ne la jamais laisser rentrer. Dès ce moment la cour, déserte de tous ses ennemis, se peuple de ses flatteurs et de ses créatures; Richelieu est maître absolu, maître sans rivaux et sans contradicteurs: c'est alors qu'il achève de se faire connoître, que son regard embrasse l'Europe, et que sa funeste politique se développe à tous les yeux.
Abaisser la maison d'Autriche, c'est-à-dire détruire autant qu'il étoit en lui la seule puissance qui, de concert avec la France, pût soutenir la société chrétienne, la défendre contre l'ennemi redoutable dont elle étoit pressée de toutes parts, et qui pénétroit, pour ainsi parler, jusque dans ses entrailles, tel étoit le projet qu'avoit depuis long-temps conçu un prince de l'église catholique, apostolique et romaine; et ce projet, il le poursuivit, comme tout ce qu'il entreprenoit, avec une constance, une activité, une vigueur, que l'on pourroit trouver admirables s'il s'étoit proposé un autre but, mettant l'Europe en feu et la France elle-même en péril pour y réussir, et y employant des moyens qui passent en perversité tous ceux que la corruption des règnes précédents avoit pu imaginer.
Certes, la politique de la maison d'Autriche, au milieu de ces graves circonstances, est loin de mériter des éloges: c'étoit celle de son temps; et, pour nous servir d'une expression devenue fameuse de nos jours, elle marchoit avec son siècle, et s'enfonçoit autant qu'il étoit en elle dans les intérêts purement matériels de la société. Nous avons fait voir quelle avoit été la folle ambition de Philippe II, sa conduite cauteleuse envers la France, et, dans nos guerres de religion, l'hypocrisie de son zèle religieux. Sous ses successeurs, ces dispositions hostiles et cette marche insidieuse n'avoient point changé: le cabinet d'Espagne surtout n'avoit point cessé, autant qu'il étoit en lui, de fomenter nos discordes intestines, dans l'espoir insensé d'en faire son profit. Mais, quoi qu'il en pût être de ses fausses maximes et des artifices de sa politique, il n'en est pas moins vrai de dire que, par la position où la Providence l'avoit placée et malgré les fautes qu'elle n'avoit cessé de commettre, la maison d'Autriche se trouvoit en Europe à la tête du parti catholique et l'ennemie naturelle de tous ses ennemis. En Allemagne elle étoit établie comme un boulevard de la chrétienté contre les protestants et les sectateurs de Mahomet; et, tandis qu'elle y contenoit l'hérésie protestante par la terreur de ses armes; que, s'étendant par-delà les confins de l'Italie, elle l'empêchoit de pénétrer dans le centre même de la société religieuse, ses tribunaux ecclésiastiques lui fermoient l'entrée de la péninsule, et l'étouffoient à l'instant même dans son germe, dès qu'elle osoit s'y montrer. Sans cesse attentifs à ce qui se passoit au milieu du monde chrétien, les papes, dont l'œil pénétrant avoit saisi toute l'étendue du mal, mettoient dans cette royale famille leurs plus chères espérances; et, portant d'un autre côté leurs regards sur ces rois de France, qu'ils appeloient toujours les fils aînés de l'Église, ils voyoient et avoient raison de voir, dans l'union de ces deux puissances, le salut de la chrétienté. C'étoit vers cette union salutaire que se portoient tous leurs désirs; c'étoit pour la former qu'ils mettoient en jeu tous les ressorts de leur politique, qu'ils employoient ce reste d'influence que le respect humain leur avoit encore conservé dans les affaires générales de l'Europe. Ils crurent un moment avoir atteint ce but par le mariage de Louis XIII avec une infante; et, si la France eût eu à la tête de ses affaires un autre homme que Richelieu, peut-être y seroient-ils parvenus[51].
Mais depuis que ce royaume étoit gouverné par les maximes qui tendoient à séparer sans cesse la politique de la religion, il ne s'étoit point encore rencontré un esprit plus imbu de ces doctrines dangereuses, plus habile à les réduire en système, plus ardent à les mettre en pratique, que ce trop fameux ministre. Déjà, et dès le commencement de son ministère, il avoit fait voir, dans l'affaire de la Valteline, quels étoient ses principes politiques et dans quelles voies il étoit résolu de marcher[52]; dès lors on l'avoit vu opposer aux dangers qui menaçoient la religion catholique la raison d'état, et donner sujet de faire au roi très-chrétien ce reproche que, tandis que ses armes étoient employées d'un côté à détruire l'hérésie dans son royaume, de l'autre, elles l'aidoient à se relever dans les pays étrangers.