Son aspect, sur cette face, se composoit de deux pavillons en longueur, symétriques par la dimension seulement, et formés chacun d'un simple rez-de-chaussée. Cette composition pouvoit déjà sembler assez mesquine; mais lorsque Louis XVI eut fait bâtir en avant de ces deux pavillons le pont auquel on donna son nom, l'obligation absolue où l'on se trouva de relever le terrain de ce côté fut cause que la façade entière se trouva masquée dans son soubassement et parut de loin comme enterrée. La petitesse de l'ordonnance n'en devint que plus choquante, et l'on peut présumer que, sans la révolution, le prince qui en étoit propriétaire eût senti la nécessité de faire disparoître de semblables incohérences[327].

L'entrée de ce palais sur la rue est une des plus magnifiques qui existent à Paris. Elle consiste en une grande porte accompagnée de chaque côté d'une colonnade d'ordre corinthien. Ce vestibule donne bien l'idée d'un grand et riche palais[328]. La première partie de la cour n'y répond que par son étendue[329]; et les bâtiments dont elle est formée n'ont aucun caractère. Mais la seconde cour offre un assez bel ensemble de portiques et de masses bien distribués. L'avant-corps du fond étoit couronné par un groupe de la main de Coustou jeune, représentant le Soleil sur son char, entouré des Saisons, que figuroient quatre Génies tenant les rênes des chevaux. À droite et à gauche, deux vastes péristyles en colonnes isolées servoient d'entrée aux appartements. Sur les avant-corps de ces ailes s'élevoient les statues des Muses, exécutées par Pajou[330].

L'ancien hôtel de Lassai formoit le petit palais Bourbon, et avoit subi, dans sa jonction avec le grand palais, des changements et des augmentations considérables. Dix cours principales composoient le commun des deux palais réunis, et les écuries pouvoient contenir plus de deux cent cinquante chevaux.

Le jardin du palais, auquel avoit été également réuni celui de l'hôtel de Lassai, étoit terminé par une terrasse de cent cinquante-une toises de long, qui régnoit le long de la Seine, et d'où la vue s'étendoit sur la plus belle partie de Paris et sur toutes les routes et promenades qui, de ce côté, y aboutissent.

Les petits appartements, avec leur jardin particulier, étoient situés à l'extrémité de cette terrasse, du côté des Invalides.

L'HÔTEL ROYAL DES INVALIDES.

Dès long-temps, la sollicitude de nos rois s'étoit étendue sur les vieux soldats qui, après avoir consumé leurs plus belles années au service de l'État, se trouvoient, par l'âge et par les infirmités, dans l'impossibilité de pourvoir à leurs besoins, et souvent réduits à mendier leur pain. Henri IV avoit projeté de former un établissement en leur faveur; et, sous son règne, on en plaça un certain nombre, rue de l'Oursine, dans la maison de la Charité chrétienne. Animé du même esprit, et voulant exécuter avec plus de grandeur le plan conçu par son père, Louis XIII y destina le château de Bicêtre, qui tomboit alors en ruine: en 1634 on y fit, par son ordre, des réparations considérables; on y ajouta de nouveaux bâtiments, et cette maison fut appelée la commanderie de Saint-Louis. La mort de ce prince, et les troubles qui la suivirent, arrêtèrent ce dessein, et Louis XIV disposa de cette maison en 1656 en faveur de l'Hôpital général[331]. Ce fut alors qu'il conçut l'idée d'une fondation encore plus vaste et plus magnifique; ainsi que nous l'avons déjà dit, il y eut, dans le plan de ce monument et dans son exécution, plus d'ostentation que de véritable utilité[332]. Les premiers fondements en furent jetés en 1671, au plus fort de la guerre; et cependant, dès 1674, il étoit déjà très avancé et en état de recevoir des soldats. Alors le monarque donna son édit de fondation, dans lequel cette maison fut qualifiée d'hôtel royal des Invalides. L'église, commencée presque en même temps, ne fut achevée que trente ans après, et dédiée en 1706 par M. le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, sous le titre et l'invocation de Saint-Louis. Deux architectes unirent leurs talents dans cet immense travail: Libéral Bruant construisit tous les bâtiments d'habitation et la première église; Jules-Hardouin Mansart éleva la seconde église ou le dôme.

Le vaste emplacement de l'hôtel des Invalides a dix-huit mille sept cent quarante-quatre toises de surface. Il est divisé sur la longueur, qui est de cent trente toises, et sur une profondeur de soixante-dix toises, en cinq parties principales: celle du milieu offre une grande cour de trente-deux toises de largeur sur cinquante-deux de profondeur; de chaque côté sont deux autres cours, chacune de quinze toises sur vingt-deux et demi, toutes entourées de grands corps de bâtiments, et au delà desquelles sont de vastes terrains servant de promenoirs. Le surplus de la profondeur de l'enceinte est occupé, au milieu, par les églises, qui sont isolées, et, de chaque côté, par des cours et jardins entourés de bâtiments, au-delà desquels sont encore de vastes terrains clos de murs.

Le premier corps de bâtiment, du côté de la rivière, est précédé d'une avant-cour fermée d'une grille et entourée de fossés. La grande face de ce bâtiment a cent deux toises de longueur et présente trois avant-corps: celui du milieu est décoré de pilastres ioniques, qui reçoivent un grand arc dans lequel étoit autrefois un bas-relief représentant la statue équestre de Louis XIV, accompagnée de la Justice et de la Prudence, par Coustou le jeune. La statue a été détruite[333]: on a laissé subsister les deux autres figures.

Cette façade présente trois étages de croisées au-dessus du rez-de-chaussée, dont les ouvertures sont en arcades; des deux côtés de la porte sont les statues de Mars et de Minerve, exécutées par le même sculpteur[334].