La première cour, dite, avant la révolution, cour royale, est entourée, tant au rez-de-chaussée qu'au premier étage, de portiques ouverts en arcades, et formant des avant-corps au milieu de chacune des quatre faces et dans les angles. L'avant-corps du fond, qui conduit à l'église, est décoré de deux ordres de colonnes ioniques et composites, l'un sur l'autre, et couronnés d'un fronton. Toutes les autres faces des bâtiments, sur les cours et sur les jardins, sont régulièrement percées d'un grand nombre de croisées, sans autre décoration que l'entablement. Il y a, dans tout ce plan et dans son exécution, autant de grandeur que de simplicité[335].
L'intérieur du grand corps de bâtiment, du côté de la rivière, est divisé de la manière suivante. Le pavillon du milieu offre, au rez-de-chaussée, un vestibule; au premier, une bibliothèque servant aussi de chambre de conseil; l'aile gauche est occupée par le gouverneur et l'état-major; la droite par les médecins et chirurgiens en chef; le surplus sert de logement aux soldats et officiers, ainsi qu'aux divers usages de la maison. Les réfectoires sont ornés de peintures à fresque par Martin, et de six tableaux de Parrocel, représentant des traits pris dans les diverses campagnes de Louis XIV.
La première église, destinée aux personnes de la maison, se compose d'une grande nef et de deux bas-côtés. Elle a un porche d'entrée, un sanctuaire et deux sacristies ou chapelles par lesquelles on communique à la seconde église: la nef est décorée d'un grand ordre de pilastres avec entablement corinthien: les bas-côtés sont du même ordre, mais beaucoup plus petits: les deux églises ont un autel commun.
Cette seconde église, dite le dôme, doit être considérée du côté du midi, si l'on veut jouir de tout l'effet qu'elle peut produire. Le portail de ce dôme a trente toises de largeur sur seize de hauteur; il est élevé sur un perron de plusieurs marches, et décoré des ordres dorique et corinthien, enrichis l'un et l'autre de tous les ornements qu'ils peuvent admettre. Un troisième ordre de quarante colonnes corinthiennes règne au pourtour du tambour de cette vaste construction, et supporte un attique qui reçoit la coupole. Cette dernière partie est elle-même surmontée d'une lanterne au dessus de laquelle s'élève une aiguille, terminée par une croix[336].
Ce morceau d'architecture jouit en France d'une grande réputation; et l'on ne peut disconvenir que sa forme svelte et élégante ne se dessine agréablement à une très grande distance, et même lorsqu'on s'en rapproche assez pour jouir à la fois du dôme et du portail. Mais quel que soit alors l'effet imposant de l'ensemble, l'amateur éclairé reconnoît aussitôt que ce portail est d'une trop petite masse, et trop subdivisé dans ses parties pour servir d'empattement à une décoration d'une hauteur si colossale. C'est alors qu'il faut plus que jamais déplorer ce malheureux esprit de système qui égara, dans le dix-septième siècle, tant d'artistes doués des plus heureuses dispositions, leur fit dédaigner la route ouverte par les anciens, et préférer, à l'imitation de ces modèles uniques du grand et du beau, les productions froides et bizarres de leur imagination désordonnée. Ils prétendoient créer un goût françois, une architecture françoise, et gâtèrent ainsi à grands frais tout ce qu'ils firent, et même ce qu'ils avoient d'abord le plus heureusement conçu, par la manie de vouloir innover et perfectionner.
L'intérieur présente également un mélange de beautés et de défauts. C'est là surtout que Louis XIV prétendit déployer toute sa magnificence: il y employa les plus habiles artistes, voulut qu'on n'épargnât ni les soins ni la dépense; et en effet, la blancheur de la pierre, la profusion et le fini précieux des ornements de sculpture, les peintures du dôme, la richesse des marbres qui forment le pavement, le superbe baldaquin de l'autel, modèle de celui qui devoit être exécuté en bronze doré d'or moulu, frappent d'admiration tous les étrangers[337].
La disposition du plan est ingénieuse; et l'effet des quatre chapelles que l'on aperçoit du centre de la rotonde a quelque chose de séduisant. On est également frappé de l'effet magique et extraordinaire que produit l'autel placé dans le sanctuaire élevé que l'on a pratiqué entre le dôme et l'église. Toutefois la réunion des deux édifices par cette ouverture commune établie à l'extrémité de l'église et à la circonférence du dôme auroit plus de grandeur, si elle étoit un peu moins resserrée.
Lorsqu'on arrive du côté de l'église, on est fâché que le sol du dôme soit aussi renfoncé, et l'on ne peut se dissimuler que cette construction, placée au centre, auroit encore plus de majesté. Si l'on entre au contraire par le dôme, on est étonné qu'il ne soit pas précédé d'une nef, ou du moins d'un très grand vestibule: de quelque côté qu'on se place, on ne peut jouir de l'ensemble; ce sont toujours deux monuments contigus qu'il faut considérer l'un après l'autre, ce qui laisse quelque chose à désirer. «On ne peut excuser cette disposition extraordinaire, dit un habile architecte[338], qu'en considérant l'église comme appartenant à la maison et formant la chapelle destinée aux vieux militaires qui l'habitent, et le dôme comme une chapelle royale où Louis XIV se plaisoit à joindre les actions de grâces qu'il rendoit au Dieu des armées, à celles de ses compagnons d'armes. Dès lors, on est moins surpris de trouver de ce côté un portail et des avenues superbes, puisque toute la pompe royale devoit se déployer avant d'entrer dans ce dôme, dont la porte ne s'ouvroit que pour le monarque.»
CURIOSITÉS DE L'HÔTEL DES INVALIDES.
TABLEAUX.
Dans la première voûte du dôme, distribuée en douze parties égales, les douze Apôtres peints à fresque; par Jouvenet.