Depuis la barrière d'Enfer jusqu'à la jonction du boulevard du Mont-Parnasse, boulevard d'Enfer.

Depuis la rue d'Enfer jusqu'à la rue de Sèvre, boulevard du Mont-Parnasse.

Depuis la rue de Sèvre jusqu'à la rue de Grenelle, boulevard des Invalides.

BARRIÈRES NOUVELLES DE PARIS.

Il n'est pas besoin de dire que les barrières de Paris étoient autrefois beaucoup plus rapprochées du centre qu'elles ne le sont aujourd'hui, et qu'elles en ont été successivement éloignées, à mesure que la ville elle-même a étendu sa circonférence. Ces barrières sont maintenant à mille huit cents toises de distance d'une borne militaire placée, comme point central, près de l'église Notre-Dame.

Jusqu'en 1787, ces limites de la capitale n'étoient autre chose que des murailles informes et grossières, ou de foibles cloisons de planches mal assemblées; les recettes se faisoient dans de simples guérites de bois; et l'on ne s'étoit encore occupé, dans cette grande opération, que du résultat utile le plus important, la perception des droits d'entrée. Ce fut M. de Calonne, alors ministre des finances, qui, sur la demande des fermiers généraux, conçut le projet de renfermer la ville dans une enceinte, projet dont l'exécution devoit offrir le double avantage d'opposer un obstacle efficace à l'audace des fraudeurs, et d'orner Paris d'un grand nombre de monuments utiles. M. Le Doux, architecte de la ferme générale, fut chargé de cette vaste entreprise.

Cet artiste, doué d'une imagination féconde, ardente, et même exaltée, conçut la plus haute idée de la mission dont il se vit chargé: il s'agissoit de bâtir près de soixante monuments[376] pour l'embellissement d'une ville que l'on regardoit déjà comme la plus belle du monde. Aucun architecte n'avoit encore rencontré une occasion aussi favorable de montrer à l'Europe l'étendue et la variété de son talent; aussi Le Doux donna-t-il un libre essor à toute la fougue de ses conceptions. Avec une rapidité sans exemple, il enfanta une multitude de projets dont la plupart eurent presque simultanément leur exécution; et dans ce travail immense, il ne fut gêné ni par la lenteur des moyens pécuniaires, ni par la demande d'un devis et de soumissions au rabais, ni par aucune des circonstances qui dérangent souvent les projets les plus heureusement conçus.

Le Doux construisit, d'abord, cette grande muraille qui renferme la ville dans une enceinte d'environ douze mille toises; ensuite il éleva, à la rencontre de toutes les grandes routes qui y aboutissent, des édifices de grandeur et de caractères différents; il construisit encore, aux angles que forme le mur d'enceinte, des pavillons d'observation, et dans les intervalles, le long du mur en dehors, des guérites en pierre et en brique, pour y placer des sentinelles; enfin cette immense clôture fut entourée d'un large boulevard, orné de trois allées plantées d'arbres, et formant ce qu'on appelle un chemin de ronde. Les réclamations nombreuses qui, pendant le cours de ces travaux, s'élevèrent contre l'énormité de la dépense, un arrêt même du conseil d'état, qui ordonnoit l'examen des plans et des dépenses faites et à faire, n'apportèrent que peu de changement aux ouvrages commencés; et à l'exception de deux ou trois barrières qui n'ont point été achevées, et dont les pierres taillées sont encore éparses sur le terrain, l'architecte termina ses constructions dans l'état où on les voit aujourd'hui.

Elles ont essuyé bien des critiques: quelques personnes ont pensé qu'à la place de ce haut mur d'enceinte, qui masque le point de vue et semble, en quelque sorte, arrêter la libre circulation de l'air, on eût mieux fait de pratiquer un fossé qui n'eût pas eu ce double inconvénient et auroit peu coûté. D'autres ont trouvé peu convenable que l'artiste eût donné des caractères si différents et même si opposés à des bâtiments qui ont tous la même destination. On pourroit ajouter encore qu'il a sacrifié la distribution et les commodités de l'intérieur à l'effet pittoresque du dehors; mais, quoi qu'il en soit de ces observations plus ou moins fondées, on ne peut nier qu'il convenoit, pour l'embellissement d'une ville telle que Paris, que des édifices, élevés à chacune de ses entrées, fussent d'un grand caractère; et qu'on ne pouvoit éviter la monotonie dans un si grand nombre de monuments, presque tous construits dans les mêmes proportions, qu'en s'efforçant d'en varier beaucoup les formes et l'ordonnance. Il en résulte que Le Doux mérite des éloges pour la fécondité extraordinaire qu'il a montrée dans ses diverses compositions, pour les idées neuves et heureuses qui s'y font remarquer; et qu'il ne lui a manqué que de savoir réprimer ces écarts d'imagination, qui lui ont fait prendre quelquefois la bizarrerie pour l'originalité.

Parmi ces édifices, dont il seroit inutile et même fastidieux de répéter ici la nomenclature en donnant de chacun une description particulière, il en est plusieurs qui se font distinguer par un accord heureux de parties, par une pureté de style qui les mettent au nombre des monuments les plus élégants de Paris. Nous citerons entre autres, 1o la barrière du Trône, composée de deux corps de bâtiments offrant une dimension de sept toises de largeur sur chaque face, et de cinquante pieds d'élévation. Dans l'intervalle de ces deux édifices, placés de front à cinquante toises de distance l'un de l'autre, s'élèvent deux colonnes d'ordre dorique, de soixante-quatre pieds, sur un soubassement qui leur sert de piédestal: cette composition est sage et d'un aspect imposant. 2o La barrière de Fontainebleau, qui se compose également de deux corps de bâtiments pareils, placés en regard de chaque côté de la route: les cinq arcades de ce pavillon forment un porche couvert pour le corps-de-garde pratiqué dans son intérieur, et présentent ainsi une façade d'un effet simple, gracieux et piquant. 3o La barrière Saint-Martin, que nous considérons comme la plus belle de toutes: on peut même dire que, par son caractère et par l'importance de son architecture, elle annonce une autre destination que celle d'une simple barrière; on croiroit plutôt que l'artiste a voulu construire un édifice destiné à servir de douane, et propre, par sa position entre deux routes (celles de Pantin et de la Villette), à faire également le service de l'une et de l'autre. Il se compose d'un plan carré, dont les quatre faces présentent chacune un péristyle de huit pilastres isolés. L'étage circulaire, placé au dessus du soubassement[377], offre une galerie percée de vingt arcades, d'où l'on peut facilement observer les opérations d'emballage et de transport. Des logements sont pratiqués dans l'espèce d'attique qui règne au dessus de cette galerie. Une cour circulaire occupe le milieu du bâtiment. Les sculptures qui devoient orner ce monument n'ont point été exécutées.