Philippe, fils de Jean-sans-Peur, fit demander solennellement justice de l'assassinat de son père. Le parlement s'assembla, l'avocat-général prit des conclusions contre l'héritier de la couronne, comme s'il parlait contre un assassin vulgaire. Il fit citer le dauphin à la table de marbre, et le condamna par contumace. Sa sentence portait la peine de mort contre lui, et déliait les Français de toute obéissance et fidélité à son égard.

On sait que ce prince, grâce à l'héroïque Jeanne d'Arc, recouvra sa couronne, et repoussa les Anglais.

Quelques historiens croient que le dauphin était innocent, non seulement de l'assassinat prémédité, mais même du meurtre du duc Jean. Il est croyable, suivant eux, qu'il n'y eut rien de prémédité dans cet assassinat, qui n'eut pour cause que l'imprudente trahison du duc de Bourgogne, qui voulait profiter de la faiblesse du dauphin pour le forcer de le suivre, et la haine violente que lui portaient d'anciens serviteurs du duc d'Orléans, qui saisirent ce prétexte pour le tuer.

Ce duc de Bourgogne, d'odieuse mémoire, était le fils de Philippe, qui avait mérité, à l'âge de quatorze ans, le surnom de Hardi, pour la valeur qu'il avait montrée à la bataille de Poitiers. «Mais je ne conçois pas, dit Saint-Foix, pourquoi l'on donna le surnom de Jean-sans-Peur au duc de Bourgogne son fils, dont le cœur, inaccessible aux remords, était sans cesse agité par la crainte qu'on attentât sur sa vie. Après l'assassinat du duc d'Orléans, il fit bâtir à son hôtel de Bourgogne une tour, et dans cette tour une chambre sans fenêtre, et dont la porte était très-basse; il la fermait le soir et l'ouvrait le matin, avec toutes les précautions que la frayeur inspire aux scélérats. Il ne se familiarisait qu'avec les bouchers; le bourreau était un de ses courtisans, allait à son lever, et lui touchait dans la main. Les massacres que cet indigne prince fit commettre dans Paris, ses trahisons envers la France, et ses liaisons avec l'Anglais, rendront à jamais sa mémoire exécrable.»


[DUEL DU CHEVALIER CLARY.]

Le sire de Clary, au quatorzième siècle, faillit monter sur l'échafaud, pour avoir fait preuve de bravoure contre un Anglais sans l'autorisation du roi.

Pierre de Courtenay, chevalier anglais, était venu à Paris pour défier, à la lance et à l'épée, Guy de La Trémouille, porte-oriflamme, qui passait pour un des hommes de France des plus braves et des plus adroits. Lorsqu'ils eurent rompu plusieurs lances l'un contre l'autre, en présence de toute la cour, le roi ne voulut pas permettre qu'ils se battissent à l'épée, puisqu'il n'y avait entre eux qu'une émulation de gloire, et qu'aucun sujet de querelle ne leur avait mis les armes à la main. Courtenay, en s'en retournant, passa chez la comtesse de Saint-Pol, sœur du roi d'Angleterre; il y répéta plusieurs fois qu'aucun Français n'avait osé s'éprouver contre lui. «Le sire de Clary, dit la Chronique de Saint-Denis, crut qu'il était de son honneur de faire sa querelle de l'injure que ce bravache faisait à sa nation, et lui proposa, du consentement même de la comtesse, le champ clos pour le lendemain, et s'y porta si vaillamment, qu'il le mit hors de combat tout chargé de coups.» «Il n'y a personne, ajoute la Chronique, qui n'estime cette action digne d'un parfait chevalier, et qui ne demeure d'accord qu'il châtia justement l'orgueil de cet Anglais; mais les jugemens de la cour ne s'accordent pas toujours avec le mérite des personnes; il y a des intérêts particuliers qui en décident tout autrement que le public. Le duc de Bourgogne, qui enviait au sire de Clary la gloire qu'il avait enlevée à La Trémouille, son favori, changea l'espèce de l'affaire; il dit que c'était un crime impardonnable à un particulier d'avoir osé prendre une journée sans la permission du roi, et le fit poursuivre avec tant de rigueur, que ce brave chevalier fut long-temps en peine; et je l'ai vu chercher sa sûreté tantôt de çà, tantôt de là, de crainte que ce qu'il n'avait entrepris que pour la gloire de l'état ne fût expié dans son sang, comme s'il avait trahi la patrie.»

La sœur de Guillaume Fouquet, écuyer de la reine Isabeau de Bavière, osa faire mettre sur sa maison, à la gloire du sire de Clary, son parent, un monument de deux pieds en carré, où l'on avait gravé différentes figures; les principales étaient celles d'un homme renversé de cheval, et d'un autre à qui une dame mettait sur la tête un chapeau de roses. On lisait au haut ces mots: Au vaillant Clary; et au bas: En dépit de l'envie. Ce monument subsista long-temps sur la porte de la maison qui fait le coin de la rue Zacharie et de la rue Saint-Severin.