On a vu les bourreaux, fatigués de carnage,
Aux cris de la pitié laisser fléchir leur rage,
Rendre à sa fille en pleurs un père malheureux,
Et, tout couverts de sang, s'attendrir avec eux.
GRANDES INFORTUNES
DE LOUIS XVI ET DE SA FAMILLE.
La désastreuse journée du 10 août, qui venait de renverser le trône, et de voir la royauté foulée aux pieds, devait ouvrir la porte à une foule d'autres calamités. Les audacieux qui avaient détrôné leur roi, qui l'avaient constitué prisonnier dans la tour du Temple, s'arrogèrent bientôt le droit de le juger comme un criminel. A peine lui accorda-t-on le temps qui était nécessaire pour compulser les immenses matériaux sur lesquels sa défense devait être établie. Le vénérable et fidèle Malesherbes, Tronchet et Desèze, s'illustrèrent à jamais par leurs courageux efforts pour faire triompher la cause de leur monarque, accusé par ses sujets.
Louis XVI parut devant la convention, avec un front calme et tranquille. Desèze, qui était chargé de porter la parole, parla avec force de l'inviolabilité de la personne du roi; il déclara que, si on refusait à Louis XVI les droits de roi, il fallait lui laisser au moins ceux de citoyen. Il ajouta avec une hardiesse qui ne rencontra qu'un silence absolu qu'il cherchait partout des juges et ne trouvait que des accusateurs. Puis, il passa à la discussion des faits, et s'acquitta de cette tâche avec avantage, parce qu'on avait amassé une foule de faits insignifians, à défaut de la preuve précise des intelligences avec l'étranger. Il repoussa ensuite victorieusement l'accusation d'avoir versé le sang français au 10 août. Enfin, il termina par ces mots: «Louis était monté sur le trône à vingt ans; et, à vingt ans, il donna sur le trône, l'exemple des mœurs; il n'y porta aucune faiblesse coupable, ni aucune passion corruptrice; il y fut économe, juste, sévère, et il s'y montra toujours l'ami constant du peuple. Le peuple désirait la destruction d'un impôt désastreux qui pesait sur lui, il le détruisit; le peuple demandait l'abolition de la servitude, il commença par l'abolir lui-même dans ses domaines; le peuple sollicitait des réformes dans la législation criminelle, pour l'adoucissement du sort des accusés, il fit ces réformes; le peuple voulait que des milliers de Français, que la rigueur de nos usages avait privés jusqu'alors des droits qui appartiennent aux citoyens, acquissent ces droits, ou les recouvrassent, il les en fit jouir par ses lois; le peuple voulut la liberté, et il la lui donna! Il vint même au-devant de lui par ses sacrifices, et cependant c'est au nom de ce même peuple, qu'on demande aujourd'hui..... Citoyens, je n'achève pas..... Je m'arrête devant l'histoire; songez qu'elle jugera votre jugement, et que le sien sera celui des siècles!»
Après cette plaidoirie, et Louis XVI ayant été reconduit au Temple, un orage violent s'éleva au sein de l'assemblée. Lanjuinais s'élança à la tribune, et, au milieu des cris qu'excitait sa présence, il demanda, non pas un délai pour la discussion, mais l'annulation même de la procédure. Il s'écria que le temps des hommes féroces était passé; qu'il ne fallait pas déshonorer l'assemblée, en lui faisant juger Louis XVI; que personne n'en avait le droit en France, et que l'assemblée, particulièrement, n'avait aucun titre pour le faire. Les girondins, et notamment l'éloquent Vergniaud, leur principal orateur, proposèrent avec force l'appel au peuple, qui fut repoussé par Robespierre, Saint-Just, Barrère, et tout le parti de la montagne. La discussion se prolongea depuis le 27 décembre 1792, jusqu'au 7 janvier suivant. Le 14 janvier fut fixé pour la position des questions et l'appel nominal. L'assemblée se composait de sept cent quarante-neuf membres; six cent quatre-vingt-trois d'entre eux, déclarèrent Louis XVI, coupable de conspiration contre la liberté de la nation, et d'attentats contre la sûreté générale de l'État. L'appel nominal pour la question décisive, celle de l'application de la peine, dura toute la nuit du 16, et toute la journée du 17, au milieu d'une agitation menaçante, qui se manifestait fréquemment dans les tribunes. Sept cent vingt-un députés étaient présens à cette séance; la majorité absolue était de trois cent soixante-une voix, et il y eut trois cent soixante-une voix pour la mort sans condition. Les autres voix s'étaient partagées entre le bannissement, les fers, et la mort avec sursis.