Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI, survécut sept mois à son infortunée belle-sœur. On l'envoya à la mort le 10 mai 1794. Ce meurtre ne saurait pas trouver un seul motif d'excuse, même en politique. Madame Élisabeth était un ange de bonté; elle n'était connue que par ses bienfaits et ses vertus; et sa condamnation ne put pas même être établie sur les prétextes vulgaires dont on se servait alors. Cette princesse fut jugée et conduite au supplice le même jour, dans une charrette, avec une foule d'autres condamnés qui furent exécutés avant elle. On eût dit que les bourreaux voulaient rendre plus cruels, les derniers momens de la plus innocente victime, en la faisant mourir ainsi la dernière de sa famille et de ses compagnons d'infortune.

Il restait encore entre les mains des tyrans de la France, une personne de la famille royale, qui, trop jeune pour être traitée en criminel et conduite à l'échafaud, devait subir la mort en détail, pour le repos des consciences des bourreaux, ou plutôt (car la conscience des hommes pervers saurait-elle jamais être tranquille?) pour assurer la consommation de leurs projets; c'était le jeune dauphin, fils de Louis XVI. Cet enfant était resté dans la tour du Temple. On avait placé d'abord auprès de lui, à titre de précepteur, un cordonnier, nommé Simon. Cet homme, aidé de sa femme, forçait son élève à chanter la Carmagnole et d'autres chansons du même genre.

Après la retraite de Simon, qui fut rappelé au conseil de la Commune, en janvier 1794, deux autres hommes de cette Commune, veillaient jour et nuit autour du cachot du jeune prince. Dès qu'il faisait nuit, on lui ordonnait de se coucher, parce qu'on ne voulait pas lui donner de lumière. Quelque temps après, lorsqu'il était plongé dans son premier sommeil, un de ces Cerbères lui criait d'une voix effroyable: Capet, où es-tu, dors-tu?—Me voilà, disait l'enfant à moitié endormi, et tout tremblant.—Viens ici que je te voie.—Et le petit malheureux d'accourir tout suant et tout nu: «Me voilà, que voulez-vous?—Te voir; va, retourne te coucher, housse, décanille!» Deux ou trois heures après, l'autre brigand recommençait le même manége, et le pauvre enfant était forcé d'obéir.

Ce royal enfant était dans un lit que l'on ne remuait jamais, et qu'il n'avait pas la force de faire. Son linge et sa personne étaient couverts de puces et de punaises. On ne le changea ni de chemise, ni de bas, pendant plus d'un an. Ses ordures restaient dans la chambre; sa fenêtre, fermée en dedans avec des verroux, n'était jamais ouverte, et l'on ne pouvait tenir dans sa chambre à cause de l'odeur infecte.

Ce jeune prince mourut en juin 1795; son corps était couvert d'ulcères. On crut d'abord qu'il avait été empoisonné; mais il paraît certain que le régime de vie qu'on lui faisait subir, fut la principale cause de sa mort. «Ce malheureux enfant, dit un écrivain, avait une figure céleste; mais il avait le dos courbé dans les derniers momens de sa vie, et il avait perdu presque toutes ses facultés morales; le seul sentiment qui lui restât était la reconnaissance, non pas pour le bien qu'on lui faisait, mais pour le mal qu'on ne lui faisait pas. Sans prononcer une seule parole, il se précipitait au-devant de ses gardiens, leur serrait les mains, et baisait le pan de leur habit.»


PROCÈS
DU GÉNÉRAL CUSTINES
ET DE SON FILS.

La révolution, devenue la proie des démagogues les plus forcenés qui terrifiaient la France en son nom, envoyait à l'échafaud les plus illustres victimes. Les généraux eux-mêmes, à la tête de leurs armées victorieuses, n'étaient point à l'abri des coups de cette faction sanguinaire. Des hommes, étrangers à l'art de la guerre s'arrogeaient le droit de contrôler leurs opérations militaires, trouvaient dans tous leurs actes des preuves de trahison, produisaient de faux témoins pour les attester, et condamnaient à la mort les serviteurs les plus dévoués de la patrie. L'infortuné Custine fut du nombre de ceux qui éprouvèrent ainsi l'ingratitude du gouvernement populaire.