«L'accusée, dit-il, avoue avec sang-froid l'horrible attentat qu'elle a commis; elle en avoue avec sang-froid la longue préméditation, elle en avoue les circonstances les plus affreuses; en un mot, elle avoue tout, et ne veut avoir recours à aucune justification. Voilà, citoyens jurés, sa défense tout entière. Ce calme imperturbable et cette entière abnégation de soi-même, et qui n'annoncent aucuns remords, et, pour ainsi dire, en présence de la mort même; ce calme et cette abnégation sublimes, sous un rapport, ne sont pas dans la nature; ils ne peuvent s'expliquer que par l'exaltation du fanatisme politique, qui lui a mis le poignard à la main. Et c'est à vous, citoyens jurés, à juger de quel poids doit être cette considération morale dans la balance de la justice; je m'en rapporte à votre prudence.»
Charlotte Corday remercia avec grâce son défenseur. «Vous avez, lui dit-elle, saisi le véritable côté de la question; c'était la seule manière de me défendre, et la seule qui pouvait me convenir.»
L'accusée entendit sa condamnation à mort avec le même calme qu'elle avait montré pendant son interrogatoire; et cette sérénité ne l'abandonna pas au milieu des huées de la populace rassemblée sur le chemin de son supplice. Elle considérait tous ces furieux avec un sourire de pitié. Sa belle figure conserva, jusqu'au dernier moment, l'incarnat de la rose; elle inspirait tout à la fois de l'admiration, de l'intérêt et de la terreur. Elle fut décapitée le 17 juillet 1793. Le bourreau, féroce par caractère et par fanatisme révolutionnaire, souffleta sa tête sanglante, en la faisant passer, suivant l'usage d'alors, sous les regards des assistans. Ses joues étaient encore vermeilles, et l'on ne manqua pas de dire que c'était de l'affront qu'elle venait d'essuyer.
Cette fille intéressante et généreuse avait écrit à son père pour lui demander pardon d'avoir disposé de sa vie; elle avait aussi adressé à Barbaroux une lettre dans laquelle elle racontait son voyage et son action, avec une grâce charmante, associée à beaucoup d'esprit et d'élévation. Elle lui disait que ses amis ne devaient pas la regretter, car une imagination vive, un cœur sensible, promettent une vie bien orageuse à ceux qui en sont doués. Elle terminait par ces mots: «Quel triste peuple pour former une république! Il faut au moins fonder la paix; le gouvernement viendra comme il pourra.»
Le jeune Adam Lux, député de Mayence à la convention, et ennemi prononcé des jacobins, eut le courage de faire l'apologie de Charlotte Corday; il osa dire aux tyrans la haine qu'ils inspiraient, et leur prédit qu'ils auraient le destin de Marat. Condamné par le tribunal révolutionnaire, il remercia ses juges, et leur dit: Enfin, je vais donc devenir libre. Il monta avec fermeté à l'échafaud le 5 novembre 1793.
EXÉCUTIONS SANGUINAIRES
A LYON, A MARSEILLE ET A BORDEAUX.
La ville de Lyon, suivant la généreuse impulsion qui avait été donnée aux provinces par le parti des girondins, s'était insurgée contre l'autorité tyrannique de la convention. Des populations entières, arrachées de leurs foyers par le paralytique Couthon et plusieurs autres agens du gouvernement révolutionnaire, vinrent se ruer en masse sur cette malheureuse cité. Le siége fut terrible: les Lyonnais, sous la conduite du brave Précy, firent des prodiges de valeur, et tinrent long-temps en échec les assiégeans. Enfin, réduits à la famine, ils furent forcés de se rendre le 9 octobre 1793.